IVARCHE DES ARMÉES COALISÉES
ministralion militaire des Russes était si mal réglée, les vexations des soldats et de leurs comipandanta étaient si difficiles à endurer que la révolte s'élevait souvent contre les nr>uveaux envahisseurs, surtout en Piémont. Ce fut dans cet état de choses que Souvarov reçut Tordre de conduire son armée en Helvétie où elle ét^ait maintenant plus nécessaire qu'en Italie.
Le général Masséna, depuis qu'il avait quitté Zurich, se maintenait entre l'Aar et la Limath; son quartier général était à Lensbourg et les Autrichiens essayaient peu d*attaques contre lui. Sous ses ordres et en communication avec lui, le général Lecourbe, après avoir redescendu le Saint-Gothard jusqu'à la rive droite du lac des Quatre-Cantons, avait eu de fréquents combats avec un corps autrichien. Regagnant successivement les positions qu'il avait abandonnées, il était, à ia fin de juillet, redevenu maître du Saint-Gothard. Le passage du Simplon était aussi au pouvoir des Français qui avaient une division dans le Valais.
S'étendant ainsi sur sa droite, l'armée de Masséna manœuvrait sur la gauche des Autrichiens de manière à les inquiéter et à leur ôter toute communication avec leur armée dltalie.
L'archiduc Charles, depuis ses premiers succès, n'avait donc obtenu aucun résultat. Il lui avait été impossible de forcer Masséna à abandonner la Suisse. Entrer en France par l'Alsace eût été une imprudence en laissant l'armée d'Helvétie en arrière de lui; d'ailleurs, dès le commencement de la campagne, il avait dû envoyer en Italie le corps du général Bellegarde, fort de vingt-cinq mille hommes. Pendant ce tempslà les troupes que Masséna avait sur le Bas-Rhin et qui formaient son extrême gauche , recevaient de Jour en
jour des renforts; elles avaient même obtenu quelques avantages; ainsi s'expliquait l'inaction apparente de l'archiduc Charles.
L'empereur Paul s'était engagé à envoyer trois armées : la première avait été destinée à l'armée d'Italie ; une autre était attendue pour être opposée à l'armée d'Helvétie; la troisième devait être auxiliaire d'une descente que le gouvernement anglais avait résolu de faire en Hollande au milieu du mois d'août.
Au moment où Souvarov était vainqueur à Novi, le général Korsakov arriva en Suisse avec son corps d'armée; c'était lui qui devait commander en chef. L'archiduc, en revenant sur le Rhin où il espérait faire enfin une guerre active et glorieuse, laissa un corps autrichien commandé par le général Hotz, Suisse au service d'Autriche, qui avait beaucoup d'expérience et une parfaite connaissance du pays. Les informations qu'il donnait au général russe furent à peine écoutées; les conseils de l'archiduc Charles n'étaient pas mieux reçus. La présomption et la négligence des officiers russes de cette armée du général Korsakov étaient un sujet d'étonnement pour les Suisses , accoutumés depuis un an à la vigilante prudence des officiers français.
Ce fut afin de venir se joindre à l'armée de Korsakov que le général Souvarov quitta l'Italie et se mit en route pour descendre en Suisse en traversant les Alpes : la route était difficile, il fallait la disputer aux Français qui l'occupaient.
Le général Masséna était donc menacé d'être enveloppé par trois armées , du général Korsakov qui se trouvait en face de lui, de Souvarov qui arrivait d'I-
talie , et d'un fort détachement composé du corps de Condé, des troupes bavaroises et autrichiennes qui étaient en marche et allaient arriver.
n était indispensable à Masséna de se hâter pour n'avoir pas à combattre tant d'ennemis à la fois. Souvarov ne pensa pas que cette réunion fût nécessaire et il envoya à Korsakov Tordre de livrer bataille; mais ce ne fut pas lui qui attaqua.
Dans la nuit du 24 au 25 septembre, l'armée française passa sur plusieurs points la Limmath qui formait la ligne de défense des Russes ; ils occupaient Zurich, situé sur les deux bords de cette rivière à sa sortie du tac, et leur ligne se prolongeait sur -la rive droite du lac jusqu'à la Linth qui s'y jette à sa pointe orientale. Ce passage difficile s'effectua heureusement; remontant la Limmath sur les deux rives jusqu'à Zurich , les Français eurent toujours l'avantage d'attaquer des corps séparés, en prévenant leur jonction.
Loin de là, le général Soult effectuait aussi le passage de la Linth , entre le lac de Zurich et le lac de Wallenstadt. Ce ne fut pas sans trouver une vive résistance. Deux cents nageurs armés de lances, de pistolets et de sabres, traversèrent la rivière en face du village de Schonitz et enlevèrent les postes ennemis.
A cinq heures du matin» l'ennemi reconnut à sa grande surprise quelles positions avait déjà occupées l'armée française ; elle avait jeté des ponts de bateaux et ses attaques des deux rives communiquaient et se portaient mutuellement secours. Après un combat opiniâtre où fut tué le général Hotze , la rive droite de la Linth était au pouvoir des Français. Les Russes vinrent nu secours des Autrichiens qui la défendaient,
BATAILLE DE ZURICH, 50t.
malgré une grande supériorité de nombre et une audace rare, ils furent repoussés avec une perte considérable.
La journée du 25 avait pour résultat l'occupation de la rive droite de la Limmath, du lac de Zurich et de la Linth, c'est-à-dire de toute la ligne ennemie. Mais la ville de Zurich était encore au pouvoir des Russes. Elle est située à l'extrémité occidentale du lac et traversée par la Limmath. Ainsi elle séparait en deux parties l'armée française, et le corps ennemi qui l'oc* cupait se trouvait placé au centre de la ligne conquise la veille.
Masséna aurait voulu préserver cette ville de la ruine et du carnage inséparables d'une entrée à vive force; le général russe répondit à la sommation en demandant la faculté d'évacuer Tartillerie, les bagages et les blessés ; il y en avait six mille.
La victoire était incomplète tant que Zurich n'était pas occupé. Il fallait se presser d'achever la défaite de Korsakov, avant qu'il pût recevoir le renfort du corps de Condé et des Bavarois. La route par où devait arriver ce secours était encore libre.
Une seconde sommation fut encore plus mal accueillie que la première; les avant-postes russes tirèrent sur le parlementaire.
La journée du 26 septembre ne fut ni moins acharnée ni moins sanglante que la veille ; elle se termina par la prise de Zurich et la défaite entière de l'armée russe, dont les restes se retirèrent sur Winterthur, emmenant une seule pièce de canon. On entra dans Zurich à la fois par les deux rives, et les désastres qu'une capitulation aurait épargnés affligèrent cette malheureuse ville.
Cependant l'armée de Souvarov avançait; après avoir
acheté par des sacrifices énormes le passage da Saint- Gothard et suivi la route étroite et difficile qui suit le cours torrentiel de la Reuss, en combattant sans cesse les généraux Gudin et Loison, elle était parvenue à Altdorf. Le général Lecourbe avec une poignée d'hommes Tarrètait encore sur le bord de la Reuss , mais ne pouvait pas Tempècher longtemps de s'étendre sur la rive septentrionale du lac des Quatre-Cantons, vers Schvntz, Claris et Lu cerne. Là, il se serait réuni avec les débris du corps autrichien que la bataille de Zurich avait rejeté de ce côté.
Masséna^ au lieu de poursuivre la déroute de Korsakov, laissa deux divisions à Zurich et se porta avec le reste de son armée à la rencontre de Souvarov.
Après avoir tenté de pénétrer en Suisse par les vallées de la Mutten, puis de la Linth, toujours repoussé, toujours vaincu , voyant son armée diminuée et presque détruite, Souvarov fut poussé dans la vallée du Rhin , au-dessous du pays des Grisons.
n était temps de retourner à Korsakov , qui avait rallié les restes de son armée au corps de Condé et aux Bavarois. Maintenant la ligne d'opération de Masséna s'étendait depuis Schaffhouse jusqu'à Dissentis dans les Grisons, le long de la rive gauche du Rhin et du lac de Constance ; mais les ennemis occupaient encore cette rive; il s'agissait de les forcer à repasser le fleuve.
C'est à quoi réussit Masséna après plusieurs combats livrés sur sa gauche, tous avec un égal succès. Le corps de Condé formé d'émigrés et de Russes était en avant de Constance. Après l'attaque qui triompha d*une vaillante résistance, le général Gazan entra dans la ville avec l'ennemi ; on se battit dans les rues et les Français demeurèrent maîtres de Constance. De son côté