LEVÉE DE LA COR SCRIPT ION
fiance qu'ils avaient témoignée aux patriotes , contre leur mollesse à prévenir ou à réprimer les entreprises des royalistes et les forfaits commis au nom de Tautel et du trône. A cette aveugle imprévoyance était attribuée la formation d'une coalition nouvelle contre la France,
ic Nous la soutiendrons celle guerre odieuse, et Tincohérent mélange de nos ennemis actuels aura le sort de la première coalition ; mais aux efforts extraordinaires de nos ennemis, il faut se hâter d'opposer les efforts tout-puissants des amis de la liberté.
w A votre voix, représentants du peuple, à la voix du Directoire qui n'a plus avec vous qu'un même esprit, une même âme, l'Europe verra cette énergie se déployer plus terrible, plus héroïque que jamais. Les efforts que la République va déployer seront les derniers : ils terrasseront cette coalition et forceront les puissances qui la composent à se soumettre aux lois de la justice et de la paix. »
La réponse à ce message était prête. Le général Jourdan monta à la tribune au nom de la commission des onze et proposa un projet de loi qui appelait sous les drapeaux les conscrits de toutes les classes qui n'avaient pas été mis encore en activité. — Cent millions étaient affectés aux dépenses nécessaires à l'équipement et à l'armement des nouveaux bataillons et à l'approvisionnement des places. — Cette somme devait être réalisée par un emprunt forcé sur les citoyens aisés; la répartition serait non pas proportionnelle, mais progressive. Ce projet fut adopté sans discussion, ainsi qu'une adresse aux Français proposée par la commission. Aux exhortations adressées aux républi-
cains « dont les élans patriotiques avaient été traités de conspiration anarchique par un régime absurde et tyran nique, » aux menaces contre quiconque porterait les citoyens à la désobéissance aux lois, étaient ajoutées quelques paroles destinées à rassurer une opinion alors muette et soumise, mais qu'on savait presque universelle. — w Plus de terreur, disait-on, plus de régime arbitraire, plus de tyrannie : la liberté, la Constitution, voilà notre devoir à tous. »
La loi fut adoptée le lendemain par le conseil des Anciens. La commission des onze cessa d'exister. L'accord le plus complet semblait régner entre le Corps législatif et le Directoire, non point par soumission , mais par conformité de vues et d'opinion.
Les ministres furent presque tous renouvelés, de manière à donner de nouvelles garanties au parti dominant, c'est-à-dire aux Jacobins et aux amis de Barras, plutôt qu'aux hommes politiques et aux amis de Siéyès. Quinette fut ministre de l'intérieur, Bourguignon de la police, et peu après le général Bernadotte ministre de la guerre.
Championnet qui devait passer devant un conseil de guerre, fui mis en liberté, honoré comme une victime du gouvernement déchu et chargé de former et de commander l'armée des Alpes. Partout les emplois . militaires et civils furent rendus ou conférés aux anarchistes par le Directoire régénéré, comme on le désignait alors.
Le parti qui venait de faire cette révolution croyait s'être donné un gouvernement fort : il avait recherché les traditions du comité de salut public et se flattait d'avoir imprimé à l'opinion démocratique et aux classes inférieures un enthousiasme patriotique qui
sauverait la République. En même temps il espérait que l'esprit de mécontentement, tout universel qu'il était, serait comprimé et contraint à l'obéissance par la menace d'un retour au régime de la Terreur.
Mais le souvenir du passé leur faisait illusion sur la situation présente. Ils ne pouvaient compter que sur une soumission inerte. Les passions populaires étaient assoupies. La France n'était plus entraînée par les sociétés populaires ni gouvernée par les comités révolutionnaires. L'administration était irrégulière et désordonnée, mais elle était exercée par des fonctionnaires ou des agents que n'enivrait plus un pouvoir extraordinaire affranchi de toute responsabilité.
En 1 793 , les échafauds et les massacres n'avaient pas été employés comme moyen de gouvernement, ni calculés par la politique : ils émanaient des passions révolutionnaires , de la haine , de l'envie , de la vengeance, de la peur. Or, en 1799, on ne pouvait pas les établir comme institutions, ni les réinstaller à un jour donné, par une loi improvisée. Sans doute le triomphe des Jacobins inspirait des craintes : on se disait que progressivement, si les circonstances continuaient à être difficiles et menaçantes, les horreurs du gouveruement révolutionnaire pourraient être reproduites. Mais Barras n'était pas à redouter plus que Rewbell , et les Jacobins ne tarderaient sûrement pas à se montrer ennemis du nouveau Directoire comme ils l'étaient de tout pouvoir et de tout gouvernement. Ainsi le Directoire serait forcé de leur résister.
Ce qui était certain, c'est qu'il avait à procurer l'exécution de deux lois qui excitaient un mécontentement universel, car elles atteignaient toutes les familles et