‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 127 sur 174 · Î4 messidor; 41 juillet · texte numérisé non relu

Î4 messidor; 41 juillet

mêmes n'avaient pas une existence permanente ; mais sans cesse des rassemblements plus ou moins nombreux se montraient à Timproyiste, arrêtaient les voitures publiques ou les malles de la poste , pillaient les caisses des comptables ^ exerçaient de coupables violences sur des agents de Tadministration ou sur les acquéreurs de biens nationaux, quelquefois même renouvelaient les horreurs des compagnies de Jésus ou du Soleil.

Ces déplorables scènes se passaient surtout en Bretagne , dans la Vendée , en Languedoc et en Provence. Peu à peu le mal s'étendait sur toute la France. La désobéissance au recrutement était la principale cause de tant de désordres. Ils ne pouvaient être imputés aux royalistes considérés comme parti politique : ce n'était pas un vaste complot tramé avec des agents de l'émigration ou des commissaires étrangers; mais souvent ces coups de main, ces actes de brigandage étaient des parties liées entre des jeunes gens appartenant à des familles nobles ou riches qui se faisaient un frivole plaisir de profiter du désordre général , de l'aggraver en bravant un gouvernement sans puissance régulière dont ils prévoyaient et voulaient hâter la chute.

Le Directoire manquait en effet de force répressive pour faire cesser un désordre devenu si grand : il manquait encore bien plus de cette autorité morale indispensable à un gouvernement. On ne le respectait pas et on ne le craignait point, parce que ses rigueurs étaient employées moins à punir les coupables et à maintenir la paix publique qu'à satisfaire arbitrairement des passions politiques.

La loi des otages était conçue dans cet esprit. Elle

fut peu discutée *. Proposée au nom d'une commission par un rapporteur peu connu, elle ne fut combattue que par M. Rallier, représents^nt d'Ille- et -Vilaine. M. Berlier se chargea de la défendre. Tout habile jurisconsulte qu'il était, c'eût été une tâche difficile s'il eût tenté de prouver qu'elle était conforme à l'équité et à la raison. Aussi plaida-t-il cette cause en homme politique et surtout en homme de parti. — m Les crimes qu'on veut prévenir et réprimer, dirait- il, ont un caractère politique : ils doivent donc avoir pour auteurs des ennemis de la République. Quels sont les ennemis de la République? Ce sont les individus que les lois ont mis en état de suspicion , qu'elles ont privés des droits politiques , qu'elles ont dépouillés d'une partie de leurs biens. » — C'était reproduire le raisonnement souvent répété : — «c Ceux que nous avons persécutés doivent nous détester, donc nous devons maintenir et même aggraver la persécution. »

M. Berlier ajoutait une singulière subtilité à cet argument. — « On appellera cette loi révolutionnaire, mais c'est comprendre mal la signification de ce mot. Les lois destinées à opérer une révolution sont révolutionnaires. Les lois qui préservent les résultats d'une révolution sont des actes de conservation. »

M. Berlier efTuçait ainsi des lois l'idée de justice pour en faire un calcul d'intérêt. Il ignorait le vrai sens du mot révolutionnaire , qui s'applique essentiellement aux actes et aux lois contraires aux lois constitutives de l'État ou aux règles de la raison et de la justice.

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