PRÉFACE. V
coup de lois de despotisme et d'exception étaient à réformer; elles l'auraient été.
En même temps ce n'étaient plus des partis assemblés en clubs bruyants et menaçants qui agissaient sur l'opinion publique; elle n'avait plus pour organes mensongers ces réunions d'individus médiocres, ignorants, vulgaires, tous à peu près égaux et n'endurant aucune supériorité. Maintenant les gouvernants, les ministres, les orateurs étaient en évidence, appréciés diversement sans doute selon les préventions de parti , mais jugés par un public attentif et libre d'esprit, qui s'entretenait de leurs opinions, de leur talent, de leur caractère , de leur capacité ; un commencement de liberté permettait de s'élever au-dessus du niveau de l'égalité. Ainsi l'histoire de cette courte période comporte l'intérêt des noms propres et peut devenir parfois plus dramatique que narrative.
Mais ce n'était pas à la tribune , ni dans la vie civile qu'on voyait naître et s'élever les hautes renommées et les positions considérables. Hormis par le recrutement des armées , le gouvernement révolutionnaire avait exercé une autorité funeste sur la conduite de la guerre ; il avait compromis plutôt qu'aidé la défense du territoire. Ses commissaires prescrivaient aux généraux des opérations impossibles ou mal conçues ; ils mettaient le désordre dans l'administration militaire et substituaient la terreur à la discipline. Les généraux, suspects après leurs victoires , étaient envoyés à l'échafaud après leurs défaites. Le seul des membres du comité de salut public qui connût le prix de l'ordre et de la