SOCIÉTÉ DU MANÈGE
pouvoir en état de maintenir l'ordre public en gouvernant raisonnablement. Un général pouvait seul être chargé de cette grande entreprise, car il s'agissait de faire un autre 1 8 fructidor, non plus en violant la Constitution, mais en l'abolissant pour en faire une nouvelle d'après d'autres idées et d'autres principes, peut-être même avec une forme différente.
Trouver un général qui acceptât cette mission n'était point facile : presque tous s'étaient jetés dans le parti républicain et révolutionnaire. Aucun ne s'était fait une position supérieure et n'avait assez d'autorité sur larmée pour l'employer contre le gouvernement existant. Toutefois, Siéyès avait jeté les yeux sur Joubert, à qui il avait trouvé plus de seos et de discernement qu'aux autres généraux, quoiqu'il eût conservé la confiance des Jacobins, Tamitié d'Augereau et de Barras. Il avait été au 30 prairial commandant de la division de Paris : c'était précisément le poste qu'il fallait occuper pour diriger une exécution militaire contre le Corps législatif. Mais Siéyès, absolu dans ses opinions, était indécis dès qu'il fallait agir. D'ailleurs aucun projet n'était peut-être, à ce moment , arrêté dans son esprit. Madame Royale avait quitté Vienne : elle était mariée au duc d'Angoulême. On ne pouvait plus songer à l'archiduc Charles. Il fallait tenter de nouvelles négociations.
Joubert fut informé des vues de Siéyès et ne refusa point de concourir à un coup d'État destiné à réformer la Constitution et peut-être à établir une monarchie. Il allait épouser une fille de M. de Sémonville , et par là il entrait dans la région des intrigues politiques. Mais il comprit que dans les conjonctures actuelles pour se risquer à une si grande
tentative, pour en assurer le succès, il fallait d'abord parvenir à un point de gloire et d'autorité qui lui donnerait pour auxiliaire et pour support la force de l'opinion publique. Il voulut avoir le commandement de l'armée d'Italie, espérant qu'il reviendrait vainqueur et digne de décider du sort de la France après l'avoir sauvée. Il fut donc donné pour successeur au général Moreau , à qui le Directoire rendit le commandement de larmée du Rhin distincte de Tarmée d'Helvétie et presque entièrement composée de nouvelles troupes.
Marbot fut nommé commandant de la division de Paris : c'était une garantie pour les Jacobins; mais, républicain passionné et aveugle, il était très-bonnête honune et incapable de trahir ses devoirs militaires. Siéyès avait donc à temporiser ; il ne résistait point au parti anarchique.La marche révolutionnaire survie par le conseil des Cinq-Cents était provoquée ou approuvée par Barras; il s'accordait pourtant avec Siéyès sur la nécessité de modifier la Constitution et de donner plus de force et d'indépendance au pouvoir exécutif. C'était aussi sur Jôubert qu'il comptait pour accomplir cette entreprise.
A ce moment fut votée une loi qui caractérise cette époque de la République, comme la loi des suspects avait signalé le gouvernement révolutionnaire, la loi des otages*. Sans que la guerre civile fût rallumée dans les provinces de l'Ouest, elles étaient en proie à de graves désordres. Ce n'était point une insurrection : aucune armée ne s'était encore formée , les bandes