LE GÉNÉRAL BONAPATE REVIENT EN FRANCK
mouvement spontané, à ces témoignages de la confiance de toute une nation dans le génie et la fortune du héros qu'elle proclamait son sauveur.
Ce fut surtout à Lyon qu'éclata cet enthousiasme : Lyon passait pour une ville royaliste, suspecte à tous les républicains, dévouée à la réaction. Au grand étonnement des généraux qui raccompagnaient, le Général voulut s'y arrêter et y passer la journée. Il fut reçu solennellement; les autorités se présentèrent devant lui ; des citoyens considérable^s par leur position et par l'estime, publique reçurent de lui un accueil distingué; il écouta, sans rien répondre, les paroles qui indiquaient Tespérance de le voir bientôt à la tête des aCTaires. Quant aux républicains du club, ils le trouvèrent froid et sévère. On l'engagea à venir au théâtre; des couplets furent chantés en son honneur; les acteurs ne furent pas écoutés et la salle retentissait du cri de « Vive Bonaparte! »
Dans les villes qu'il traversait, son retour inattendu suscitait une émotion de joie; parfois on s'embrassait dans les rues en se félicitant mutuellement. La nouvelle de son débarquement précéda son arrivée à Paris ; elle fut annoncée aux théâtres et produisit une vive sensation, si générale que ceux qui n'y étaient pas sympathiques renfermaient leur opinion dans le silence.
Il ne doutait pas que son retour ne fût un déplaisir pour le Directoire. Par une précaution qu'il croyait motivée, il avait écrit que de Lyon il prendrait la route de Bourgogne pour arriver à Paris; de sorte que Mme Bonaparte, ses frères et ses amis allèrent au-devant de lui sans le rencontrer, tandis qu'il arrivait le 16 octobre, vers sept heures du matin, dans son petit hôtel de la rue de la Victoire.