EMPRUNT FORCÉ
menaçaient toutes les fortunes. La conscription , lors-^ que ce mode de recrutement avait été décrété, comprenait tous les jeunes hommes qui avaient atteint Tâge de vingt ans depuis le premier jour de Tan iv de la République. Car ceux qu'avait appelés la réquisition de 1793 et qui , à cette époque, n'avaient que dix-huit ans , avaient par avance satisfait à la loi de conscription. Ainsi il y avait en l'an vu trois classes de conscrits de vingt ans , de vingt et un ans et de vingt-deux ans. Sur les deux premières, il avait été levé deux cent mille hommes qu'on avait eu beaucoup de peine à faire rejoindre, sans même y réussir complètement. La loi nouvelle comprenait ce qui restait des deux premières classes et toute la troisième : c'était donc un énorme recrutement et une opération difiicile qui ne pouvait point donner de prompts résultats.
L'emprunt forcé était d'un recouvrement pénible. La répartition en était contentieuse et prêtait beaucoup à l'arbitraire. Elle était même sans base certaine, si les contribuables ne déclaraient pas eux-mêmes le montant total de leurs contributions : car l'administration ne connaît par les rôles que l'impôt de la propriété que chaque contribuable possède dans la commune. Ce nouvel impôt , car c'en était un , était progressif : la première classe des contribuables , qui payaient trois cents francs d'impôt, était taxée à trois dixièmes, c'est-à-dire à quatre-vingt-dix francs, et la dernière, dont l'impôt était de deux mille et au-dessus, devait être taxée aux trois quarts, non pas de l'impôt, mais du revenu.
La perception de l'emprunt forcé donna lieu à une foule de vexations : la masse des réclamations fut