‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 101 sur 174 · LE DIRECTOIRE OFFRE DE TRAITER POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE OFFRE DE TRAITER POUR LA PAIX

lions de Rastadt de bon accord avec rAutriche par une paix définitive. M. de Talleyrand avait à ce mo* ment beaucoup d'influence. De là les instructions qui lurent alors données aux agents français près de^ cours de Turin, de Florence et même de Naples; de là une tentative de négociation indirecte par l'intermédiaire du grand-duc de Toscane.

Comme on savait que dans le cabinet de Vienne, il y avait encore un parti de la paix, une dépèche fut même adressée directement là l'empereur, avec un nouvel ultimatum moins exigeant que celui des plénipotentiaires. Le Directoire offrait de retirer ses troupes de la Suisse et des Étals romains, de remettre à l'Autriche les légations, et même d'entrer en négociation avec TAngleterre et la Porte ottomane ; ces offres étaient subordonnées à la retraite immédiate de l'armée russe. Certes, ni le public , ni la faction révolutionnaire ne soupçonnaient pas jusqu'où le Directoire faisait fléchir son orgueil.

Cette dépêche arriva à Vienne le 1 0 novembre 1 798. Les propositions de la France furent discutées en conseil privé, puis communiquées au ministre d'Angleterre sir Morlon Eden ; il les transmit aussitôt à Londres; ainsi aucune réponse ne fut faite. Le cabinet de Vienne voulut auparavant connaître l'opinion de M. Pitt et de lord Grenville. L'ouverture du Parlement eut l;eu précisément à cette époque. Le roi dans son discours avait à féliciter la nation du triomphe d'Aboukir. — « Celte victoire, disait-il, a porté au pouvoir et à l'influence de la France une atteinte, qui encouragera les efforts des puissances du continent et pourra conduire à la délivrance générale de TEurope. L'exemple donné par la Russie et la Porte ottomane ajouté aux dispositions

presque géaéralemeat manifestées dans les contrées qui se débattent sous la tyrannie de la France, doit servir d'encouragement aux puissances et leur faire adopter ane conduite énergique seule compatible avec la sûreté etThonneur. »

Les orateurs de l'opposition s'exprimèrent avec encore plus de vivacité que la couronne et les ministres, sur la nécessité de continuer la guerre contre la France. — « Les ravages continuels des Français, disait lord Lansdowne, leur détestable tyrannie, sans principe et sans frein , leur perversité n'inspirent à tout ami de la liberté et de Thumanité d'autre pensée que celle de fermer la carrière des horribles calamités auxquelles ils ont dévoué l'univers. » — La politique conseillée par les opposants différait de la politique du ministère seulement par le peu de confiance qu'ils témoignaient pour les puissances continentales. — « On ne voit, dans ce qu'on appelle leur énergie, disait M. Tierney, que des intérêts privés; la Prusse est en paix depuis trois ans avec la France; TAutriche ne lui dispute rien; le congrès deRastadt ne tend qu'à obtenir des conditions plus ou moins avantageuses aux princes des rives du Rhin; la Russie se borne à des promesses de secours; le ressentiment fortuit de la Porte ottomane ne peut être permanent. »)

La conclusion était que l'Angleterre, ni pour la guerre, ni pour la paix, ne devait s'enchaîner dans les liens d'une coalition. Ainsi la marche que suivait le ministère éprouvait à peine une contradiction

Pendant que le Directoire, jugeant sainement de sa situation, essayait de prévenir une guerre dont il com-

prenait tous les dangers, il était entraîné par la force des choses, par le courant où il flottait, à la rendre infaillible. Soit qu'il espérât peu de oïdintenir la paix, et qu'il voulût prendre des précautions pour que la guerre ne fût point funeste; soit qu'il n'eût point la main assez forte pour contenir et gouverner ses généraux, ses agents et les révolutionnaires italiens, il avait été amené d'abord à la guerre avec Naples, puis à l'expulsion de la maison de Savoie. De sorte qu'il n'avait plus à délibérer sur les conditions d'un traité, mais sur des préparatifs de guerre et des plans de campagne. Déjà le recrutement par voie de conscription, opéré d'une manière pénible et incomplète, avait toutefois augmenté beaucoup le nombre des soldats.

Dès le mois de septembre 1798, le général Jourdan, alors président du conseil des Cinq-Cents, avait reçu le commandement de l'armée du Rhin; l'armée d'Helvétie commandée par Masséna, et une armée d'observation qui devait couvrir le cours du Rhin, depuis Huningue jusqu'à Dusseldorf, commandée par Bernadutte, étaient sous les ordres supérieurs de Jourdan^ le total des forces qui lui étaient confiées, pouvait être évalué à plus de cent vingt-cinq mille hommes. La réputatiou militaire du vainqueur de Fleurus avait reçu un grand échec par le mauvais succès de la campagne de -1 796 , mais il avait la confiance de Topinion républicaine. Son courage, sa probité, la sincérité de son patriotisme, son absence d'ambition lui donnaient une position considérable dans l'armée et dans le parti révolutionnaire qui dominait le Directoire.

L'armée dltalie était divisée en deux corps séparés, l'un commandé par Joubert occupait le Piémont, la république cisalpine, la Toscane et le duché de Parme;

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lautre sous les ordres de Championnet gardait les États romains et le royaume de Naples.

Lorsque Finstant de la guerre approcha \ le Directoire voulut d'abord confier au général Bernadotle le commandement de Tarmée d'Italie, où Ton prévoyait que de grands efforts seraient nécessaires. Cette armée était tellement morcelée, les populations étaient tellement disposées à Tinsurrection , que Bernadette refusa de se charger de cette mission. Scherer s'employa de son mieux pour lui persuader que ses craintes étaient vaines, et que l'armée d'Italie était en situation de donner du succès et de la gloire au chef qui la commanderait. Bernadette persista dans son refus , et le Directoire voyant le ministre si persuadé des ressources qu'offrait encore l'armée d'Italie , lui en conféra le commandement.

Ce choiiL fut un grand scandale pour le public, qui ne lui connaissait aucun talent militaire et qui avait des doutes sur la régularité de son administration. Le Directoire manifesta en même temps l'intention de réprimer et de prévenir les exactions et les désordres qui compromettaient le sort des armées et le succès de la guerre en provoquant dans toute l'Italie le désespoir et les insurrections des peuples. Un arrêté ordonna que plusieurs individus faisant partie de Tarmée de Naples ou emp!oyés à sa suite , accusés par la voix pubUque de vols, d'exactions et de dilapidations, seraient traduits devant un conseil de guerre. — Le nommé Bassal, qui avait, comme agent du Directoire, joué un rôle principal dans la révolution de Rome; qui avait fait destituer le général Saint-Cyr •• 4. 2S février 4798.

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pour s*ètre opposé à ses voleries, et qui gouvernait, sous le nom des consuls romains, la nouvelle république, fut nominativement désigné comme prévenu. 11 avait suivi à Naples le général Championnet qui lui accordait toute sa confiance.

Le même jour un arrêté beaucoup plus important ordonna l'arrestation du général Championnet luimême et sa mise en jugement devant un conseil de guerre; il était prévenu d'avoir employé son autorité et la force dont il disposait à empêcher Taction du pouvoir confié au commissaire civil près son armée, et de s'être ainsi mis en révolte ouverte contre le gouvernement; ce commissaire civil était Faypoult.

Brune, lorsqu'il avait quitté l'Italie, avait été nonuné général en chef de l'armée qui occupait la république batave.

Les troupes qui, sous le nom d'armée d'Angleterre, avaient été réunies sur les côtes de TOcéan, furent mises sous le&ordres du général Moulin. C'était, selon le parti révolutionnaire , un militaire distingué par sa bravoure et par quelques actions d'éclat, mais absolument inconnu du public, quoiqu'il eût un moment commandé Tarmée des Alpes. Le Directoire l'avait donné pour successeur à Augereau dans le commandement de la division de Paris. Suivant la trace de son prédécesseur, il était devenu cher aux Jacobins les plus exaltés et les plus grossiers. A aucune époque le conseil de guerre n'avait impitoyablement condamné autant d'émigrés rentrés. Moulin avait commencé sa carrière militaire dans les guerres civiles de l'Ouest, et le Directoire pouvait compter sur son zèle pour réprimer les soulèvements que le nouveau recrutement com-

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mençait à exciter parmi les populations de ces provinces.

Ainsi le Directoire, à la veille d'une guerre que luimême jugeait formidable, était déterminé, dans le choix des généraux , beaucoup plus par leurs opinions poli* tiques que par leur mérite militaire. Le 13 vendémiaire et le 18 fructidor avaient donné une grande importance aux chefs de l'armée; il était évident que les révolutions étaient dans leurs mains. Cette pensée préoccupait les Directeurs autant que la défense du territoire. Us deux généraux dont la capacité était le pl^s reconnue parmi ceux que l'expédition d'Egypte n'avait pas enlevés, c'étaient Moreau et Joubert; aucun commandement ne leur fut confié.

Le gouvernement autrichien s'occupait depuis plusieurs mois à recruter ses armées, à les exercer, à les pourvoir de munitions, à leur donner l'emplacement le plus favorable pour commencer les hostilités. L'archiduc Charles devait commander l'armée d'Allemagne qui serait la plus considérable; l'armée d'Italie qui attendait l'armée russe comme auxiliaire , était destinée au prince Frédéric d'Orange. Jeune encore, il s'était fort distingué dans les campagnes de Flandre et a^ait donné une grande idée de son mérite militaire; le conseil aulique plaçait sur lui les plus hautes espérances, n mourut presque subitement le 6 janvier; l'armée d'Italie fut alors confiée au baron de Mêlas. L'armée russe n'était pas encore arrivée sur le théâtre de la guerre. D'après la demande expresse de 1 empereur d'Autriche, elle avait pour chef le général Souvarov, qui avait déjà fait la guerre de concert avec les généraux autrichiens dans les campagnes de 1789 et 1790, lorsque ces deux puissances s'étaient alliées

contre Tempire ottoman ; il y avait acquis une grande renommée. Jamais aucun général russe n'avait inspiré à ses soldats une telle ardeur, un semblable élan, ht bataille de Rimnick qui était devenue son titre de prio* cipautéy et Ismaïloff, emporté par un assaut le plus sanglant dont il y eût souvenir dans l'histoire, lui donnaient une gloire européenne; c'était lui qui avait terminé la guerre de Pologne, en entrant de vive force à Varsovie, Il passait en même temps pour être vainqueur aussi impitoyable que général redoutable. La prise d'Ismaïloff et le massacre des Polonais dans le faubourg de Praga devant Varsovie lui donnaient un renom de cruauté. Son caractère était bizarre : il aimait à produire de l'effet, non-seulement sur ses soldats, mais sur quiconque avait affaire à lui ; au fond il était plus calculé et plus raisonnable que ne pouvaient le faire supposer son langage et ses habitudes. Toutefois son génie semblait assorti à un peuple encore un peu sauvage et étranger à la civilisation européenne; sa manière de faire la guerre convenait surtout et assurait ses succès, lorsqu'il n'avait pas à combattre des généraux et des troupes exercés à la tactique des armées régulières. Encore qu'en ce moment il fût dans la disgrâce de l'empereur Paul, aucun chef d'armée n'était mieux fait pour servir les desseins de son souverain. Dans la pensée de Paul P', cette guerre était une croisade contre la révolution française, une répression sévère et absolue de toutes les idées libérales , un rétablissement complet de tout ce qui avrit été aboli on changé dans l'Europe occidentale, une restauration de Tautel, du trône, de la royauté et de l'aristocratie. Telles étaient les intentions qui s'étaient emparées de cet esprit chimérique ; il rêvait même à assurer le

repos de TEurope par uue fusion de toutes les communions chrétiennes.

Souvarov partageait et professait les opinions de son empereur. Ami des émigrés français et des officiers de Tarmée de Condé qui étaient entrés au service de Russie » ayant adressé à Charelte une lettre pleine d'une admiration enthousiaste , il annonçait hautement la contre-révolution, publiait le désintéressement de la Russie, qui ne voulait faire aucune conquête, et n'entendait point qu'aucune puissance se proposât le moindre agrandissement pour s'indemniser des frais de la guerre.

Un semblable langage étonnait la cour d'Autriche qui n'aurait point commencé la guerre, si la paix lui avait apporté les avantages qu'elle avait espérés et si la France n'avait pas continué à menacer ses intérêts. — « Souvarov , écrivait un agent diplomatique , est vraiment indéfinissable; mélange de raison et de folie, il échappe à l'observation. Au moment où on croit le comprendre, il échappe par quelque saillie bizarre et peu sérieuse. De ses propos sans suite, on peut toutefois conclure qu^ sa politique, franche, généreuse, désiotéressée , consiste à remettre toutes choses en Europe sur le pied où elles étaient avant 1789. On l'écoute, on l'applaudit, Tempereur de très-bonne foi; les ministres parce qu'il convient de le ménager. Au foud, chacun ne voit dans tout cela, que la parodie uunroinan de chevalerie, un souvenir du moyen âge, Uû thème pour l'imagination. Croire que l'Autriche renoncera à ce qu'elle a déjà acquis et à l'espoir d'acguérir davantage, c*est une rêverie. Mais on a besoin de 'a Russie pour obtenir des succès dans la guerre; quand ^U seront obtenus, on verra ce qu'on en pourra faire. »

Les armées étaient en marche de part et d'autre, mais OD ne prononçait pas encore que la guerre était commencée. Les Autrichiens attendaient que les Russes fussent en ligne et que la neige eût fondu dans les passages, des Alpes y afin d'assurer les communications de leurs armées d'Allemagne et d'Italie.

Le Directoire, puisque la guerre était inévitable, se croyait en mesure de prendre l'offensive, et se persuadait que, militairement parlant , il y aurait un grand avantage à commencer soudainement les hostilités. Il demanda donc au gouvernement autrichien une explication prompte et positive sur la marche ^es Russes.

Cette réponse ne fut point donnée, et le 20 février, une instruction, sous forme d'arrêté, fut adressée au général Jourdan , qui avait transféré son quartier général à Strasbourg, et dont l'armée quitta le nom d'armée de Mayence pour s'intituler armée du Danube ; aux commandants de l'armée d'Helvétie et de l'armée d'observation, et au général en chef de l'armée d'Italie :

— (I Le gouvernement autrichien n'ayant pas répondu à la note qui lui a été adressée, son silence doit être regardé comme une agression hostile. Le général en chef de l'armée de Mayence se portera au delà des montagnes Noires ; l'armée d'Helvétie s'emparera du pays des Grisons. Le général en chef de Tannée d'observation se portera entre le Mein et le Necker; les généraux de l'armée d'Italie combineront leurs mouvements avec l'armée d'Helvétie. »

Jourdan passa le Rhin à Basic , en remonta le cours jusqu'à Schaffouse, et communiqua par là avec l'aroiée d'Helvétie.

Bernadette s'empara de Manheim^ passa le Rhi&i

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bloqua Philipsbourg ; par Heilbronn, il était en com* monicailon avec l'armée du Danube.

Le passage du Rhin était une déclaration de guerre, non point comme infraction aux traités, puisque Tannée française n'entrait point sur un territoire autrichien , mais les termes de la dernière note française donnaient cette signification au mouyement qui venait de s'opérer. Le 3 mars, l'archiduc passa le Lech, laissa un corps de vingt-cinq mille hommes pour observer l'armée d'Helvétie, et marcha à la rencontre de l'armée du Danube ; il avait soixante-dix-huit mille hommes ; Jourdan trente-six mille.

Ce fut par un message du 1 4 mars que le Directoire, obéissant à la Constitution, proposa au Corps législatif de déclarer la guerre à l'Autricbe. Tous les torts de la rupture étaient attribués à cette puissance. C'est ainsi que sont nécessairement motivées ces déterminations toujours onéreuses pour les nations, toujours destinées à leur coûter le sang de leurs soldats et leur prospérité intérieure. Tout gouvernement comprend la nécessité de 8 en excuser et d'en rejeter la responsabilité sur rennemî.

Après avoir parlé du traité de Campo Formio, (c où la force s'était montrée indulgente, où le vainqueur avait paru si modéré qu'il avait eu besoin de s'en justifier ; où des compensations si libéralement accordées auraient dû étoufiTer des regrets , le Directoire disait que rAutriche avait violé les conditions de la paix ; que la RépubUque les avait scrupuleusement observées; en vain le gouvernement français avait, par ses exemples et ses efforts, tenté de ramener l'Autriche à l'observation de ses engagements. »

— « D'après le traité et d'après la convention postérieurement conclue à Rastadt, les troupes autrichiennes devaient évacuer la rive droite du Rhin, depuis le Tyrol jusqu'au Mein, et se retirer jusqu*au I^ch. — L'empereur a conservé à Philipsbourg une garnison et des approvisionnements qui sont à lui, malgré la simulation qui les couvre; de même pour Ulm, Ingolstadt et les places de la Bavière. — Les relations diplomatiques n'ont pas été rétablies de la part de rAutriche. Elle n'a point envoyé un ambassadeur à Paris, et a regardé comme suffisantes les communications établies par le congrès de Rastadt. — Une interprétation si froide donnée au traité présageait qu'il ne devait pas être longtemps respecté.

(( L'ambassadeur que la République envoya à Vienne y fut accueilli avec froideur. Sa mission spéciale était de donner des explications sur l'occupa tiou des États romains. Un gouvernement dont l'existence attestait la modération de la République avait osé provoquer de nouveau sa vengeance par le plus affreux des attentats. Le sacerdoce avait expié son crime; Rome avait acquis la liberté ; mais la destruction du gouvernement pontifical ne changeait rien à la délimitation des États d'Italie, et par conséquent n'était pas une contravention du traité de Campo Formio.

« Ces explications furent écoutées plutôt qu'agréées. Bientôt un événement injurieux par l'impunité qu'il a obtenue , manifesta les sentiments secrets de la cour de Vienne. Le gouvernement de la République avait un tel désir d'arriver à une conciliation, qu'il se contentait d'un désaveu et de la promesse qu'on rechercherait les coupables.

« IjC comte de Cobenzel , au lieu d'offrir des répara-

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tions , porta la discussion sur d'autres points , et finit par décliner toute satisfaction , lorsqu'il fut convaincu que le Directoire n'accueillait point les insinuations par lesquelles la cour de Vienne voulait le rendre, au milieu même de la paix^ complice des plus étranges spoliations.

n Alors le comte de Cobenzel reçut la mission d'aller à Berlin et à Pétersbourg s'associer aux excitations du gouvernement britannique pour rallumer la guerre. — En même temps le cabinet autrichien donnait à la cour de Naples la confiance qui le portait aux mesures les plus extravagantes; il dirigeait plus secrètement le Piémont que naguère il avait dévoué à un partage, et s'efforçait d'arracher à sa neutralité le gouvernement prussien.

« Lorsque la France s'engageait à respecter le territoire des Grisons aussi longtemps qu'il le serait par VÂutriche, un corps de troupes autrichiennes envahit ce pays et s'y établit. Le Directoire ne méconnut pas ces perfides combinaisons ^ mais il évita d'y trouver encore une agression formelle jusqu'au moment où Tattaque prématurée du roi de Naples renouvela la guerre, tandis qu'on acquérait la preuve de la compli* cité du roi de Sardaigne. Alors, pour devancer de. quelques jours l'occupation des places fortes par les Autrichiens, les troupes françaises s'en emparèrent. » L'invasion de la Toscane était motivée de la même manière sur les armements secrets du grand-duc.

La véritable cause de la guerre , la circonstance qui

la montrait comme inévitable, c'était la marche des

araiées russes et les intentions hautement manifestées

par l'empereur Paul.

— a Le moment était donc venu où le Directoire

n'était plus le maître de temporiser et de tenîr un langage qui aurait compromis la dignité nationale et la sûreté de TÉtat. La République avait donné la paix aussitôt qu*on la lui avait demandée; elle s'était épuisée en efforts pour maintenir ce qu'elle avait accordé; mais il fallait enfin qu'elle connût tous ses ennemis et que ceux qui voulaient la guerre fussent forcés de s'expliquer. Un délai fut fixé à Sa Majesté Impériale pour donner une réponse catégorique et satisfaisante, faute de laquelle son silence serait regardé comme un acte hostile. Ce délai est expiré le 15 février, et aucune réponse n'est encore parvenue. »

Ce message fut porté aux deux Conseils en comité secret et la déclaration de guerre fut adoptée , séance tenante. Elle ne comportait point de discussion. Cette guerre, dont il était difiicile de bien augurer, qui devait évidemment avoir la plus funeste influence sur l'état intérieur de la France, peut-être ramener les armées étrangères sur les frontières et menacer la patrie d'une invasion, était une conséquence évidente de la conduite du Directoire; mais le moment était passé de la blâmer et de lui refuser les moyens de défendre la France contre une formidable coalition.

D'ailleurs , comment le Corps législatif aurait-il pu témoigner une désapprobation? Non-seulement, dans sa servile docilité, il avait consenti à la politique qui conduisait à la guerre, mais dominé comme il Tétait par un parti qui avait entraîné le gouvernement dans cette voie , sans même lui laisser la faculté d'y marcher avec mesure et prudence, il n'avait qu'à applaudir sa détermination et à s'associer à ses projets.

Le bon sens du public n'en jugeait pas ainsi; il voyait que l'invasion de la Suisse et de l'Italie, que

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