‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 10 sur 174 · janvier · texte numérisé non relu

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pouvait ledétouroer de ses projets d'invasion. Il fallait 86 résoudre à uue résistance armée et accepter la guerre, puisque évidemment elle était déclarée. Des mesures répressives furent prises contre les révoltés de TArgovie. L'exécution en fut confiée à des officiers fidèles et fermes. Les insurgés furent dispersés et l'ordre fut rétabli.

Le 31 janvier, le conseil souverain de Berne publia uoe déclaration ainsi conçue : — « Nous étant assemblés aujourd'hui alin de délibérer sur les mesures à prendre pour le salut de la patrie, nous nous sommes personnellement obligés, par un serment solennel, à la défendre au prix, de nos biens et de notre sang jusqu'à la dernière extrémité, contre tout ennemi quelconque et d'employer à cet elTet tous les moyens qui dépendent de nous, avec nos féaux bourgeois et ressortissants. »

Les rebelles de l'Ârgovie n'avaient eu à opposer aux Bernois que leurs propres forces. Pour faire rentrer le pays de Vaud dans le devoir, il fallait combattre une armée française. Si chaque canton avait , conformément aux résolutions de la diète, fourni son contingent ; si Berne avait pu compter sur l'assistance fidèle et patriotique de tous les confédérés , la guerre aurait offert quelques chances favorables , du moins au début, car Tarmée française était peu nombreuse. Mais la plupart des cantons étaient en proie au désordre. Leurs gouvernements n'étaient plus obéis ; quelquesuns même avaient déjà été renversés par une révolution. Ainsi, malgré le premier élan d'énergie du grand conseil de Berne, une partie de ses membres restaient indécis et demandaient qu'avant de s'engager dans une lutte désespérée, on essayât encore de regagner

la bienveillance du Directoire , en admettant des in— novations populaires dans les lois du pays.

Malgré la vive opposition des conseillers les plus sages et les plus considérables, malgré les efTorts de Tavoyer Steiguer, Thomme le plus respecté du canton pour la noblesse et la fermeté de son caractère , pour son esprit de discernement, pour sa fermeté dans le devoir et l'honneur, le conseil souverain décréta qu'une députation des villes et des communes serait appelée dans son sein pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans les circonstances présentes. Les députés, au nombre de cinquante-deux, vinrent prendre séance le 2 février.

Steiguer ne plaçait nulle espérance dans les négociations qu'on allait essayer avec le Directoire en lui sacrifiant l'antique constitution de Berne, dont le changement n'était demandé que par les territoires sujets , mais par personne dans le canton. Aussi continua-t-il les préparatifs de résistance; il manda les contingents appelés par la diète ; il destitua le colonel Weiss complice, par faiblesse ou par opinion, des insurgés vaudois, et disposa les troupes de Berne de manière à défendre les frontières du canton.

Le général Mesnard occupait Lausanne et le pays de Yaud. Il avait moins d'hommes que les Bernois, même avant que les contingents des autres cantons vinssent les joindre. Le dénûment de ses soldats , privés de leur paye depuis qu'ils n'étaiept plus en Italie , et à peine habillés d'uniformes en lambeaux ^ l'avait obligé, avec ou sans permission du Directoire, à frapper une contribution de sept cent mille francs sur le pays de Yaud. — « Il faut que les Suisses nous habillent, » disaient les soldats. — Ainsi commen-

eait à se refroidir l'enthousiasme démocratique des Vaudois.

L'assemblée, qui délibérait à Berne sur le sort du pays, n'eut point la pensée de profiter d'une situation où quelques succès pouvaient être espérés et auraient donné le moyen de négocier sur de meilleures conditions. La première résolution qui émana de ce nouveau et plus nombreux grand conseil , fut la création d'une commission chargée de rédiger une constitution représentative fondée sur l'égalité des citoyens. Mais cette concession ne pouvait nullement valoir aux Bernois les bonnes grâces du Directoire : la commission avait un an de délai pour présenter son projet, et il était déclaré qu'aucune intervention étrangère ne serait admise dans le travail de la com* mission.

En faisant part au Directoire de cette délibération, au nom du gouvernement et du peuple de Berne réunis, le grand conseil parlait du désir ardent qu'il avait de rétablir les anciens rapports d'amitié et de bon voisinage. S'il existait quelques difficultés, il était prêt à les lever promptement, autant que cela pourrait se faire sans préjudicier à l'indépendance d'un peuple libre, laquelle il était résolu de maintenir et de défendre jusqu'à la dernière goutte de son sang : — « Nous espérons de votre équité une réponse prompte et favorable; dans ce cas nous attendons avec assurance que vous retirerez vos troupes de nos frontières , sur quoi notre peuple, qui ne s'est mis sous les armes que pour sa propre défense, se retirera également. »

Ces espérances étaient vaines : le général Mesnard s'était porté sur Âvenche; le général Schauenbourg , avec dix-sept mille hommes détachés de l'armée du m. 4

50 INtÀSlON DE LA SDISSE.

Rhin, s'avançait vers la frontière de Soleure et de Berne , et le général Brune venait d'être nommé commandant en chef de Tarmée d'Helvétie.

Jusqu'alors, le général Brune n'avait pas occupé un poste supérieur; la Révolution l'avait trouvé imprimeur et journaliste. Ses relations avec les meneurs jacobins ou cordeliers, l'ardeur avec laquelle il avait embrassé leur cause, son courage et son activité dans les journées de sédition furent ses titres, après le 1 0 août, pour devenir adjudant général. Il se distingua dans les campagnes de Dumouriez ; ce fut lui qui réprima facilement l'insurrection girondine du Calvados. La mort de Danton le priva de son spécial protecteur. Après le 9 thermidor, il ne fut pas employé ; mais Barras et le général Bonaparte eurent à se louer des services qu'il rendit au 43 vendémiaire. Il fut envoyé à l'armée d'Italie, où il fut accueilli avec distinction par le général en chef ; on s'élonna d'abord à l'état-major de voir traiter si bien un officier général qui n'était alors connu que comme Jacobin. Mais il se comporta aux batailles de la Corona et de Rivoli de manière à faire oublier sa première réputation , et il fut dès lors compté parmi les généraux les plus capables.

Barras le choisit à ce double titre pour l'invasion de la Suisse, qui devait être aussi une révolution. Des pouvoirs de négociateur lui furent donnés en même temps que le commandement de l'armée. Lorsqu'il y arriva*, elle s'était avancée par la route de Lausanne à Berne jusqu'au lac deMorat, dont elle occupait les deux rives ; les troupes bernoises étaient placées sur la limite qui sépare les cantons de Fribourg et de Berne, leur

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