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pays. Le peu qui reste se serait sauvé. Cette proclamation, où l'on s'attribue une juridiction sur un territoire neutre, est d'un très-mauvais effet.
« Dans la position actuelle de l'Italie , il ne faut nous faire aucun nouvel ennemi et attendre la décision de la campagne pour prendre une parti conforme aux vrais intérêts de la République. En attendant, je désirerais qu'on ne se permît aucune menace , ni aucun propos à Livourne contre la cour de Toscane. Les moindres de vos paroles et de celles de vos commissaires sont épiées et rapprochées en y attachant une grande importance ; mais l'on croit toujours être ici dans les couloirs de la Convention. »
C'était uniquement la politique qui dictait au général Bonaparte ces égards pour les princes, ces scrupules sur le droit des gens et cette fidélité aux promesses. Dans la même lettre où il réclamait une meilleure conduite des commissaires, il indiquait d'avance que le grand -duc devait être dépouillé de ses États, dès qu'une complète victoire laisserait l'Italie à la disposition du gouvernement français.
Sur un bruit qui avait couru que l'empereur François était malade et en danger de mort , le Directoire écrivait au général Bonaparte * : « Le grand-duc de Toscane est héritier du trône impérial. Il n'hésitera point à se rendre à Vienne aussitôt après la mort de son frère. Il s'agira alors de l'enlever comme ennemi de la République et d'occuper militairement la Toscane. » Le 11 août, le général Bonaparte, dans une lettre adressée à M. Miot, ministre de la République à Florence, tout en lui rappelant combien il était im-
<. 25 juillet 1796.
lîlO INSLRllKCTION DANS LE DIOCESE D IMOLA.
portant de ne rien faire qui pût indisposer le grandduc, lui parlait de la maladie de l'empereur et ajoutait : — « Vous savez combien il est essentiel que je sois instruit du moment oii le grand-duc se mettrait en route pour Vienne. » Ainsi quels que fussent ses desseins, il ne les soumettait pas au sens moral, mais il les subordonnait au calcul et n'entendait point qu'on le troublât dans les mesures d'ordre et de convenance qu'il voulait prendre.
— « Je vous prie , écrivait-il au commissaire Garreau , de vous restreindre désormais dans les bornes des fonctions qui vous sont prescrites; sans quoi je me trouverai obligé de mettre à l'ordre de l'armée qu'il est défendu d'obtempérer à vos réquisitions. Nous ne sommes tous que par la loi. Celui qui veut usurper des fonctions qu'elle ne lui accorde point n'est pas républicain.
« Quand vous étiez représentant du peuple , vous aviez des pouvoirs illimités; tout le monde vous obéissait; aujourd'hui vous êtes un commissaire du gouvernement ; une instruction positive a réglé vos fonctions : tenrz-vous-y. Je sais bien que vous répéterez le propos, « que je ferai comme Du mouriez, h 11 est clair qu'un général qui a la présomption de commander l'armée que le gouvernement lui a confiée , sans un arrêté des commissaires, ne peut être qu'un conspirateur. »
En quittant Florence, le général retourna à Bologne; une insurrection avait commencé dans les campagnes entre Bologne et Ravenne. La petite ville de Lugo était au pouvoir d'une bande nombreuse de paysans. Ces désordres avaient surtout éclaté dans le
diocèse d'Imola. L'évêque était alors Barnabe Chiaramonte, qui depuis fut le pape Pie VII. 11 commença dès lors cette vie de soumission et de sacrifices consentis dans l'espérance d'obtenir paix et protection pour l'Église; condescendance qui devait, à la dernière extrémité , se changer en une sainte résistance contre la plus indigne persécution. Il envoya un grand vicaire à Lugo afin d'apaiser la sédition. Il publia un mandement sur les textes : « Rendez à César ce qui est à César. — Celui qui résiste aux puissances résiste à l'ordre de Dieu. — Rendez à chacun ce qui lui est dû : la crainte à qui vous devez de la crainte. »
Ni le mandement, ni la mission du grand vicaire ne réussirent à calmer les paysans ; une brigade de l'armée française triompha facilement de leur résistance : la ville fut prise de vive force et livrée au pillage.
Après quelques jours passés à Bologne pour y établir une administration régulière et mettre à profit l'élan pubHc vers la liberté , le général retourna à Milan afin d'y accomplir une semblable tâche ; le château venait enfin de capituler après une défense énergique; il en avait reçu la nouvelle précisément pendant qu'il était chez le grand-duc.
Mais le moment approchait oii la guerre allait reprendre une nouvelle activité et demander à l'armée de plus grands efforts de courage et de fermeté, et de plus belles inspirations au génie du capitaine qui l'avait accoutumée à la victoire.
Pendant le voyage que le général en chef venait de faire en Italie , l'investissement de Mantoue avait con-
tinué, les sorties des assiégés avaient été repoussées. Le général Masséna , dont le quartier général était à Bassolengo , avait défendu les routes qui descendent du Tyrol en suivant les deux rives du lac de Garde , contre les attaques des avant-postes autrichiens et avait gardé les passages de l'Adige. Ni l'une ni l'autre des deux armées n'était en position ni en état d'entreprendre une grande opération.
Cependant en apprenant de jour en jour les déplorables nouvelles de son armée , chassée de l'Italie , affaiblie , découragée et presque détruite , la cour de Vienne ne s'était point abandonnée au désespoir : la consternation fut grande, mais cette puissante monarchie avait plus de ressources et plus d'énergie que n'en pouvait avoir le roi de Sardaigne.
Si des conseillers sages et prudents, tels que le comte de Colowrath, se hasardaient à proposer une tentative de négociation , il leur était répondu « qu'il était impossible de traiter sans l'Angleterre et qu'assurément on n'obtiendrait pas son adhésion ; que d'ailleurs, avant de se résoudre à la paix, il serait indispensable, pour ne point subir des conditions trop rudes , de faire encore des démonstrations de force ; les finances épuisées n'en donnaient pas les moyens , et sans les subsides de l'Angleterre on ne pourrait faire face aux dépenses. Ne venait-on pas aussi de se her par un traité avec l'empereur de Russie? Ainsi il fallait donc tenter encore avec courage la fortune des batailles. »
Mais pour mettre à exécution cette détermination, il paraissait nécessaire de changer les plans de campagne qui avaient été conçus. Les succès que le général Clairfayt avait obtenus sur les rives du Rhin, le mauvais état où l'on supposait que se trouvaient les armées
de Jourdan et de Moreau , avaient décidé le conseil antique à porter sur ce théâtre les principales forces de l'Autriche.
L'archiduc Charles avait été revêtu du commandement que venait de quitter, par démission, le général Clairfayt ; celui que toute l'Allemagne appelait son sauveur, était tombé dans la disgrâce du conseil aulique ; on le blâmait de ne pas avoir assez profité de ses victoires , d'avoir conclu l'armistice , qui avait été une volonté , non pas de lui , mais du cabinet impérial ; on le trouvait trop indépendant : il commençait l'exécution de ses projets sans les soumettre au conseil aulique ; il voulait avoir sous ses ordres le général Wûrmser et commander en chef les deux armées du Rhin. Ainsi fut contraint de se retirer le général en qui l'opinion publique , et peut-être l'empereur, avaient le plus de confiance. Plus tard , on lui reprocha aussi d'avoir indiqué pour le commandement de l'armée d'Italie, Beaulieu, son compatriote belge et son ami. La fortune de la guerre avait en effet prononcé que ce choix était malheureux.
Ainsi on ne pensa point à le remplacer par Clairfayt. Il fut décidé que la guerre serait seulement défensive sur le Rhin ; que trente mille hommes seraient retirés des armées d'Allemagne pour passer à l'armée d'Italie, et qu'elle serait commandée par le vieux général Wiirmser, qui était pourtant plein d'ardeur et d'activité.
Le mois de juin et une partie du mois de juillet se passèrent avant que le général Wiirmser eût réuni, dans le Tyrol allemand , la nouvelle armée qu'il allait amener en Italie. Si , comme le projet en avait été convenu , les armées françaises étaient entrées en campa-
gne et avaient passé le Rhin au mois d'avril, le général Moreau aurait pu empêcher ou gêner le mouvement des Autrichiens et leur passage dans leTyrol. Wûrmser eut donc tout loisir pour rassembler une armée que les * informations parvenues au général Bonaparte évaluaient à quatre-vingt mille hommes , en y comprenant la garnison de Mantoue, ce qui restait de l'armée de Beaulieu, et dix mille hommes laissés dans le Tyrol allemand. L'armée française n'avait pas plus de quarante mille hommes.
Après avoir, pendant quelques jours, établi son quartier général à Trente, Wiirmser commença son mouvement le 29 juillet; il avait divisé son armée en trois corps , agissant séparément , de manière à envelopper l'armée française et à couper toutes les communications avec sa ligne de retraite. Le premier corps suivait la vallée de l'Adige pour s'emparer de Vérone ; le second et le plus considérable, commandé par Wiirmser en personne , devait marcher entre l'Adige et le lac de Garde; le troisième, qui formait la droite de l'armée autrichienne, était dirigé par la route qui descend des montagnes et sur Brescia-, et allait se placer ainsi entre l'armée française et Milan.
Le général Bonaparte quitta cette ville en toute hâte et porta son quartier général à Castel Nuovo , non loin de Vérone et à portée des montagnes qui encadrent le lac de Garde.
Le général Joubert , qui occupait la Corona , poste avancé delà division Masséna, résista toute la journée du 29 et se replia sur Rivoli , plateau élevé entre le rivage oriental du lac et l'Adige.
Toute l'armée autrichienne était en mouvement. Déjà les hauteurs qui dominent Vérone étaient occupées. Le