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mée. Mais comment convoquer cette convention? Nous voudrions que le gouvernement français fit une déclaration et demandât un changement de constitution. » .... (c M'est-il permis d'insinuer à mes amis qu'ils seront soutenus? » .... « Quand les esprits seront préparés» je pourrai dire en plein conseil que nous devons renoncer à la distinction entre citoyens et sujets. » .... a II faudrait que la France fît valoir ses droits sur le val Moutiers et sur Bienne;... qu'elle prît sous sa garantie la liberté du pays de Yaud;... que ses agents fissent publier des écrits révolutionnaires et accordassent leur protection à ceux qui travaillent à la régénération de leur patrie. »
De semaine en semaine ces lâches supplications étaient répétées par les révolutionnaires suisses pour obtenir que leur patrie fût envahie et livrée à la tyrannie de leurs opinions.
Le 28 décembre 1797, le Directoire déclara, par un décret, que la république française prenait sous sa protection les personnes qui réclamaient contre la souveraineté de Berne et de Fribourg. C'était une provocation directe à la révolte du pays de Yaud et des territpires sujets.
Déjà la Valteline, reconnue d'abord comme indépendante, puis, réunie à titre égal aux provinces dont la Cisalpine avait été formée, avait donné l'exemple aux populations sujettes. La première conséquence de ce changement de situation avait été une révolution démocratique dans les Ligues de la république des Grisons; elles avaient chassé les Salis et autres familles aristocratiques qui, jusqu'alors, avaient conduit le gouvernement de ce pays ; une constitution unitaire avait été substituée à la constitution fédérale.
Dès les premiers jours de 1798, la bourgeoisie de Lausanne demanda que les États du pays de Yaud fussent assemblés, conformément à la constitution qu'on prétendait avoir existé, lorsque les ducs de Savoie étaient seigneurs et souverains de ce territoire. Des arbres de liberté furent plantés en divers lieux.
Ce soulèvement n^était pas seulement encouragé par les déclarations du Directoire et les assurances données par Laharpe; les révolutionnaires suisses avaient déjà la certitude que les armées françaises viendraient à leur aide s'ils éprouvaient la moindre résistance de la part des gouvernements cantonaux.
Dès le 1 3 décembre , Mengaud avait passé une note pour annoncer à la confédération helvétique que des troupes françaises allaient occuper Bienne et les territoires qui avaient appartenu à l'évêché de Basie. Le gouvernement français avait tardé longtemps à prétendre au droit de les posséder : en 1792, au commencement de la guerre, l'armée» commandée par le général Custine, avait occupé l'évêché de Basle dont le souverain , membre de l'empire germanique , était conséquemment en guerre avec la France et avait admis des troupes autrichiennes. Peu après la conquête» les habitants , sans beaucoup de contrainte y car ils y trouvaient leur avantage, avaient demandé à faire partie de la république française; la Convention avait prononcé cette réunion par un décret du 23 mars 1793. Ce territoire avait alors reçu le nom de département du Mont-Terrible, qui avait pour capitale Porentruy. Plus tard , une loi du 1" mars 1 797 avait annexé la ville et le comté de Montbéliard , conquis sur les princes de Wurtemberg.
Mais Tévêque de Basle possédait aussi , non pas à
titre de prince allemand , mais comme seigneur indépendant allié à la confédération suisse , la ville de Bienne» son territoire et quelques autres seigneuries, dont plusieurs étaient simplement domaniales et indivises avec la ville de Berne.
Dans l'intention de ne point susciter un litige hostile avec la confédération helvétique, les gouvernements successifs de la France n'avaient jamais réclamé les droits, au moins douteux, qu'ils pouvaient avoir sur les possessions suisses d'un prince qui avait été ennemi de la France en qualité de membre du corps germanique, mais non pas comme souverain indépendant.
C'étaient ces droits que faisait valoir une note de Fagent français, et en même temps le général Gouvion Saint-Cyr, par ordre d'Augereau, commandant de l'armée du Rhin, prenait, sans rencontrer de résistance, possession des domaines suisses de l'évêque de Basic.
Ce commencement d'invasion répandit promptement en Suisse une consternation presque universelle, mais donna plus d'audace et d'espérance aux démocrates. Ils disaient que la note de Mengaud, en exprimant Tintention de respecter l'intégrité du territoire helvétique, dont il prétendait que Bienne ne faisait point partie , ne garantissait aucunement la constitution fédérale , ni les constitutions des cantons.
De la conduite qu'allait tenir le gouvernement de Berne dépendait le sort de la Suisse. Le canton le plus riche, le plus puissant et en même temps le plus menacé parla révolution et par la conquête, devait prendre l'initiative et décider si la confédération se soumettrait sans défense aux armées qui voulaient occuper son territoire et aux séditieux qui voulaient détruire sa constitution, ou si elle tenterait de résister.
Le conseil souverain était formé d^une aristocratie contemporaine de l'indépendance et des libertés de la Suisse ; illustrée par les guerres , parfois mêlée aux armées et aux affaires des grandes puissances, habituée à exercer la puissance publique, elle comprenait les -malheurs et les dangers qui menaçaient la patrie helvétique; mais les aristocrates voyaient aussi quelles forces pourrait déployer la puissance contre laquelle il faudrait combattre. Il y avait donc beaucoup d'hésitation dans le conseil souverain. Les opinions étaient divisées sur la détermination à prendre, puis sur les moyens de résister, sur le moment où commencerait la résistance. Un parti espérait qu'on désarmerait le Directoire par des soumissions et des condescendances, qu'on apaiserait les séditieux par quelques concessions. Un autre parti voulait que la Suisse ne passât point sous le joug , qu'on ne consentît point au déshonneur qui ne serait pas même un moyen de salut ; s'il fallait périr, au moins sauverait-on l'honneur. Ces deux opinions n'avaient rien d absolu ni l'une ni l'autre. Chacun, à peu d'exceptions près, était disposé à chercher quelque terme moyen et à gagner du temps.
Ainsi fut proposée une mesure qui fut acceptée par les gouvernements de tous les cantons. Une diète générale fut convoquée à Aarau. Elle se réunit au mois de janvier ; elle décréta la levée dii double contingent stipulé par les anciens pactes d'union : ce qui aurait formé une armée de vingt-six mille hommes; puis fut renouvelé solennellement le serment de la confédération. Tous les députés jurèrent de la défendre jusqu'à la dernière extrémité ; la diète résolut aussi d'envoyer un ministre pléuipotentiaire au congrès de Rastadt. Deux députés reçurent la difficile mission de se rendre à Paris.
Meagaud avait assisté à la diète; il y sema la division par des intrigues, des promesses ou des menaees, et demeura persuadé que si le Directoire prenait une résolution énergique, aucune pensée réelle de résistance ne serait à craindre de la part de la confédération ni des gouvernements cantonaux. Il annonça hautement que si une armée autrichienne avançait dans les Grisons, une armée française entrerait dans le pays de Vaud.
Une division de l'armée d'Italie venait de se placer à Ferney, sur l'extrême frontière du pays de Vaud, aux portes de Genève, où Félix Desportes, agent du Directoire, avait la mission de faire voter par le peuple la réunion à la France ; mais ce vœu ne devait être imposé que plus tard par la contrainte et Toccupation militaire. La petite république de Mulhausen , menacée d'un blocus qui l'aurait affamée , venait de céder, et le Directoire en avait rendu compte aux Conseils législatifs qui avaient prononcé cette réunion par une loi.
Ainsi que Mengaud Tavait prévu, les gouvernements des cantons n'eurent pas le courage de tenir le serment prêté à la diète. Us n'avaient pas encore à se défendre contre l'invasion , mais céder à la faction démocratique, c'était se livrer d'avance à l'occupation des armées françaises.
Basic était déjà en pleine révolution au moment où la diète fut convoquée. Le ministre de France y feisait habituellement son séjour; le grand tribun Ochs y exerçait beaucoup d'influence. Ainsi, tout était préparé pour détruire l'ordre ancien. Le gouvernement appartenait à une aristocratie bourgeoise peu nombreuse, qui représentait seulement la ville de Basic. La campagne était sujette et n'avait aucun droit politique.
De là elle était dans une disposition de mécontentement qui s'était déjà manifestée à d'autres époques. La sédition fut mêlée de beaucoup de désordres; les châteaux où résidaient les baillis préposés du gouvernement furent brûlés ; des arbres de liberté furent plantés dans les villages; les magistrats ne tentèrent aucune résistance. Us se mirent eux-mêmes à la tête de la révolution. Des assemblées primaires se formèrent pour élire une assemblée constituante. Une commission provisoire fut chargée du gouvernement.
A Lucerne, où la constitution était plus aristocratique que dans tout autre canton , la révolution se passa avec calme. L'oligarchie abdiqua ses pouvoirs sans y paraître contrainte, et une assemblée de représentants du peuple eut la mission de rédiger une loi constitutionnelle.
Une révolution avait déjà été tentée en 1795 dans le canton de Zurich. Cette fois, la régence n opposa aucune résistance aux sujets de la campagne qui voulaient devenir citoyens. On ouvrit à tous les habitants Taccès aux droits de bourgeoisie , mais ces concessions ne suffisaient plus, et il fallut consentir à une nouvelle constitution^ afin d'établir, disaient les mécontents, la «c douce et juste démocratie des Français, i»
Schaffhouse subit aussi sa révolution. Les magistrats de Soleure montrèrent d'abord beaucoup de fermeté. Ils firent arrêter les chefs de la sédition; mais il leur fut impossible d'employer une force armée qui se refusait à combattre contre ses concitoyens. On conserva Tancienne forme de gouvernement, mais l'égalité fut proclamée, et les démocrates prirent la place des aristocrates dans les magistratures.
Fribourg, ainsi que Berne, était exposé à une insur-
rection plus grave. Ce n'était pas seulement l'égalité des droits politiques réclamés par une faction plus ou moins nombreuse de la population , c'était l'indépendance d'un territoire sujet qui était le motif et le vœu de la sédition.
La partie romande du canton de Fribourg était , conune le pays de Vaud , une ancienne conquête faite sur les ducs de Savoie ; on y parle la langue française, et les influences révolutionnaires , les encouragements donnés au nom du Directoire y avaient les mêmes effets qu'à Lausanne et dans le pays de Yaud ; les magistrats de Fribourg consentirent au renouvellement de la constitution et au principe d'égalité.
Les petits cantons ne participèrent pas à ce mouvement. C'était par eux qu'avait commencé l'indépendance de la Suisse. Ils avaient, depuis le temps de Guillaume Tell et du Rutli , conservé une constitution démocratique, et si l'égalité n'y existait pas en fait, les supériorités y étaient consenties et acceptées par la volonté et les habitudes des peuples. Isolés dans leurs montagnes, loin de l'influence des nations riches et civilisées, simples dans leurs mœurs, fidèlement dévoués à la religion , sans préoccupation des nouveautés dont ridée n'arrivait pas jusqu'à eux; fiers de leur liberté, ils n'avaient rien à changer aux vieilles institutions qui, depuis quatre siècles, avaient assuré leur repos et leur bonheur. Le mouvement qui agitait la Suisse n'excitait aucun trouble parmi eux.
Ces essais de révolution, ces assemblées réunies pour rédiger des constitutions cantonales, suivirent immédiatement la diète d'Âarau et se succédèrent pendant le mois de janvier et le commencement de février 1798. Il en résultait avec évidence que la Suisse ne
pourrait opposer aucune résistance aux volontés du gouvernement français. Mais les patriotes» les amis sincères de la liberté» qui, en se joignant au parti démocratique 9 avaient cru qu'ils détourneraient les menaces du Directoire et lui donneraient satisfaction , avaient conçu une espérance illusoire.
Ainsi la Suisse se trouva en proie à une désorganisation complète; alors un écrit imprimé en français et en allemand» fut répandu avec profusion par les soins de Mengaud et par les amis d'Ochs et de Laharpe ; c'était un projet de constitution représentative et démocratique pour la république helvétique une et indivisible ; conséqueaiment Tabolition de la souveraineté cantonale. Le Directoire donnait, disait-on, son approbation à cette œuvre du grand tribun Ochs y qui avait à peu près copié la constitution française.
Pendant que les cantons délibéraient sur les changements à apporter dans leurs constitutions pour les rendre conformes aux principes d'égalité et à l'esprit démocratique, les choses se passaient autrement dans le pays de Yaud. Les insurgés n'avaient point demandé an gouvernement de Berne leur admission à titre égal aux droits politiques. Ils s'étaient mis en pleine révolte et avaient proclamé leur indépendance. Les magistrats bernois crurent agir prudemment en n'employant pas» pour réprimer la sédition, les milices allemandes, dont la présence aurait pu irriter la population française. Ils savaient qu'une partie assez considérable desVaudois était favorable au bon ordre et bien disposée pour le gouvernement. Ils confièrent au colonel Weiss, qui professait des opinions libérales et modérées , le commandement de la milice vaudoise. Aucune démonstration répressive ni hostile ne fut opposée aux révoltés.
Dès qu'on sut à Paris ce qui se passait dans le pays de Vaud , le Directoire ordonna à son ministre des relations extérieures de lui faire un rapport, dont les bases avaient été indiquées par Laharpe. C'était Thistoire de cette province, conquise au xiv* siècle sur les ducs de Savoie» qui la cédèrent par un traité de 1530 aux cantons de Berne et de Fribourg, mais en réservant les libertés et la forme d'administration locale qui étaient dans le droit et la coutume de cette province. Plus tard , en 1 565 , le roi Charles IX se constitua garant d'un autre traité de 1564, où, pour parler comme le rapport, les droits politiques et les lois constitutionnelles étaient placés sous la garantie de la France.
S'étant ainsi mis en règle avec le droit des gens, le Directoire ordonna au ministre de la République près les cantons helvétiques, de déclarer aux gouvernements de Berne et de Fribourg, « que les membres de ces gouvernements répondraient personnellement de la sûreté individuelle et des propriétés des ha— bitants du pays de Vaud qui se seraient adressés ou pourraient s'adresser à la république française, pour obtenir, par sa médiation, d'être maintenus ou réintégrés dans leurs droits en exécution des anciens traités, n
Déjà des ordres avaient été donnés pour que la division Masséna, qui rentrait en France par Carouge, se portât sur les confins du pays de Vaud.
De son côté, le général Bonaparte écrivait au directoire de la république cisalpine : — « Le pays de Vaud, animé de l'esprit de liberté, adopte les principes de liberté, d'égalité et d'indivisibilité sur lesquels est fondé le gouvernement représentatif.... Nous savons
que les bailliages italiens^ sont animés du même esprit. Nous croyons essentiel que dans ce moment ils imitent le pays vaudois et manifestent le vœu de se réunir à la république helvétique. Nous désirons que vous vous serviez de tous les moyens que vous pouvez avoir pour répandre parmi ces peuples Tesprit de liberté. Faites distribuer des imprimés libéraux; excitez-y un mouve* ment qui accélère le mouvement général de la Suisse. .... Nous donnons ordre au général Monnier de se porter sur les confins des bailliages, afin d'encourager et de soutenir les mouvements que pourraient opérer les insurgés. »
La position des troupes françaises et le rapport fait au Directoire, qui avait reçu une grande publicité, donna au club de Lausanne et au gouvernement qu'il avait institué, la certitude d'être soutenus. Un comité révolutionnaire établi à Nyon écrivit au général Mes-* nard. Le général se hâta de répondre' :
— a Le Directoire exécutif m'a donné l'ordre d'employer tous les moyens pour vous rendre libres. Vos ennemis sont les nôtres. Toute atteinte qui vous serait portée sera considérée comme dirigée contre nous. C'est à moi qu'il appartient de vous défendre. L'armée d'Italie vous protège. Rendez-vous dignes de la haute destination pour laquelle le Directoire vous prête si volontiers son appui. »
Cette lettre fut publiée, et aussitôt le colonel Weiss et ses bataillons se retirèrent à Yverdun. La révolution fut dès lors consommée dans le pays de Yaud. L'ours armoriai de Berne fut brûlé sur la place publiqtie de
4., ns étaient sujets des cantons d*Uri , Schwitz et Unterwalden , 61 ont formé depuis le canton du Tessin. 2. 2a janvier 4798.
Lausanne, et le général Mesnard somma ^ le commandant des troupes de Berne d'évacuer Yverdun, situé sur le territoire yaudois. L'aide de camp qui portait cette sommation voulut passer, sans se faire reconnaître des avant-postes. Des coups de fusil furent tirés : deux housards de son escorte furent atteints. Il retourna vers son général, et cet incident fut regardé comme une violation du droit des gens. Le colonel Weiss, sans attendre les ordres de son gouvernement» se retira, et le général Mesnard entra dans le pays de Yaud à la tète de quinze mille hommes. Il établit son quartier général à Lausanne, le 28 janvier.
Mengaud ne garda plus aucune mesure; la diète venait de se retirer; aussitôt après, la révolte éclata ù Aarau. L'arbre de la liberté y fut planté et l'indépendance de TArgovie fut proclamée. Quoique sujette de Berne» elle n'avait pas toutefois les mêmes motifs de mécontentement; elle avait conservé le droit de pourvoir elle-même à son administration et d'élire ses magistrats ; seulement ils exerçaient leurs fonctions sous l'autorité de l'avoyer de Berne.
Cette nouvelle insurrection avait été ouvertement suscitée par l'agent français ; il fit publier et afficher que tous ceux qui refuseraient d'obéir à la régence bernoise seraient sous la protection immédiate de la république française.
L'invasion du pays de Vaud, la protection authentiquement accordée aux révoltés des territoires sujets, ne laissa plus nul doute au gouvernement de Berne. Aucune condescendance aux volontés du Directoire ne