‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 141 sur 174 · BATAILLE DE NO VI · texte numérisé non relu

BATAILLE DE NO VI

traite commencerait le lendemain matin; mais les généraux y qui le connaissaient, prévoyaient qu'il changerait encore d*avis; de sorte qu'aucune mesure ue fut prise ni pour un projet ni pour l'autre-

Souvarov avait une volonté prononcée et qui ne lui laissait aucune hésitation; il connaissait la supériorité de ses forces. 11 avait cru un moment que les Français l'attaqueraient. Voyant que tel n'était pas le dessein de leur général, il mit son armée en mouvement ofiTensif. Le 1 5 août, une heure avant le jour, une avantgarde de cavalerie autrichienne attaqua les avant-postes de la gauche. Joubert s'y porta avec Moreau; il jugea que cette attaque était le commencement d'une bataille, et soit qu'il voulût reconnaître de plus près les forces de l'ennemi ou donner plus d'élan aux soldats, il dit à ses aides de camp : — a Jetons-nous parmi les tirailleurs. » — Ce furent ses dernières paroles; une balle l'atteignit et il tomba niort.

Moreau prit le commandement; on laissa ignorer à l'armée qu'elle avait perdu son général avant que la bataille fût commencée.

L'attaque des Autrichiens fut repoussée; mais la droite de Tarmée française s'était affaiblie en envoyant un renfort considérable à la gauche. Souvarov se porta de ce côté : il y eut là un rude combat. La position qu'occupait en avant de Novi la division Gardanne fut plus d'une fois prise et reprise; trop inégale en nombre, elle se retira dans la ville. Le mur d'enceinte et des barricades arrêtèrent les Russes qui perdirent beaucoup de monde dans ces attaques réitérées; ils en perdirent davantage encore lorsque, tournant la ville, ils tentèrent de s'emparer de la hauteur qui la domine. L'artillerie qui la défendait les fou-

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droya, et la division Gardanne, sortant de Novi, les prit en arrière et en flanc. Le général autrichien Lusi-gnan fut fait prisonnier. En même temps, le corps autrichien échouait dans ses attaques contre Taile gauche des Français.

SouvaroY, avec le corps de Mêlas , essaya une autre combinaison. Il résolut de tourner la droite de larmée française, non plus devant Novi, mais tout à fait à son extrémité, où son attaque se trouverait protégée par la forteresse de Serravalle, dont il s'était emparé quelques jours auparavant. Il était deux heures après midi lorsque commença cette manœuvre. Les Français avaient eu l'avantage pendant toute la journée; mais si leur résistance avait obtenu ce succès, c'était contre toute probabilité, tant ils étaient inférieurs en nombre. En outre, contraints à défendre leur position sur tous les points, ils ne pouvaient agir eu masse; car le général Kray avait renouvelé ses attaques contre la gauche.

Ce ne fut pas sans de grands efforts et sans avoir plus d'une fois éprouvé des échecs partiels, que les ennemis parvinrent, non pas à envelopper les divisions qui composaient le corps de Saint-Gyr, mais à les contraindre à abandonner leur position et à se replier en arrière de Novi que maintenant il fallait évacuer. Moreau en donna Tordre et commença aussi un mouvement de retraite avec son aile gauche; il voulait réunir son armée à Gavi, défendant ainsi la route de Gênes.

Mais un encombrement d'artillerie dans un chemin étroit arrêta la marche d'une partie considérable de ce corps d'armée. Le général Kray profita de cette circonstance, il sépara de l'avant-garde les troupes qui suivaient cette artillerie. Là furent surpris les gêné-

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raux Pérignon , Grouchy, Partonneaux et Golli , qui , après les plus courageux efforts, tombèrent blessés aux mains des Autrichiens. Les autres divisions se retirèrent en bon ordre vers Gavi et s'y réunirent à toutes les troupes qui avaient combattu à droite et n'avaient pas été entamées.

Une grande bataille était perdue. Le général en chef avait été tué, quatre généraux de division étaient prisonniers; un parc d'artillerie était tombé au pouvoir d.e l'ennemi. L'effet sur l'opinion devait être et fut immense en France; les plus grands désastres semblaient à redouter. Toutefois, sous le rapport militaire, la funeste journée de Novi n'avait pas une telle importance. L'ennemi avait perdu à peu près autant que l'armée française, c'est-à-dire huit mille combattants. Les troupes russes et autrichiennes étaient tellement entamées et fatiguées» qu'elles ne firent aucun mouvement le lendemain. La route de Gènes et les passages de l'Apennin étaient encore occupés et défendus par une armée qui avait fait preuve d'une fermeté et d'un courage admirables dont les généraux avaient donné l'exemple; plusieurs étaient grièvement blessés. Moreàu avait eu un cheval tué sous lui.

Souvarov changea de projet ; sans s'occuper de pénétrer sur le littoral, il laissa Moreau s'y établir et s'y fortifier, ayant pour place d'armes la grande ville de Gènes, et des communications assurées avec la France par la Corniche et Nice. Le général russe porta ses forces vers Turin et en Piémont, comme s'il voulait attaquer la frontière de France par les Alpes.

L'effet accoutumé des malheurs de la guerre et des dangers qui menaçaient la patrie était d'exciter les

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passions et d'augmenter les exigences insensées du parti démocratique. La diminution de Tautorité du gouveri^ement, le déchaînement du désordre et les déclamations retentissantes étaient toujours les moyens qu'il proposait pour sauver la République. Lorsque le Directoire annonça la bataille de Novi et la mort de Jouberty Lamarque demanda que les réunions politiques fussent rouvertes et que la presse fut libre, oubliant que les journaux de son opinion étaient déjà en pleine licence.

Briot proposa de mettre en accusation le citoyen Talleyrand , qui avait une politique anglaise , et il donna un programme de ce qui était à faire pour sauver la France: — des proclamations au peuple français et à tous les peuples ; — une commission organique pour diriger les travaux du Conseil ; — supprimer le ministère delà police et créer un ministère des arts; — supprimer les fêtes du 9 thermidor, du 13 vendémiaire et du 18 fructidor; — inscrire sur les drapeaux de l'armée, qu'elle combat pour l'indépendance et Tintégralité de la République; — assurer Tindépendance des républiques d'Italie; — promettre aux alliés de la France le partage des colonies anglaises et le commerce de rinde; — organiser l'armée en légions qui porteront le nom de nos grands hommes; — supprimer les commissaires des guerres et créer des préfets; — élever des monuments aux généraux morts sur le champ de bataille; et la statue de la République sur un autel à la Concorde; — clore définitivement la liste des émigrés; — changer les proscriptions prononcées par les lois du 3 brumaire et du 19 fructidor en une obligation de payer d'avance vingt années de contributions. Tels étaient les conseillers avec lesquels le Directoire m. - 31

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était contraint à traiter et à qui il faisait plus ou moins de concessions. Le conseil des Cinq-Cents, par une majorité habituelle , donnait appui à cette politique révolutionnaire. Les circonstances exaspéraient chaque jour davantage le sentiment de crainte qui troublait la raison des républicains exagérés. On apprenait qu'une armée anglaise venait de descendre en Hollande , que la flotte batave s'était rendue par capitulation à la suite d'une révolte de matelots, que toutes les places fortes où des garnisons françaises avaient été laissées , Capoue, le château Saint-Ange, Civita-Yecchia, Gaëte étaient successivement reprises par Tarmée napolitaine.

* L'état intérieur de la République était plus inquiétant encore. La chouanerie, réprimée à sa première apparition dans le midi, prenait plus de développement dans les provinces de l'ouest. Tant de motifs d'embarras et de difficultés pour le gouvernement, tant de dangers menaçant la République, attristaient, mais ne ranimaient point l'esprit parisien , ni cette opinion modérée que le 18 fructidor avait réduite à l'inertie. On avait cessé de prendre intérêt à la chose publique. On avait quelquefois peur des Jacobins , quand ils semblaient .prêts à devenir maîtres du gouvernement; on s'alfligeait avec un patriotisme sincère lorsqu'on supposait que les armées étrangères pourraient envahir les frontières. Mais la ruine successive de la République ou l'attente d'une crise qui pourrait la transformer, ne troublaient pas les esprits; ils étaient indifiTérents et patients.

Une loi du 13 août avait autorisé le Directoire à faire des visites domiciliaires pour rechercher les embaucheurs, les émigrés rentrés, les égorgeurs et les bri-

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gands. Ces visites avaient été pratiquées dans les départements où des insurrections avaient éclaté. La loi fut appliquée même à Paris. Plusieurs centaines d arrestations peu motivées ne donnèrent pour la plupart lieu à aucune procédure et ne furent pas suivies de longues détentions.

La loi des otages, que les administrations locales et le Directoire étaient autorisés à employer préalablement sans attendre une autorisation législative, avait été mise en exécution dans un grand nombre de départements. Le Corps législatif ratifia cette mesure. Elle comprenait la Haute - Garonne , Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe, la Vendée, la Loire-Inférieure, rOrne, la Manche, lUeet-Vilaine, le Morbihan, la Seine- Inférieure, l'Eure, les C6tes-du -Nord, le Calvados, le Finisterre, la Lozère, le Lot\

Une autre loi du 31 août avait autorisé rétablissement de conseils de guerre spéciaux dans les départements déclarés en état de troubles.

Les lois de rigueur et tous les pouvoirs arbitraires étaient ainsi prodigués au gouvernement, même sans qu'il les demandât; les Jacobins, loin de les lui refuser, auraient voulu qu'il en proposât davantage et surtout qu'il fit un emploi plus actif de l'autorité qu'on lui donnait. La méfiance contre Siéyès, déjà manifestée à la tribune de leur club maintenant fermé, était exprimée plus vivement encore datis leurs journaux. Barras n'était pas à l'abri de leurs soupçons. Ils avaient découvert ou ils devinaient que l'un et l'autre, de concert ou chacun de son côté, projetaient, ou préparaient un coup d'État qui anéantirait l'influence de leur parti

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