PRÉFACE. VII
luttes de partis, les déplacements de majorité, les erfets de tribune qui attireront l'attention du lecteur. L.'auteur n'aura plus à raconter les tumultes de la rue et les séditions de la populace; la marche de l'opinion publique, son affaissement et sa puissance quand elle se relève, n'auront plus le même intérêt. Ce n'est plus dans cette région que devait être décidé le sort du pays ; ce n'est plus là que se dirigeaient les regards de la nation.
Dès les premières pages de cette histoire on voit apparaître la grande figure du général Bonaparte; dès lors il se manifesta tel qu'il a été durant sa merveilleuse carrière. Sa pensée et son génie se portent déjà au sommet de la destinée qu'il devait atteindre ; le germe de tout ce qu'il a accompli , et en même temps les causes et le présage de sa chute peuvent être aperçus dans ses premiers succès. La grandeur de ses triomphes et de sa puissance , la profondeur de sa rapide décadence se révèlent déjà par le déploiement de son caractère et presque par ses propres paroles. On reconnaît quelle unité préside à l'épopée de sa vie; combien sa conduite fut toujours calculée sur les circonstances; avec quelle sagacité il savait prévoir les chances diverses; avec quelle habileté il en tirait tout l'avantage possible. Déjà on reconnaît aussi cette imagination indéfiniment orgueilleuse, cette ambition sans borne, ce besoin de mouvement et d'action, ce goût passionné pour les émotions de la guerre, qui luttaient sans cesse contre une éminente raison, un froid calcul, une prudence consommée.
Le lecteur ne s'étonnera donc pas que l'histoire du Directoire soit devenue une histoire du général Bona-