SOCIÉTÉ DU MANÈGE
Que la persécution renflamme leur génie; qu^ils aillent dire aux armées quelle est la puissance du peuple. Nous leur garantirons ici les résultats de leurs victoires. M
Une des premières motions faites au Manège fut de requérir que la devise w liberté, égalité, w encore écrite sur tous les murs , fût suivie du mot : <« ou la mort, » qu'on en avait effacé depuis le 9 thermidor.
Il était impossible que Tordre public ne fût pas troublé par de telles excitations. Le 13 juillet , dans la soirée, pendant que les Jacobins tenaient leur séance, une foule immense s'était accumulée autour de la salle, dans la cour du Manège, dans le passage et sur la terrasse des Feuillants, dans l'allée des Orangers. Des patrouilles de la garde du Corps législatif parcouraient le jardin. Bientôt s'éleva de toutes parts le cri : (( Vive la République ! Point de Jacobins ! A bas les Jacobins! »
Les sociétaires sortirent de la salle. Sans les maltraiter, sans les menacer, la foule les suivit en leur criant : — « A bas les Jacobins ! » — Alors un d'entre eux, rencontrant une patrouille, dit au commandant : — <f Ces gens-là crient : A bas la République ! vive le roi! n — Un représentant, membre de la commission des inspecteurs du conseil des Anciens, ajouta : — <c Voici votre consigne : quand vous entendrez quelqu'un crier : A bas la République ! passez-lui sur-lechamp votre baïonnette au travers du corps sans autre formalité ; il n'en sera rien. » — La patrouille se précipita sur le peuple la baïonnette au bout du fusil. Une femme fut blessée. La foule se dispersa : on arrêta quelques hommes , et les sociétaires triomphants se promenèrent dans le jardin chantant la Marseillaise et s'é-
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criant : — « Ceci vaut une victoire remportée sur les Suisses! »
Le lendemain , le Moniteur affirma que le cri : Vive le roi ! n'avait pas été proféré et qu'on avait reconnu, non point parmi les assiégeants, mais parmi les assiégés , des agents provocateurs qui avaient Taccent anglais. Des précautions furent prises pour qu'un pareil tumulte ne se renouvelât plus; deux pièces de canon furent placées sur la terrasse du château en face de la grande allée; elles y restèrent pendant plusieurs mois. Des patrouilles nombreuses dispersaient les groupes qui se formaient dans le jardin.
Les Jacobins cessèrent leurs manifestations extérieures. Leurs orateurs continuèrent à réchauffer les traditions de 1 793 ; leurs discussions avaient le même caractère de violence insensée ; mais le public se rassura et retomba dans son inertie, sans témoigner trop hautement le dégoût et le mépris que lui inspiraient ces terroristes attardés. D'ailleurs on pouvait reconnaître que si le conseil des Cinq-Cents se laissait entraîner à ce mouvement, le Directoire était disposé, sinon à le combattre, du moins à le tempérer.
Barras, tout en restant favorable aux hommes du Manège, dont il était le représentant dans le Directoire, continuait ses négociations avec les agents du roi en prenant la précaution d'en rendre compte à ses collègues : il les présentait comme un expédient d'espionnage.
Siéyès, depuis qu'il était au Directoire, se persuadait chaque jour davantage que la république constitutionnelle tombait en ruine , et que le moment approchait où il faudrait employer la force pour accomplir une révolution indispensable et instituer un ni. 29