‹ Histoire du directoire de la République française (volume 4)Chapitre 3 sur 110 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

deux histoires très-dissemblables. Une sombre monotonie pèse sur l'histoire de la Convention jusqu'au 9 thermidor. L'opinion publique non-seulement muette, mais étouffée sans avoir conscience d'elle-même ; les échafauds ruisselant de sang en face d'une nation qui n'a pas même le courage de la pitié; des massacres s 'accomplissant ainsi qu'une consigne; et tout cela passant sur la France, comme un fléau envoyé par la sévérité de la Providence, sans qu'on puisse l'attribuer à la volonté personnelle d'un tyran ou à la passion d'un vainqueur impitoyable : tel est le récit de cette époque. A peine soupçonne-t-on ce que voulaient, ce que pensaient trois ou quatre hommes enivrés d'orgueil pu de peur, qui au milieu du désordre avaient une volonté et une action sans savoir où ils allaient , sans prévoir un lendemain. A vrai dire, la Terreur fut l'œuvre d'un gouvernement anonyme.

Il n'en fut pas ainsi dans les quatre dernières années de la République , pendant le gouvernement du Directoire. Il avait été précédé d'une vive réaction que la Convention avait d'abord été obligée de permettre et même de favoriser, avant de la combattre. Cette réaction avait été vaincue au 13 vendémiaire, mais il avait fallu user sobrement de la victoire; le pouvoir exécutif, quoique par le vice de la constitution il fût presque absolu dans ses attributions, s'y trouvait pourtant gêné. Le Corps législatif divisé en deux conseils pouvait exercer un contrôle sur l'administration ; la tribune était libre ; la presse affranchie jusqu'à la licence; en un mot, la vie circulait dans ce gouvernement constitutionnel. Beaucoup de libertés pouvaient encore être réclamées ; beau-

Page 1