ANNIVERSAIRE DU 21 JANVIER
Si telle était la pensée des républicains qui, simples spectateurs , vivaient hors des emplois publics et des luttes parlementaires , combien devait être plus vive et plus aveugle l'opinion des anciens conventionnels? Aussi les séances des conseils étaient devenues de jour en jour plus animées.
Dans les circonstances présentes, aucune discussion ne pouvait s'élever sur la résolution de solenniser l'anniversaire du 21 janvier. Ce devait être , comme aux deux années passées , une occasion d'enthousiasme républicain. On ajouta au programme des célébrations précédentes que chacun des représentants du peuple prêterait le serment de haine à la royauté. Thibaudeau et Defermon élevèrent quelques doutes sur l'utilité des serments , mais ne furent pas écoutés. Quelques journaux remarquèrent qu'on pouvait jurer soumission, obéissance, fidélité, parce qu'il dépendait de chacun d'avoir telle ou telle conduite ; mais que jurer la haine qui est un sentiment, était une vaine manifestation. Le conseil des Anciens convertit sans débat et sans objection la résolution en loi.
Cette solennité fut pompeuse ; dans chacun des conseils, avant la prestation de serment, le président prit pour thème de son discours la haine de la royauté, la justice du jugement rendu le 21 janvier, et l'amour de la République. Le président des Anciens traita ce sujet avec plus de froideur et de réserve. Dupont de Nemours ajouta à son serment de haine à la royauté « et résistance intrépide à toute espèce de tyrans quels que soient leur nombre el leur puissance. » D'autres députés dirent : « et à toutes les tyrannies! » •
72 CONFISCATION DE l'hÉRITAGE DES ÉMIGRÉS.
Au champ de Mars , ce fut Rewbell , président du Directoire, qui prononça le discours.
Aucune fête républicaine n'avait été célébrée sans qu'un hymne de Chénier y fût chanté. Les vers suivants furent remarqués :
Jurons le glaive en main , jurons à la patrie ,
De conserver toujours l'égalité chérie ,
De vivre , de périr pour elle et pour nos droits,
De venger l'univers opprimé par les rois.
Si quelque usurpateur vient asservir la France ,
Qu'il éprouve aussitôt la publique vengeance ,
Qu'il tombe sous le fer, que ses membres sanglants
Soient livrés dans la plaine aux vautours dévorants.
Huit ans après , Chénier faisait représenter la tragédie de Cyrus destinée à célébrer le couronnement de l'empereur Napoléon.
A lire les discussions des premiers mois de l'année 1796, il semble qu'on soit reporté à deux ans en arrière; c'est le même oubli de la justice, la même violation des principes de la propriété , la même persécution contre les personnes ; l'esprit de proscription avait repris la même animosité contre les classes suspectes d'avoir des intérêts contraires à la Révolution.
Nul débat ne manifesta plus cette disposition que les séances du conseil des Cinq-Cents où fut discuté un projet sur la confiscation des biens appartenant aux parents d'émigrés.
Une loi rendue * par la Convention, à l'époque où elle allégeait les rigueurs et diminuait les iniquités de la législation révolutionnaire, avait d'abord converti le séquestre général qui pesait sur les biens des père