DÉCOLVERTE DE LA CONSPIRATION
rent lorsque l'assemblée avait clos sa séance. 11 ne restait plus que Drouet et Darthé qu'on n'arrêta point.
Cette visite alarma les conspirateurs. Beaucoup d'entre eux étaient animés d'une espérance illusoire plutôt que d'audace et de dévouement; ils comptaient sur un succès facile, et vaincre sans courir de dangers. — (c Le gouvernement a des soupçons, peut-être même sait-il tout : » — c'est ce que disaient quelques-uns. Grisel , plus qu'aucun autre, contribua à les rassurer, en leur disant que la police avait évidemment agi d'après des renseignements inexacts, puisqu'elle avait manqué son coup. On résolut d'avoir encore une réunion pour le lendemam.
Barras avait eu, à l'insu de ses collègues, des rapports avec les conjurés par l'intermédiaire d'un nommé Germain, un des plus actifs et des plus exaltés des égaux. Il était tenu au courant de leurs desseins. Ce jour-là il leur fit offrir par Rossignol de se mettre avec son état-major à la tête de l'insurrection ou même de se constituer en otage au faubourg Saint-Antoine. Cette proposition n'obtint pas la confiance des chefs de la conjuration ; la conférence du 9 mai se passa encore à régler la marche de l'insurrection, à discuter des proclamations, à déterminer le mode qui serait suivi, après la victoire, pour exercer une autorité souveraine; mais le jour précis de l'insurrection ne fut pas encoi'c définitivement fixé. Au fond de tant d'ardeur il y avait beaucoup d'hésitation. Jamais conspirateurs n'ont tant parlé, tant écrit, tant développé de théoriques rêveries mêlées aux plus sanguinaires espérances : en même temps il n'en fut peut-être aucuns plus inhabiles et plus tardifs à l'action. Ce vaste et terrible complot, lorsqu'il fut découvert, se trouva tout entier sur le papier. Néan-
moins dans la soirée du 9 mai, l'explosion fut indiquée pour le 1 1 ; mais on devait avoir encore une réunion le 10.
Grisel n'avait pas été averti de cette dernière conférence; elle avait d'autant plus d'importance qu'elle devait se tenir dans une maison où étaient les papiers des conspirateurs; il n'avait jamais su non plus quelle était la demeure où Babeuf se tenait caché. 11 parvint dans la journée à se procurer ces deux adresses. Dès le lendemain matin, Drouet, Rossignol, Germain, Darthé et plusieurs autres conjurés furent arrêtés rue Bleue, chez un menuisier nommé Dufour, où depuis plusieurs heures ils délibéraient sur les mesures à prendre pour l'insurrection qui allait commencer. Us en attendaient le signal; il devait leur être donné par Babeuf qui était caché dans sa retraite accoutumée, rue de la Grande-Truanderie. Il y avait passé la nuit avec le plus • zélé et le plus lettré de ses disciples, Buonarotti, à méditer et à préparer l'insurrection, rédigeant encore des projets de réforme, des proclamations et des placards. Au moment où Babeuf écrivait : « Le peuple a vaincu !
la tyrannie n'est plus; vous êtes libre » il fut saisi,
ainsi que son ami, au milieu de ses papiers. Par ordre du Directoire, Amar, Vadier, Ricord, Choudieu, Antonelle furent arrêtés à leur domicile.
L'armée de l'intérieur, sous les armes, protégea cette expédition contre la démocratie ; et le peuple parisien à qui l'on fit croire qu'on venait d'arrêter des voleurs, fut spectateur immobile de l'emprisonnement des conjurés'.