MARCHE DES ARMÉES COALISÉES
garder les passages de TApennin. Un mois après la fatale journée de Novi, Tarmée française aurait pu reprendre Toffensive, si elle n'avait pas été laissée dans le dénûment et la misère; tant le désordre et l'incurie de l'administration s'étaient augmentés au milieu des préoccupations de la politique intérieure.
Par bonheur pour la France, les affaires de la coalition n'étaient pas conduites plus raisonnablement. L'armée commandée par Souvarov était sous la direction supérieure du cabinet de Vienne et du conseil aulique. Or, la politique de TAutriche différait des idées de Tempereur Paul , et la tactique des généraux autrichiens étaient tout autre que celle du généralissime. Il se piquait de ne rien entendre aux combinaisons stratégiques; les délais imposés par la prudence et la nécessité de se préparer à l'opération qu'on voudrait entreprendre, étaient pour lui un sujet de raillerie ou une occasion d'impatience. Il commençait les attaques avant d'avoir réuni ses forces, sauf à les renouveler et à s'y obstiner si elles échouaient. Ainsi il était prodigue de la vie de ses soldats, et n'obtenait le succès qu'à force d'hommes. Sans cesse il risquait une dé&ite complète pour obtenir un succès partiel, et rien n'était disposé pour tirer un grand avantage de la victoire. — « En avant sur l'ennemi et battez-le. » — C'étaient toutes les instructions qu'il donnait aux généraux qui servaient sous ses ordres. Plus d'une fois, et surtout à Novi, le gain de la bataille avait été décidé par un corps d'armée autrichien; enfin, après cette victoire, il ne lui restait plus que quarante mille Russes, et il en avait amené le double.
Ses dissentiments avec le cabinet de Vienne étaient plus graves que sa mésintelligence avec les généraux
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autrichieDs. Seul des coalisés, l'empereur Paul faisait la guerre avec des vues désintéressées, ou du moins sans autre ambition que d'être le sauveur et l'arbitre de l'Europe. Ayeugle dans sa haine contre la révolution française, il voulait rétablir toutes choses exactement comme auparavant. Territoires et gouvernements devaient être remis au même état qu'avant 1789.
L'Autriche était moins chevaleresque; elle prétendait conserver tout ce qu'elle possédait autrefois et tout ce qu'elle avait obtenu de la France par compensation. Elle voulait surtout établir sa domination dans l'Italie entière. Ainsi , restaurer les États que la conquête du général Bonaparte avait détruits ou diminués n'entrait pas dans les projets du cabinet de Vienne : en cela absolument contraires aux instructions qu'avait rei^ues le général Souvarov. Il ne fut donc question ni de la république de Venise , ni du roi de Sardaigne ; Turin fut un moment gouverné en son nom, mais sans qu'il fût invité à y revenir, et sans qu'il y exerçât une autorité réelle. Le cabinet de Vienne paraissait même peu empressé à reconstituer la souveraineté temporelle du Pape.
Les proclamations de Souvarov qui appelaient les peuples d'Italie à Tinsurrection contre les Français et contre le joug étranger, ne convenaient pas non plus au gouvernement autrichien. Le corps lombard, commandé par le général Lahoz, qui avait quitté les drapeaux français pour se ^joindre aux insurgés de la Toscane et des Etats-Romains , après avoir été encouragé par le général russe, fut licencié par les Autrichiens.
D'ailleurs le désordre des insurrections nuisait à l'armée victorieuse autant qu'à l'armée vaincue. L'ad- III. 32