RETRAITE DE WURMSER
Aucune opération active n'était praticable. — « Nous avons à l'armée vingt mille malades , écrivait-il au Directoire; il n'en meurt par jour que quinze ou vingt, mais au mois de septembre les fièvres deviendront plus dangereuses. »
Ainsi, pour continuer la guerre ; il était indispensable que l'armée d'Italie reçût de puissants renforts. Le général se plaignait de ne pas voir arriver ceux qu'on lui avait promis et qu'on pouvait sans nul inconvénient tirer de l'armée de l'ouest; on devait s'attendre à voir descendre en Italie une nouvelle armée autrichienne ; rien n'annonçait une pacification. Les princes d'Italie eux-mêmes avaient conçu de l'espoir au moment où l'armée française semblait en péril et ils comptaient encore sur la possibilité d'une délivrance. D'autre part, les armées françaises avaient passé le Rhin ; elles avaient obtenu des succès que pouvait rendre plus faciles l'affaiblissement des armées autrichiennes en Allemagne, diminuées par les détachements nombreux envoyés au général Wurmser : — cf Nous attendons la première nouvelle du général Moreau pour nous avancer dans le Tyrol, » écrivait le général Bonaparte , en rendant compte de sa situation. Il était obligé d'attendre, en se préparant à déployer, quand le moment serait venu , sa prodigieuse activité.
Au commencement de septembre, lorsqu'il était complètement maître de tout le pays renfermé dans l'Adige , le Mincio et le Pô , hormis de Mantoue qui était bloqué; lorsqu'il occupait avec le gros de son armée les deux rives du lac de Garde et les premiers défilés du Tyrol , il prit l'initiative et mit ses divisions en mouvement; les unes remontaient aux défilés du Tyrol par la route de Brescia à Trente, sur la droite du
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lac ; les autres suivaient le chemin de Vérone à Trente, le long de la rive gauche de l'Adige.
Le 4 septembre, l'armée française, après avoir forcé les avant-postes ennemis sur les deux routes, se trouva réunie devant Roveredo ; elle y entra après un combat où l'attaque avait été impétueuse et la résistance obstinée ; le 5 septembre elle était à Trente.
Le général Bonaparte, en commençant cette campagne, n'avait pas déterminé la route qu'il aurait à suivre après avoir pénétré dans le Tyrol ; en continuant à s'avancer dans la même direction, il pouvait espérer d'agir de concert avec l'armée du général Moreau , qui y entrait par la Bavière. En se bornant à contenir les Autrichiens, il se serait étendu à droite, aurait envahi tout l'État de Venise et poussé jusqu'à Trieste, riche et importante capture. Il avait quelquefois pensé à ce second projet et en avait même, par hypothèse, entretenu le Directoire : les mouvements de W^urmser devaient décider les siens.
A peine arrivé à. Trente, le général Bonaparte sut ce qu'il avait à faire. Wurmser ne s'était point trouvé au combat de Roveredo; avec la plus grande partie de ses forces, il avait suivi la vallée de la Brenta, puis, ayant ainsi tourné la droite de l'armée française, il marchait vers l'Adige; son avant-garde se présentait le 7 septembre devant Vérone.
. Le général Bonaparte prit aussitôt la route que venait de suivre Wurmser. Le temps pressait : pour atteindre l'ennemi au débouché de la vallée de la Brenta, à Bassano, il fallait faire en deux jours vingt lieues dans un pays de montagnes. Le 7, au milieu du jour, il rencontra l'arrière-garde de Wurmser à Pri- I. 21
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molano, dans un étroit défilé dont il força le passage après un combat où la division autrichienne fut si vivement attaquée qu'elle posa les armes presque tout entière, et perdit artillerie, drapeaux , équipages. A la nuit , l'armée française bivouaqua dans le village de (>ismone. Le général Bonaparte y établit son quartier général, sans suite, sans équipages, mourant de lassitude et de faim; un soldat partagea avec lui sa ration de pain.
Pendant cette même journée , le général Mezzaro attaquait Vérone, où le général Kilmaine l'attendait. Une batterie de trente canons mitrailla les assaillants. Les Autrichiens se retirèrent; leur général envoya demander des renforts à Wu miser, qui en même temps lui ordonnait de se replier sans nul retard sur Bassano. Il était trop tard : l'armée française avait déjà remporté une victoire complète; à trois heures, elle entrait à Bassano ayant fait six mille prisonniers, et pris huit drapeaux, trente-deux pièces de canon, deux équipages de pont et un grand nombre de voitures chargées et attelées.
Wurmser n'avait pas à choisir la route qu'il aurait à prendre. Il ne pouvait plus se retirer sur la Piave pour y défendre l'accès du Frioul et les chemins qui conduisent d'Italie à Vienne dans cette région où les Alpes sont abaissées. Il lui fallait se borner à porter encore une fois du secours à Mantoue. Il se retira sur Vicence et y retrouva la division qu'il avait envoyée contre Vérone. 11 n'avait plus aucune communication ni avec le Tyrol, ni avec l'Allemagne. Il lui restait, de sa nombreuse armée, environ seize mille hommes dé-