FERMETURE DE LA SOCIÉTÉ DES JACOBINS
avaient exercé le pouvoir absolu, bien plus que la Convention elle-même ; les anciens serviteurs et les partisans de ce régime maintenaient que, loin d'être anarchique, il constatait la force du gouvernement. Le général Jourdan soutint, par un long discours, la suppression de (r la haine à l'anarchie ; > M. Boulay plaida aussi cette cause. Les hommes les plus sensés et les plus clairvoyants n'osaient pas résister à Tentraîne* ment de la majorité. Le parti démocratique obtenait la même lâcheté complaisante que 1& Montagne avait imposée à la Convention. Le conseil des Anciens adopta la nouvelle formule de serment.
Peu après le 1 8 fructidor, le Directoire avait engagé le conseil des Cinq-Cents à abroger la loi qui avait ordonné que les émigrés naufragés à Calais seraient conduits en pays neutre , et à autoriser par un nouveau décret leur déportation aux termes de la loi du 1 9 fructidor : ce qui signifiait qu'on les enverrait à Sinamary. Quelle que fût l'opinion, favorable ou hostile aux émigrés, des diverses commissions qui avaient successivement traité cette question , elles y avaient reconnu la même difficulté. — Ëtaitril possible d'accorder, soit au pouvoir exécutif, soit au pouvoir législatif le droit de s'opposer à des actes du pouvoir judiciaire? — La loi, rendue sous l'influence du parti modéré, était une usurpation de pouvoir, puisqu'elle avait d'office prononcé la déportation en pays neutre. En ce sens , le Directoire avait raison d'en demander l'abrogation. Le rapport se fit longtemps attendre et donna lieu à une discussion où furent entendues des propositions cruellement contraires à la justice et à l'humanité. Elle se termina |)ar une résolution qui refusa au Directoire l'autorisation de comprendre les naufragés dans l'exécution
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de la loi du 19 fructidor, attendu qu'elle n'était pas applicable « à ceux qui , outre le crime d'émigration , étaient encore coupables d'autres délits emportant la peine capitale. »
C'était supposer qu'ils n'avaient pas déjà été jugés et conséquemment annuler l'effet d'un jugement déjà rendu. Le conseil des Anciens, dans sa sollicitude constitutionnelle, et peut-être par humanité, rejeta la résolution du conseil des Cinq-Cents. Les naufragés , sur qui ne cessait pas de se porter l'intérêt du public, furent maintenus en prison.
Le conseil des Anciens donna un autre témoignage de sa dissidence avec le conseil des Cinq-Cents. La loi d'amnistie du 4 brumaire avait formellement excepté les conventionnels dont la déportation avait été prononcée par un décret du 12 germinal. Sur la proposi^ tion de Lamarque» cette disposition de la loi fut abrogée. C'était amnistier Barère, Vadier et Billaud Yarennes. Depuis longtemps Lamarque travaillait à la réhabilitation de Barère, et plus d'une fois il avait essayé devant le Conseil Tapologie de son ami. Il saisit le moment favorable où la majorité paraissait disposée à honorer les souvenirs de l'époque où Barère était l'organe docile des volontés et des opinions de Robespierre, et obtint sans discussion qu'il serait amnistié. La résolution des Cinq-Cents fut portée aux Anciens. La commission proposa de l'approuver. Baudin des Ardennes, toujours également animé contre les terroristes et contre tout ce qui tendait à une contrerévolution, s'indigna de ce retour vers des hommes et des opinions que la France abhorrait. La discussion fut vive et prolongée et se termina par un vote presque unanime pour le rejet de la résolution.
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Les Jacobins établis à Saint-Thomas d'Aquin ne perdaient rien de leur ardeur; ils avaient fait afiicher des placards tellement hostiles au gouvernement que le conseil des Anciens prit Tinitiative contre cet excès d'audace. M. Cornet proposa qu'un message fût adressé au Directoire pour lui demander compte de Texécution des articles de la Constitution qui interdisaient les corporations et les associations contraires à Tordre public. Il appuyait cette conclusion en citant quelques passages d'une affiche intitulée : c< Rapport de la commission d'instruction publique sur les travaux et la situation de la réunion. » — On y lisait : « Le peuple ne sera sauvé, régénéré et constitué que par les sociétés populaires.. .. On nous accuse d'être des royalistes déguisés, tandis que nous avons voué une égale exécration aux instruments d'une royauté pentarcbique. />
Les Jacobins avaient parmi les Anciens des amis zélés. Quelques-uns de leurs principaux meneurs siégeaient même dans le conseil; ainsi ce ne fut pas sans une vive opposition que le message fut voté à une forte majorité.
Le Directoire y répondit en transmettant au Corps législatif un rapport que venait de lui adresser le ministre de la police; rapport d'autant plus important qu'il était en quelque sorte le manifeste * de Fouché reparaissant sur le théâtre politique.
— M On avait espéré , disait-il, que ces réunions politiques relèveraient puissamment l'esprit public et seconderaient le patriotisme et le zèle des autorités. Il m'est douloureux de le dire : ces espérances sont éva-