‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 161 sur 174 · LB GÉNÉRAL BONAPARTE ARRIVE A PARIS · texte numérisé non relu

LB GÉNÉRAL BONAPARTE ARRIVE A PARIS

victoires , le seul événement qui depuis longtemps ait rallumé Tenthousiasme populaire. On boit à son retour jusque dans les cabarets; on le chante dans les rues. Partout on conçoit les plus brillantes espé* rances. »

11 évitait les occasions de paraître en public ; dans les solennités officielles, il portait l'habit de Tlnstitut et non pas son uniforme. Sa société semblait n'être composée que d'anciens amis , de savants et de gens de lettres. Telle était l'apparence , mais les amis qu'il voyait tous les jours , qui évidemment avaient sa confiance, qu'il écoutait de préférence, c'étaient M. Rcederer qu'il regardait comme l'un des meilleurs conseillers politiques, M. Regnauld de Saint Jean d'Angely qu'il avait connu à l'armée d'Italie, confident, à cette époque, de ses projets ou de ses espérances et son principal intermédiaire pour communiquer avec les modérés de fructidor; c'était surtout M. de Talleyrand. Il retrouvait ses deux frères Joseph et Lucien, l'un qui n'avait pris aucun rôle politique même lorsqu'il avait siégé au conseil des Cinq-Cents , mais qui s'était fait une position considérable : sage, de manières douces et distinguées, riche, tenant une bonne maison, s'entourant d'hommes d'esprit qu'il savait soigner et attacher à lui; l'autre, important au conseil des Cinq-Cents par son nom, par des succès de tribune, par son activité dans les intrigues politiques, républicain mais point jacobin ; en relation avec Siéyès, connaissant ses projets sans s'y associer; ne s'étant compromis avec aucun parti; les ménageant tous, encore qu'il les eût combattus souvent ; trois jours après l'arrivée de son frère, le conseil des Cinq-Cents l'avait élu pour son président.

Il ne fallait pas un grand discernement pour deviner que cette sociélé intime formait le conseil du général Bonaparte, et qu'il y traitait de Taccomplissement de ses desseins.

Mais sa décision n'était point prise; il ne voulait pas se hâter de choisir le chemin par où il arriverait au but.

Sa première pensée fut de revenir à Tancien projet qu'il avait eu dans de tout autres circonstances et de se faire nommer membre du Directoire. Il savait combien Siéyès était odieux à ses collègues, hormis à Roger- Ducos. Le parti jacobin du conseil des Cinq-Cents était en guerre ouverte avec lui. Déjà quelques tentatives avaient été faites pour trouver une illégalité dans son élection. Si elle était déclarée nulle , le général Bonaparte pourrait être élu à sa place. Il en parla à Gohier, qui j plein de scrupules républicains et constitutionnels, objecta l'âge du général, qui n'avait alors que trente ans, et se montra inflexible sur cette dérogation à la Constitution. Moulin ne reçut pas mieux cette proposition; d'ailleurs elle eût été repoussée au conseil des Cinq-Cents.

Gohier et Moulin jugeaient que la situation de la République ne devait plus donner aucune inquiétude. Remporter de nouvelles victoires, faire une paix glorieuse leur semblait chose facile, et le général Bonaparte, en reprenant le commandement de l'armée d'Italie, hâterait cet heureux moment. Barras n'était point de cet avis. Il prévoyait avec raison que rendre une armée au général Bonaparte c'était le prendre pour maître. Lorsqu'on lui parla de ce projet, il répondit : — « Le petit caporal a assez bien fait ses afTaires en Italie pour qu'il ait besoin d'y retourner. » Siéyès, par

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d'autres motifs , était de cet avis : — o Félicitons-nous de son inactivité , disait-il, il ne faut pas mettre des armes entre les mains de celui dont nous connaissons les desseins. Ne le replaçons pas sur un théâtre de gloire ; ne nous occupons pas de lui ; tachons de le faire oublier. »

Toutefois il fut décidé qu'un commandement en chef lui serait offert. Une explication très-vive eut lieu. Il se montra offensé du propos de Barras qui lui avait été rapporté; Barras ne répondit pas, et le Général se retira en disant froidement qu'il ne pouvait pas accepter et que sa santé exigeait encore quelque temps de repos. Ce fut le dernier rapport qu'il eut avec le Directoire.

Une autre combinaison pouvait être essayée. Si le projet qui n avait pas été admis par Gohier et Moulin était adopté par le parti jacobin, la majorité au conseil des Cinq-Cents renouvellerait le Directoire en entier, et y placerait le général Bonaparte. Si Ton craignait de ne pas obtenir la majorité, on procéderait par un coup d'État, qu'appuieraient et sanctionneraient les Jacobins.

Ce parti avait alors pour chefs des généraux : c'était sa seule force. Aucun homme éminent de Tordre civil, aucun orateur ne le conduisait; il avait contre lui lopinion publique. Ainsi, pour traiter avpc les Jacobins, il fallait s'adresser à Bernadotte, à Jourdan, à Augereau. Bernadotte était beau-frère de Joseph Bonaparte, qui fit d'inutiles efforts pour le rallier au général Bonaparte : il refusa, mais sembla plutôt indécis qu'opposant; il était plein d'orgueil et d'ambition, mais bien que sa parole fût imprudente et hardie , bien que son caractère fût indépendant, il était peu capable

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de déterminations complètes et tranchées Jourdan était un républicain sincère qui jugeait sans discernement la situation intérieure. Il reconnaissait toute Tinsuffisance du Directoire ; mais il n'aurait pas voulu le renverser sans être assuré que la République et la Constitution trouveraient une garantie assurée dans le choix des nouveaux Directeurs.

Malgré cette opposition aux vues du général Bonaparte, aucun des généraux qui refusaient de se joindre à lui ne pensait à traverser activement ses desseins; il les ménageait» ne leur montrait aucun ressentiment de leur refus et s'assurait qu'ils ne tramaient rien contre lui. Leur conduite avait en effet pour principal mobile la persuasion que le parti révolutionnaire toutpuissant au conseil des Cinq-Cents , ayant la majorité dans le Directoire,, réprimerait facilement les tentatives du général Bonaparte. Ils le plaignaient de s'engager dans une entreprise téméraire.

Avant de se décider sur les instruments qu'il emploierait pour devenir maître du gouvernement, il voulut s'assurer des intentions de Barras» savoir s'il était possible de se concerter avec lui , et quelles seraient ses intentions. Le 30 octobre, il dînait chez lui, ils parlèrent de la situation des affaires publiques. — « La République périt, disait Barras, rien ne peut plus aller; il faut faire un grand changement et nommer Hedouville président de la République. Quant à vous, votre désir est de vous rendre à l'armée. Moi, je suis malade, dépopularisé, usé; je ne suis plus bon qu'à la vie privée. »

Il n'y avait rien à répondre à une parole si peu sérieuse; Hedouville n'avait pas d'autre mérite que d'être un parfait honnête homme, d'opinions mode-

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rées; jamais il n'avait été question de lui dans la politique. Le Général regarda fixement Barras , la conyersation n*alla pas plus loin ; peu de moments après il descendit dans les appartements de Siéyès.

Gomme en arrivant à Paris, sa première pensée avait été d'expulser Siéyès du Directoire et de se faire élire en sa place , il n'avait montré aucun empressement à se rapprocher de lui. Deux jours après son arrivée, a un dîner fort peu nombreux, chez le président du Directoire, le général Bonaparte avait affecté de ne pas adresser la parole à Siéyès; à peine parut-il s'apercevoir qu'il était là.

Siéyès, que le retour du Général avait déjà mis de fort mauvaise humeur, fut offensé de cette impolitesse. — « Avez-vous remarqué, dit-il à Gohier, la conduite de ce petit insolent envers un membre du Directoire? Nous aurions dû le faire fusiller pour avoir quitté son armée. » — Aucune relation ne s'établit donc entre eux.

Cependant l'entourage intime du Général n'approuvait pas les tentatives qu'il faisait auprès du parti jacobin et voyait qu'elles ne le mèneraient à rien. Ses conseillers lui disaient que la révolution ne pouvait se faire en écartant Siéyès. La plupart, surtout Rœderer, avaient d'anciennes liaisons avec lui. Les frères du général et Lucien plus particulièrement, avaient constamment entretenu de bons rapports avec Siéyès.

— « Que demande la France en ce moment? disait-on au Général; à être délivrée des anarchistes qui nous menacent du retour de la Terreur et rendent impossible tout gouvernement raisonnable. Siéyès est depuis quatre mois leur adversaire déclaré ; ils le détestent et les honnêtes gens se sont rattachés à lui. Avant votre retour, ils comptaient sur lui pour faire le coup d'État

que maintenant on attend de tous. Vous ne pouvez pas vous entendre avec les Jacobins, vous seriez forcé de les écraser après vous être servi d'eux : ce qui serait malséant à la dignité de votre caractère. Plus que personne vous êtes convaincu qu'on ne peut rien faire de bon et de solide qu'avec les gens raisonnables. » — « Ce qu'on attend de vous présente moins de difficultés que vous ne croyez. Ce qui serait difficile, c*est que la chose ne se fît pas ; elle est aux trois quarts faite. »

Le Général ayait sans doute prévu que Siéyès lui serait un allié nécessaire. Mais en s'adressant aux Jacobins il avait endormi leur méfiance et augmenté leur aveugle présomption.

Maintenant il fallait les rapprocher l'un de l'autre. Les collègues de Siéyès avaient échangé des visites avec le Général. Il fut convenu que chacun mettrait en même temps une carte chez l'autre. Dès le lendemain, Lucien Bonaparte alla chez Siéyès et débuta par lui dire : — (( L'opinion publique et les. acclamations du peuple ont donné à mon frère la mission de sauver la France. Voulez- vous vous associer à lui pour cette patriotique entreprise? Il a reçu des propositions des Jacobins et pourra se servir d'eux, si vous n'acceptez pas sa proposition. »

Siéyès voyait bien que les choses devaient se passer de la sorte et y était résigné comme il l'avait toujours été aux faits accomplis ou nécessaires. La négociation commença. Cabanis, qui était un de ses meilleurs amis et qui avait des rapports habituels avec plusieurs des confidents du Général, vint avec Joseph Bonaparte traiter plus positivement des conditions de l'alliance. Comme on lui disait qu'il y aurait trois consuls, lui, Roger Ducos et le général Bonaparte, il répondit : —

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((Oui y je veux marcher avec le général Bonaparte, parce que de tous les militaires, c'est encore le plus civil , mais je sais ce qui m'attend après le succès , il écartera ses deux collègues et les rejettera en arrière. » — Siéyès en Gt le geste, repoussa à droite et à gauche ses deux interlocuteurs et terminant la conversation j revint aux autres personnes qui étaient dans le salon. Puis la négociation continua afin de concerter la conduite à tenir et les démarches à faire. M. de Talleyrand et M. Rœderer, tous deux amis de Siéyès , étaient les intermédiaires de cette intelligence encore tenue secrète.

Tout était réglé et il n'y avait plus qu'à s'occuper de l'exécution. Ce fut à ce moment, que le général , après avoir rompu avec Barras, se rendit le 30 octobre au soir, chez Siéyès; là il fut convenu que huit ou dix jours suffiraient à préparer le coup d'État auquel Siéyès avait songé depuis longtemps , mais plutôt pour ce qui se passerait dans Tordre civil, que pour l'action de la force militaire.

Avant même d'avoir pris une détermination, le Général s'était mis en bons rapports avec Fouché et avec Real , qui était alors commissaire du Directoire près l'administration départementale de la Seine : car en toute hypothèse , il était nécessaire de ne pas avoir la police contre soi. Il leur raconta ce que Barras avait dit et comment il n'y avait rien à combiner avec lui. Ils étaient l'un et l'autre, Real surtout, grands amis de Barras et c'était avec lui qu'ils auraient voulu faire la révolution. Ils se hâtèrent d'aller lui reprocher de s'être ainsi aliéné le général Bonaparte ; aussitôt il vint le trouver pour s'excuser, protesta de son dévouement et le pria de compter sur lui, pour tout ce qu'il voudrait

faire. Le Général lui répondit , que la campagne d'Egypte et l'air brûlant du désert avaient ruiné sa santé et qu'il allait quitter Paris dont le climat lui était mauvais.

C'était ainsi qu'il s'occupait à tenir dans l'incertitude et dans Tinertie tous ceux qui auraient pu se préparer à traverser ses desseins ou se préparer à la résistance.

D avait gagné la confiance de Moulin, qui venait sans cesse lui parler des affaires publiques et le consulter ; il avait soin de ne lui témoigner aucun intérêt pour ce qui ne se rapportait pas à la guerre et aux armées. -—Quant àGobier, il avait une sécurité si complète; la République lui^ paraissait en si bonne situation, si bien établie; les rapports d'un ministre de la police, aussi clairvoyant que le citoyen Fouché, étaient si rassurants contre toute conspiration , qu'il était facile de Tentretenir dans cette heureuse disposition.

Il était plus important encore de s'assurer du concours des généraux. Moreau était à Paris ; il s'était trouvé à dîner chez Gobier le lendemain de l'arrivée du général Bonaparte, qui lui avait fait l'accueil le plus empressé et le plus aimable; ils s'étaient entretenus longtemps des guerres, où ils avaient commandé, et s'étaient fait de mutuels compliments. Plusieurs jours après, Moreau témoigna au général Leclerc, beaufrère des Bonaparte, le désir de faire une visite au Gé* néral. — «Je suis, comme vous, lui dit-il, fatigué du joug des avocats, qui perdent la République ; je vous offre mon bras pour la sauver. » — Le Général voulut lui donner quelques explications sur ce qui lui semblait à faire, Moreau l'interrompit, en disant : — a Le général Leclerc et votre frère Joseph ont d.û vous parler du désir que j'ai de joindre mes efforts aux vôtres.

Vous seul avez le pouvoir de sauver TÉtat, disposez de moi , de mes aides de camp et des ofGciers qui ont servi sous moi et qui se trouvent à Paris. »

Macdonald était aussi dans cette disposition, ainsi que Serrurier; on pouvait compter sur Tobéissance du général Lefebvre, qui commandait la division de Paris. Ces précautions étaient très-nécessaires. L'armée était républicaine; toute pensée de contrerévolution lui était odieuse. Les généraux du parti jacobin avaient cultivé et même exalté cette disposition. Les amis du Général trouvaient qu'il ne s'en inquiétait pas assez. Heureusement , deux régiments de dragons qui avaient fait les campagnel d'Italie conservaient un religieux dévouement à leur ancien général, et le 2r régiment de chasseurs à cheval se souvenait d'avoir été sous ses ordres au 1 3 vendémiaire ; Murât sortait de ce régiment et connaissait la plupart des officiers.

Mais lors même que Tarmée eût été disposée à obéir au général Bonaparte , il était indispensable que son commandement lui fût conféré par un des pouvoirs souverains de l'ordre civil; pas un officier, ni un soldat n'aurait voulu suivre un général qui se serait mis en rébellion contre le gouvernement. Le 1 3 vendémiaire s'était fait par l'autorité de la Convention, le 18 fructidor avait été commandé par le Directoire.

Cette part de la conspiration était dans les attributions de Siéyès : il s'y était préparé depuis longtemps. Le conseil des Anciens avait toujours conservé un caractère de prudence et de modération : il avait de sa propre autorité fermé le club du Manège. La majorité n'était point énergique, mais elle opposait une résistance ferme au parti anarchiste qui dominait le^ Cinq-Cents ; elle se groupait autour de Siéyès pour le

défendre contre les attaques de cette faction ; il avait influence et presque autorité sur les hommes qui étaient importants dans cette assemblée.

La Constitution avait conféré au conseil des Anciens le pouvoir de changer la résidence du Corps législatif. La pensée de cet article venait des Girondins. Menacés par la populace et la commune de Paris, ils avaient projeté d'échapper à ce danger en transportant la Convention dans une ville de province. — Avant le 18 fructidor, le parti modéré avait songé à se soustraire par ce moyen aux violences du Directoire. Les circonstances n'étaient aucunement pareilles; mais Siéyès et ses amis du conseil des Anciens croyaient qu'on aurait plus de facilité à exercer une contrainte sur les Conseils en les transportant hors de Paris et les environnant d'une force militaire.

Le temps s'écoulait et le public qui, sans savoir rien des intrigues préliminaires indispensables de la prochaine révolution, la regardait comme infaillible depuis le retour du général Bonaparte» commençait à se montrer impatient. — u Quoi, disait-on, il est depuis quinze jours ici et rien n'est encore fini ! » — Fouché faisait dire au Général : — « Dépêchez -vous ou tout sera perdu. »

Le Corps législatif avait offert un banquet au gêné* rai Bonaparte ; il fut fixé au 6 novembre, et ce fut dans la vaste église de Saint Sulpice, alors intitulée temple de la Victoire, que cette réunion eut lieu. Une inmiense table occupait la nef. Un très-grand nombre de représentants et la plupart des généraux qui se trouvaient à Paris assistaient à cette fête. Le président du Directoire avait la place du milieu ; à sa gauche le général Bonaparte, à sa droite le général Moreau. Ja- III. 34

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mais festin ne fut plus morne. Nulle conversation ne troublait le silence ; parmi les sept cents convives , aucun ne chucholtait même avec son voisin. Toutes les physionomies exprimaient la préoccupation; une méfiance universelle tenait chacun en précaution et en crainte. Le général Bonaparte s'était fait apporter par ses aides de camp un petit pain et une bouteille de vin : il ne toucha à aucun des mets qui lui étaient servis. Quelques toasts furent portés froidement et sans susciter le moindre témoignage de sympathique approbation. Il but à l'union de tous les Français, et, malgré la faveur dont il jouissait, ses paroles ne furent pas applaudies. Longtemps avant que le festin fût terminé, il se leva, et, accompagné du général Berthier, il fit lentement le tour des tables, adressant quelques paroles obligeantes aux représentants qu'il connaissait; puis il sortit. Ce jour-là même il avait eu une conversation avec Siéyès et ils avaient décidé que leur projet serait mis en action le 17 brumaire*. Le lendemain, les principaux confidents et employés de la conspiration étaient réunis chez M. de Talleyrand. MM. Rœderer, Regnauld de Saint-Jean d'Angely rédigeaient des proclamations, des pamphlets et des articles de journaux. M. Arnault, beau-frère de Regnauld, avait fait des chansons populaires. Real, avec une rare activité d'intrigue, préparait tout ce qui était du ressort de la police : les murs devaient être couverts de placards et des orateurs de la rue devaient les commenter dans les groupes qui se rassembleraient pour les lire. Fouché se prêtait à la conspiration, en prenant soin de ne se point compromettre; le succès lui parais-

4, S novembre.

sait probable , mais non pas certain. Il était pendant cette soirée chez madame Bonaparte se moquant de la conspiration. — « Il n'y a point de conspiration, disait-il, quand tout le monde en parle depuis huit jours. »

Il fallut attendre un jour de plus : Siéyès et ses amis n'avaient pas encore suffisamment préparé le conseil des Anciens au rôle qu'il devait jouer. Le Général se raillait un peu de ce qu'il appelait leurs scrupules : il n'avait aucun doute sur le succès. Assuré qu'il était des généraux et des régiments, il ne connaissait pas la tactique des assemblées et la difficulté de discipliner leurs mouvements. — « Je leur laisse le temps de s6 convaincre, disait-il, que je puis faire sans eux ce que je veux bien faire avec eux. »

Le 18 brumaire à six heures du matin la cour de l'hôtel, rue de la Victoire, était encombrée d'officiers de la garde nationale et de Tarmée ; tous les généraux présents à Paris remplissaient les salons : Moreau , Macdonald, Lefebvre, les généraux revenus d'Egypte s'étaient rendus à l'appel. Augereau et Jourdan n'avaient pas été convoqués. Bernadotte, amené par Joseph Bonaparte, se présenta, mais il était en habit de ville. Le général Bonaparte lui conseilla de se joindre à lui, de quitter un parti qui évidemment allait succomber. Bernadotte se faisait illusion : il croyait que les républicains exaltés l'emporteraient dans cette lutte; il était le premier parmi eux et pour ainsi dire leur chef. n refusa obstinément et se retira en disant à Joseph : — ^ (i Vous ne réussirez pas ; je vais ailleurs, où peutêtre je suis destiné à vous sauver. »

Au même moment, le conseil des Anciens était

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réuni ; pendant la nuit la commission des inspecteurs de la salle, composée d'amis de Siéyès, avait expédié des lettres de convocation aux Anciens, en prenant la précaution de n'en point adresser à ceux de leurs collègues qui tenaient au parti jacobin.

La séance s ouvrit à sept heures du matin. M. Cornet, au nom de la commission des inspecteurs, rendit un compte effrayant delà situation, des complots qui allaient éclater, des périls qui menaçaient la liberté et •la patrie, des poignards déjà levés sur les représentants du peuple.

— « Vous pouvez prévenir encore de tels malheurs : un instant suffit; mais si vous ne le saisissez pas , la République aura existé et son cadavre deviendra la proie des vautours qui attendent sa chute. »

La commission proposait un décret qui ordonnait que le Corps législatif serait transféré dans la commune de Saint-Cloud et que les deux conseils y seraient convoqués pour le lendemain à midi. Un autre article disait : — « Le général Bonaparte est chargé de l'exécution du présent décret : il. prendra toutes les me* sures nécessaires à l'exécution du présent décret et à la sûreté du Corps législatif, m — « Le général commandant la division de Paris , la garde du Corps législatif, les gardes nationales et les troupes de ligne sont mis immédiatement sous ses ordres et sont tenus de le reconnaître en cette qualité. Tous les citoyens lui prêteront main forte à sa première réquisition. » — «Le général Bonaparte est appelé dans le sein du conseil pour y prêter serment: Il se concertera avec les commissions des inspecteurs des deux Conseils, w

Un projet de proclamation était joint à ce décret : il était court et se bornait à dire que le Conseil usait

de son droit pour enchaîner les factions, pour rétablir la paix intérieure, pour amener la paix extérieure , pour le salut et la prospérité de la République. Afin de prévenir les inquiétudes de la population de Paris, on ajoutait : — « Soyez calme : dans peu la présence du Corps législatif tous sera rendue. » — La dernière phrase était un hommage rendu à la souveraineté du peuple, au moment où on n^attendait pas qu'il Teût déléguée : — w Vive le peuple ! par qui et en qui est la République. »

Ce décret n'éprouva pas une contradiction , fut voté sur-le-champ, et les représentants Cornet et Baraillon allèrent le remettre au général Bonaparte.

Alors il descendit, et du haut du perron il harangua les officiers qui lattendaient dans la cour ; il leur dit que le conseil des Anciens, autorisé par la Constitution , Tavait revêtu du commandement de toutes les troupes et qu'il comptait sur leur bonne volonté et leur courage pour le seconder dans l'exécution des grandes mesures destinées à sauver la patrie. L'enthousiasme fut général : les officiers tirèrent leurs épées, promettant obéissance et fidélité. Lefebvre qui ne les commandait plus, se joignit à Tétat-major du général, où l'on voyait Moreau, Macdonald , Beurnonville. Serrurier, Lannes, Murât, Marmont, Berthier.

A la tête de cette glorieuse escorte, il monta à cheval et trouva sur le boulevard, au débouché de la rue de la Chaussée-d'Antin , un détachement de quinze cents hommes de cavalerie, qui étaient là par ses ordres; car nonobstant la défense expresse que Dubois Crancé ministre de la guerre avait donnée, on obéissait déjà au général Bonaparte, en vertu du décret non encore voté par les Auciens. Les adjudants de

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la garde nationale furent chargés de le publier chacun dans son quartier en y faisant battre la générale.

Entouré de tous les généraux , il fut introduit à dix heures dans la salle des Anciens. Le président lui adressa la parole : — n Général , on va vous donner lecture du décret que le conseil vient de rendre. »

Après cette lecture, il reprit : — ce Citoyens représentants, la République périssait : vous l'avez su; votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre. Je les arrêterai , aidé du général Lefebvre, du général Berthier et de tous mes compagnons d'armes. Qu'on ne cherche pas dans le passé des exemples qui pourraient retarder votre marche ! Jlien dans l'histoire ne ressemble à la fin du xv!!!*" siècle ; rien dans la fin du xviii* siècle ne ressemble au moment actuel. Votre sagesse a rendu ce décret; nos bras sauront l'exécuter. Nous voulons une république fondée sur la vraie liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale : nous l'aurons ; je le jure en mon nom et au nom de mes compagnons d'armes. » — Tous les généraux s'écrièrent : « Je le jure. »

Le Général avait fait un discours, mais n'avait point prêté le serment légal ; il n'avait point juré fidélité à la Constitution de l'an m. La remarque en fut faite par M. Garât; le président lui répondit que depuis le décret qui avait transféré le Corps législatif à Saint- Cloud • aucune discussion ne pouvait être ouverte.

Le Général descendit dans la cour et remonta à cheval pour passer les troupes en revue. Elles occupaient le Carrousel, le jardin des Tuileries et la place Louis XY. Ce fut pour les conseillers politiques de la conspira-

tion le moment décisif. Ils craignaient qu'il ne fût impossible d'entraîner les troupes dans le mouvement et d'obtenir leur obéissance; tous les rapports les représentaient comme animées d'un esprit républicain fort exalté. Les généraux jacobins se tenaient pour assurés de l'ascendant qu'ils pourraient exercer sur les soldats. Lors donc que le régiment de dragons du colonel Sébastiani eut accueilli le général Bonaparte avec enthousiasme et acclamations, cette inquiétude, que lui-même n'avait jamais témoignée, fut entièrement dissipée. Ce qu'un régiment avait fait, les autres le feraient assurément.

Cette revue fut un vrai triomphe. Le peuple ne se montra pas moins transporté de joie, de conGance» d'espoir. Parmi la jeunesse, c'était presque de l'adoration. On ignorait quelles seraient les conséquences de cette translation des Conseils à Saint-Cloud, si la forme du gouvernement serait changée, si la représentation nationale serait épurée. Le général Bonaparte était le maître : cela suffisait pour satisfaire l'opinion publique. On n'entendait parler d'aucune arrestation, d'aucune précaution de police. Les barrières avaient été un instant fermées ; il avait ordonné de les rouvrir.

Après la revue, il chargea Moreau de commander au Luxembourg, Lannes aux Tuileries, Marmont à l'École militaire, Macdonald à Versailles, Murât à Saint-Cloud , Serrurier à l'embranchement des routes de Versailles et de Saint-Cloud. Les troupes furent ainsi réparties de manière à assurer la tranquillité publique.

Augereau se présenta sans avoir été averti. — w Eh quoi! général, est-ce que vous ne comptez pas toujours sur votre petit Augereau? » — Le général Bona-

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parte lui conseilla » ainsi qu'à Jourdan , de ne pas se rendre à la séance de Saint-CIoud, de rester tranquilles et de ne pas compromettre les services qu'ils avaient rendus à la patrie, en s'opposant à un mouvement national que rien ne pouvait arrêter.

Le décret du conseil des Anciens avait déjà été porté au général Bonaparte, lorsque les inspecteurs en donnèrent connaissance au président du Directoire. Il avait été engagé pour ce même matin à déjeuner chez Mme Bonaparte, mais Mme Gohier y était allée seule. Il commençait à se douter de quelque chose. Il convoqua ses collègues; mais il apprit que Siéyès, qui depuis quelques jours apprenait à monter à cheval , ce qui fut un sujet de plaisanterie , était sorti en cet équipage avec Roger Ducos. Ils étaient allés au conseil des Anciens. Barras était au bain, et répondit qu'il allait envoyer son secrétaire Bottot à la découverte, pour savoir ce qui se passait.

Barras avait déjà reçu une autre visite. M. de Talleyrandy qui était fort de ses amis et qui avait sa confiance, s'était chargé de lui faire donner sa démission. M. Rœderer en rédigea le projet et Tamiral Bruix, qui était aussi un de ses familiers, le porta au Luxembourg; il lui expliqua quelle était la situation. Barras comprit qu'il n'avait rien de mieux à faire que de donner sa démission, en obtenant des garanties pour sa sécurité et sa fortune. Le message de Bottot cousistait à porter cette démission.

Après la revue, le général Bonaparte était monté au comité des inspecteurs qui siégeaient dans le palais des Tuileries. Siéyès et Roger Ducos venaient de donner leur démission lorsque Bottot arriva; le Général savait déjà ce qu'il apportait , mais ce lui fut une

occasion de faire une de ces scènes destinées à frapper les esprits et à être répandues dans le public.

— a Qu'avez-vous fait, dit-il à Botlot d'une voix foudroyante, de cette France que j'avais rendue si brillante? Je vous ai laissé des victoires, j'ai retrouvé des revers; je vous ai laissé les millions de Tltalie, j ai retrouvé des lois spoliatrices et partout la misère. Que sont devenus cent mille hommes qui ont disparu du sol français? Ils sont morts, et c'étaient mes compaf;nons d'armes! Un tel état de choses ne peut durer; avant trois ans, il nous mènerait au despotisme par latfarchie. Nous voulons la République, assise sur les bases de Tégalité, de la morale, de la liberté civile, de la tolérance politique; à entendre quelques factieux, nous serions les ennemis de la République, nous qui lavons arrosée de notre sang. Nous ne voulons pas des gens qui se croient plus patriotes que ceux qui se sont fait mutiler pour le service de la République. »

M. Arnault écrivit aussitôt cette vive objurgation pour l'envoyer aux journaux. Bottot ne fit pas d'autre réponse que de remettre l'abdication de Barras.

Moulin et Gohier arrivèrent. — « Je vois avec plaisir, leur dit le général , que vous vous rendez à nos vœux, à ceux de vos collègues. »

Gohier avait été invité à déjeuner précisément pour être associé au dessein qui allait recevoir son exécution. Mme Bonaparte s'intéressait à lui, et le Général Testimait comme un très-honnète homme; sa femme avait en son nom repoussé toute proposition. De nouvelles instances lui furent faites pour qu'il se réunît aux hommes qui voulaient sauver la RépubHque. Mais Gohier ne connaissait d'autre moyen pour sauver la République que d'observer la Constitution.

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— « Elle croule de toutes parts votre Constitution , disait le Général. — Vous n^avez pas eu le temps encore de connaître notre situation ; partout la République est triomphante, triomphante sans tous, » répondait Gohier.

Alors on apporta un billet au Général; après Tavoir lu, il s'adressa à Moulin : — a Vous êtes parent de Santerre ?

— Non y général , mais son ami.

— Il agite les habitants du faubourg Saint-Antoine et veut se mettre à leur tête. S'il fait un mouvement, je le fais fusiller. — Santerre n'est point un agitateur. D'ailleurs, il ne ferait pas lever aujourd'hui quatre hommes dans le faubourg. Il ne marchera jamais que sur l'ordre d'une autorité que vous semblez méconnaître. — Il n'y a plus de Directoire, » répliqua le Général.

Gohier ajouta : — a II ne sera pas en votre pouvoir d'accomplir vos projets hostiles.

— Mes projets ne sont pas hostiles. Il faut sauver la République. Je le veux , et nous y parviendrons par des mesures énergiques. Ne restez pas tous deux isolés ; ne refusez pas votre démission. »

Les deux Directeurs persistèrent; Gohier avait un intime sentiment de sa légitimité et se faisait conscience d'abandonner un poste qu'il croyait devoir à la confiance du peuple; il retourna au Luxembourg, où le général Moreau le fit garder. Moulin s'en échappa et se tint caché. Barras fut conduit à son château de Grosbois par une escorte de dragons.

Le succès de la journée était complet , et cependant rien n'était terminé. Que feraient les deux Conseils le

lendemain y à Saint-Cloud? — Que leur proposeraiton? — Il ne subsistait plus en ce moment un autre pouvoir que la dictature militaire conférée au général Bonaparte; — comment cette dictature deviendrait-elle un gouvernement? — Ferait-on sans délai des changements à la Constitution ? — Procéderait-on à l'élection d'un nouveau Directoire?

Ce fut pour traiter de ces questions et pour concerter la journée du lendemain, qu'à sept heures du soir, à la commission des inspecteurs, aux Tuileries, se réunirent le Général, Siéyès, Roger Ducos, Fouché avec les meneurs de la révolution actuelle dans le Corps législatif: Régnier, Lemercier, Cornet, Fargues, Cornudety du conseil des Anciens; — Lucien Bonaparte ^ Chazal , Cabanis^ Boulay, Bérenger, Emile Gandin, du conseil des Cinq-Cents.

Siéyès, Fouché et les anciens habitués de la Révolution et des assemblées prévoyaient une vive opposition dans les Conseils; ils craignaient non-seulement des difficultés, mais des résolutions hardies et hostiles. On parla des moyens de prévenir le danger. Il fut proposé de faire arrêter quarante des principaux opposants; Siéyès insistait sur cette mesure, le Général résista à ce conseil. — « Non, disait-il, j'ai juré ce matin de protéger la représentation nationale; je ne veux pas violer mon serment. »

On parla de diverses précautions de police; les inspecteurs des deux Conseils étaient d'avis d'employer encore l'expédient qui avait si bien réussi le matin même : ils auraient changé la couleur des cartes que chaque représentant était tenu d'exhiber pour entrer dans la salle; les nouveaux billets ne seraient pas envoyés aux plus fougueux opposants; de sorte

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que la porte leur serait refusée quand ils montreraient une autre carte que celle de la consigne.

Le Général agréa d*abord ce moyen , puis le trouva indigne de lui; il était tellement satisfait de sa journée qu'on ne pouvait lui donner une inquiétude; il n'aTait pas un doute sur l'ascendant qu'il exercerait en toute occasion et sur toutes personnes. — u Pourquoi ces précautions? disait-il, nous marchons avec la nation et par sa seule force. Notre triomphe ne doit pas ressembler à celui d'une minorité factieuse. » — Il fut convenu qu'un gouvernement provisoire serait établi, qu'il serait composé de trois consuls, le général Bonaparte et les citoyens Siéyès et Roger Ducos; qu'on proposerait d'ajourner les Conseils à trois mois. Du reste, le Général ne s'expliquait pas sur les changements qui pourraient être faits à la Constitution; il affectait de s'en rapporter entièrement à Siéyès et aux représentants qui savaient beaucoup mieux que lui quelles formes constitutionnelles pouvaient être nécessaires ou convenables. — 11 les quitta sans que rien fût réglé , sans qu'on sût ce qu'il voulait. Quelquesuns remarquaient que tout était incertain , hormis qu'il avait un pouvoir absolu. — «Que voulez-vous? disait Fouché : c'est fait. » — « Vous avez un maître^ « disait Siéyès.

Le lendemain à une heure, les deux Conseils étaient assemblés à Saint-Cloud : les Anciens dans la galerie du château, les Cinq-Cents dans l'orangerie. En attendant l'ouverture de la séance, Siéyès et le Général étaient seuls dans un des salons; les généraux et l'état-major dans la salle précédente.

Dès que les Cinq -Cents furent en séance, Emile Gaudin proposa de nommer une commission de sept

membres qui ferait ua rapport sur la situation de la République, et les mesures àe salut public qu'il con-* viendrait de prendre; il demandait que toute discussion et délibération fût ajournée jusqu'à ce rapport. Des voix s'élevèrent, on criait : — « la Constitution ou la mort! Point de dictature! A bas les dictateurs! »

— Delbrel proposa de renouveler le serment de fidélité à la Constitution : les cris continuaient ; le président n'était pas écouté. Enfin , par une clameur presque unanime, il fut prescrit de faire un appel nominal pour que chacun des représentants jurât fidélité à la Constitution.

Cette prestation de serment devait durer au moins deux heures et donnait le temps de se préparer contre la majorité des Cinq-Cents. Déjà Touché venait de faire dire au Général par Regnauld de Saint-Jean-d'Ângely, qu'à Saint-Cîoud les baïonnettes couraient le risque d'être moins puissantes que les toges; qu'il ne savait pas jusqu'où une assemblée pouvait être entraînée par des meneurs. Il conseillait de brusquer l'événement.

— « Pour moi, disait-il, mes précautions sont prises : le premier qui bougera sera jeté à la rivière. Je lui réponds de Paris; qu'il se charge de Saint-Cloud. »

Augereau n'était pas en uniforme et vint raconter à son ancien chef en quelle agitation étaient les Cinq- Cents et ajouta : — « Te voilà donc dans une jolie position.— Nous en, sortirons, lui répondit le Général, souviens-toi d' Aréole. Va dire à tes amis que le vin est tiré et qu'il faut le boire, jo

L'aide de camp Lavalette, chargé par son général de lui rendre compte toutes les cinq minutes de ce qui se passait aux Cinq-Cents, le trouva seul avec Siéyès, qui était assis tranquillement devant le feu , tandis

qu'il se promenait avec une sorte d'agitation. — a Eh bien, vous voyez ce qu'ils font, » dit-il. — Siéyès répondit froidement : — « Jurer une partie de la Constitution, passe; mais la jurer tout entière, c'est trop. »

Le Général sortit avec précipitation , il traversa le salon où se tenaient les généraux; il frappait le parquet de sa cravache, en disant : — « Il faut en finir. » — Il descendit dans la cour, monta à cheval, fit mettre en bataille un régiment d'infanterie qui arrivait de Pari9, h?rangua les officiers; puis descendit de cheval , monta d'un pas rapide le grand escalier et se présenta à la barre du conseil des Anciens.

Il n'avait pas voulu qu'on en écartât les membres qui appartenaient au parti jacobin; ainsi on pouvait craindre de trouver une disposition semblable à celle qui se manifestait aux Cinq-Cents.

Dès le commencement de la séance, lecture avait été donnée d'une lettre par laquelle Barras donnait sa démission. Il disait qu'en acceptant la première magistrature de l'État, il n'avait eu d'autre intention que de défendre la liberté et de préserver des attaques de leurs ennemis les patriotes compromis dans sa cause; ancien soldat, il avait voulu aussi donner des soins particuliers aux intérêts des défenseurs de la patrie. — « Maintenant, le retour du guerrier illustre à qui j'ai eu l'honneur d'ouvrir le chemin de la gloire, et la confiance que lui accorde le Corps législatif, m'ont convaincu que les périls de la liberté étaient surmontés et les intérêts des armées garantis , je rentre avec joie dans le rang des simples citoyens, p

Sans s'occuper de cette lettre, les opposants d'abord demandèrent par quel motif un certain nombre

de membres du Conseil n'avaient pas été convoqués pour la séance de la veille.

Un des inspecteurs de la salle , en attribuant à la précipitation , avec laquelle les billets de convocation avaient été portés , quelques inexactitudes dans le service, parla de la gravité et de Turgence des mesures qui avaient dû être prises» des complots qui menaçaient encore la République; des révélations qui avaient été faites à I9 commission par un général sur qui reposaient tontes les espérances de la patrie; de la nécessité d'attendre que le péril fût passé pour s'expliquer publiquement sur les circonstances.

Alors on demanda le comité secret : il fut répondu que le Conseil ne pouvait rien délibérer, tant qu'il n'était pas officiellement informé de la présence, à Saint-Cloud, du Directoire exécutif et du conseil des Cinq-Cents. La discussion fut animée et la majorité se prononça contre ceux qui demandaient un comité secret et une discussion.

A trois heures et demie, on donna lecture d'une lettre du secrétaire général du Directoire qui annonçait que quatre membres du Directoire avaient donné leur démission, et que le cinquième était tenu en surveillance au Luxembourg par ordre du général Bonaparte. Un instant après ^ le général fut annoncé et entra accompagné de Berthier et de ses aides de camp.

Sa physionomie et sa contenance annonçaient de l'irritation et du trouble. Il ne s'était point préparé à parler; son discours était coupé, soit par les interruptions des opposants, soit par des questions que le président lui adressait afin de le calmer et de lui venir en aide, lorsque les mots lui manquaient et que les phrases ne finissaient pas. La verve qu'il avait habi-

tuellement dans les conversations familières, où sa pensée s'exprimait avec tant de force, tant d'esprit et d'originalité, ne se retrouvait point lorsqu'il voulait avoir une éloquence solennelle. Il n'était pas doué en orateur; les sentiments et les opinions qui Tinspiraient n'avaient point cette chaleur naturelle que donne une conviction profonde ou une émotion véritable. La volonté de produire de l'effet et d'agir, soit par voie d'intimidation, soit en flattant les penchants ou l'amour-propre individuel, échouait lorsqu'il s'agis* sait de persuader et d'entraîner une assemblée prévenue, animée de malveillance, méfiante et déjà irritée.

Ce discours, qui fut ensuite rédigé pour être mis dans les journaux , n'était qu'une suite de phrases incohérentes et affligeait les représentants qui lui étaient sympathiques , tandis que les opposants jouissaient de son désordre.

Quoiqu'il fût évidemment troublé, et qu'il prît parfois le ton de la justification , se défendant contre l'imputation de projets ambitieux, protestant qu'on le calomniait en parlant de César ou de Cromwell, il se montrait en même temps orgueilleux et menaçant. Les mots (c conspirations , sourdes agitations , imminence des dangers de la patrie » étaient suivis de paroles fortement accentuées : — « Le vœu de mes frères d'armes, des soldats et de la nation m'appelle dès longtemps, disait-il, à l'autorité suprême. » — Il répéta une phrase que , depuis deux jours, il avait prodiguée en réponse à ceux de ses conseillers qui lui parlaient de difficultés et de dangers. — « Ma fortune et le dieu de la victoire marchent devant moi. »

Comme il disait : — • <c Nous sauverons la liberté et la République » — un interrupteur s'écria : — « Quelle

sera noire garantie?» — Il se retourna vers les grenadiers qui gardaient la salle : -— <c Quand je vous ai promis la victoire, dites si je vous ai jamais trompés. »

11 eut aussi un beau mouvement, lorsque Tinterrupteur ajouta : — «Et la Constitution ?w

— « La Constitution ! vous l'avez violée au 18 fructidor; vous l'avez violée au 22 floréal; vous l'avez violée au 30 prairial. La Constitution ! Elle a été invoquée par toutes les factions, et elle a été violée par toutes. Elle ne peut être pour nous un moyen de salut, puisqu'elle n'obtient plus le respect de personne. Nous ne pouvons le lui rendre. Sauvons les bases sur lesquelles elle repose : la liberté et l'égalité. Que chaque citoyen retrouve la liberté qui lui est due et que cette Constitution n'a pu lui garantir. »

Le Conseil lui accorda les honneurs de la séance, et la discussion recommença ; les opposants demandèrent encore qu'on leur prouvât qu'il y avait une conspiration et des conspirateurs. Des interpellations furent adressées directement au Général.

— a S'il faut s'expliquer tout à fait; s'il faut nommer les hommes, je les nommerai. Les Directeurs Barras et Moulin m'ont proposé de me mettre à la tôle d'un pîfrti qui repousse tous les hommes dont les idées sont M'aiment libérales. »

Cette explication étant insuffisante, le président au nom du Conseil, lui demanda de dévoiler h* complot dans toute son étendue.

— cf J'ai eu l'honneur de vous dire que la Constitution ne pouvait sauver la patrie. C'est ce que me disaient eux-mêmes les deux Directeurs que j'ai nommés ; en le disant, ils n'étaient pas plus coupables que la généralité de la France qui en est convaincue.

ni. ' 35

5/iG SÉANCES DU 19 BnUMAIRE*

a Puisque la Conslitution ne peut sauver la République, hâtez-vous donc de prendre les moyens d'écarter le danger , si vous ne voulez pas recevoir de sanglants reproches du peuple français « de vos familles et de votre conscience. » — Après ces paroles^ il se retira.

Une scène plus violente l'attendait au conseil des Cinq-Cents. La cérémonie de la prestation du serment étant terminée» on avait donné lecture de la démission de Barras. Un représentant nommé Grandmaison , demandait si cette démission ne tenait pas à des circonstances extraordinaires et ajoutait : — « Quelqu'un , parmi nos collègues, nous dira-t-il où nous en sommes et où nous allons?... » — A cet instant tous les regards se portèrent vers l'entrée de la salle. Le général Bonaparte s'avançait entouré de quelques généraux, escorté de quatre grenadiers de la garde du Corps législatif.

L'Assemhlée entière était debout. — *< Qu'est-ce que cela, s'écriaient un grand nombre de représentants, des sabres ici ! des baïonnettes ! » — Parlant ainsi, ils se précipitaient au-devant du général. Un représentant, nommé Destrem, le serrant de près, l'apostropha en disant : — « Est-ce donc pour cela que tu as vaincu. » D'autres le prenaient au collet ou le repoussaient comme pour le chasser de la salle, criant: — «Hors la loi! A bas le dictateur! » — Les grenadiers se pressaient à ses côtés pour le défendre contre les violences des représentants, qui devenaient de plus en plus injurieux et menaçants. — « Sauvons le Général, » disaient-ils. — Lefebvre sortit du groupe des généraux qui se tenaient à la porte et l'entraîna hors de la salle.

Son premier soin fut d'envoyer un piquet de grena-

diers chercher son frère, qui présidait cette tumultueuse assemblée.

Lucien avait quitté le fauteuil où Chazal avait pris place; il était à la tribune ^ répondant aux Jacobins» qui parmi beaucoup de propositions demandaient qu'on mît aux voix, « Tordre à la garde du Corps législatif et aux troupes qui se trouvaient à Saint-Cloud, de ne pas obéir au général Bonaparte. »

Lucien essayait de justifier son frère, disant : — (^ Je ne m'oppose point à la proposition, mais un mouvement, même irrégulier , aurait-il déjà fait oublier tant de services rendus à la liberté? » — Il était sans cesse interrompu ; on ne Técoutait point. Voyant le piquet de grenadiers entrer dans la salle, il termina en disant : « — Puisque je ne puis être entendu , je dépose sur la tribune les insignes de la magistrature populaire; » — il quitta sa toge et sa toque.

Les grenadiers s'avancèrent, entourèrent Lucien et l'emmenèrent hors de la salle. — « C'est par ordre du Général, « dit l'officier aux représentants étonnés,

L'Assemblée était dans le désordre et la confusion; les uns disaient : — « Il faut suivre le président.». — Les autres : — « Il n'y a plus de Conseil, nous ne pouvons plus délibérer librement. »

Lucien était venu retrouver son frère qui était à cheval, entouré des généraux; les grenadiers du Corps législatif étaient en rang dans la cour; ils avaient été mis sous le commandement du général Mural : si le général Bonaparte se décidait à employer la force armée contre le conseil des Cinq-Cents, c'était à la garde chargée de les défendre qu'il fallait en donner Tordre. Jusqu'à ce moment ils avaient montré, de l'obéissance et (lu dévouement au Général; ils l'avaient tiré des

r).V8 SÉANCES DU 19 BRUMAIRE.

niaJQs des factieux; ils venaient de remplir le même ofTice pour ramener son frère: mais obéir au commandement de tourner leurs baïonnettes contre les représentants commis à leur garde et qu'ils étaient accoutumés à respecter, c'est ce qu'on pouvait hésiter il leur demander. Les généraux étaient inquiets ; le général Bonaparte semblait préoccupé.

Lucien monta à cheval et Imrangua les soldats : — M Le président du conseil des Cinq-Cents vous déclare que ce Conseil est opprimé par la terreur que leur inspirent des représentants a stylet, qui menacent leurs collègues et leur présentent la mort. » — Il disait : c< Ce sont des brigands soldés par TAngleterre; ils sont en rébellion contre le conseil des Anciens ; ils ont osé parler de mettre hors la loi le général chargé de veiller au salut de la République.... Eux-mêmes se sont mis hors la loi par leurs attentats.... Au nom du jKîuple, je vous confie, soldats , le soin de délivrer la majorite de vos représentants. Que les baïonnettes les délivrent des stylets.... Vous ne reconnaîtrez pour législateurs que ceux qui vont se rendre auprès de moi. Que ceux qui resteront dans l'Orangerie soient expulsés : ce ne sont plus les représentants du peuple, ce sont les représentants du poignard. — « Vive la République ! »

Les soldats répondirent par le cri de tt Vive Bonaparte ! » Mais on lisait encore sur leur physionomie un sentiment de doute et d'hésitation. Lorsque Lucien était monté à cheval, on lui avait donné une épée; il la tira et s écria': — « Je jure de percer le sein de mon propre frère, si jamais il porte atteinte à la liberté des Français. »

Ce mouvement parut produire quelque effet sur les

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soldais. Les généraux leur parlaient aussi pour les dérider à une franche et entière obéissance.

Alors Murât demanda au général Bonaparte : — « Faut-il entrer dans la salle? — Oui, » répondit-il gravement et avec fermeté.

Un corps de grenadiers s'avança, tambour battant ; TAssemblée était dans un complet désordre. Il n'y avait ni délibération, ni discussion. Les représentants, entendant le bruit du tambour et les pas des soldats qui approchaient, s'étaient levés en criant : — « Vive la République! vive la Constitution de l'an iii! » — Le' colonel Dujardin, qui commandait les grenadiers, éleva la voix : — c Citoyens représentants, je vous invite à vous retirer : on ne répond plus de la sûreté du Conseil. »

Les cris de : « Vive la République ! » répondirent à cet avertissement. La colonne de grenadiers traversa la salle au pas de charge. Les représentants s'écartèrent pour la laisser passer. Quand elle fut au bout de rOrangerie^ elle se retourna et un officier monta au bureau du président. — w Représentants, cria-t-îl, retirez-vous ; le Général a donné des ordres. » — Le tumulte continua; la plupart des représentants res* talent à leur place.

L'officier s'écria : — « Grenadiers, en avant! » — Le tambour recommença à battre. Les grenadiers se placèrent au milieu de la salle. Alors les représentants sortirent précipitamment et en désordre. Les grenadiers poussaient devant eux ceux qui restaient en ai*rière ainsi que les spectateurs présents à cette scène ; beaucoup sortaient par les fenêtres. Les représentants se hâtaient de quitter leur ample manteau rouge et leur toque.... Bientôt la salle fut entièrement vide»

550 8É4IfCE8 DC 19 BRUMAIRE.

La consigne donnée par le général Bonaparte avait été ponctuellement suivie : on avait employé la force, mais point la violence. Il n'y avait eu ni combat ni blessure; à la vérité, les représentants n'avaient pas essayé une résistance inutile. Les soldats obéissaient ; la population restait calme ou même applaudissait à la déroute du parti jacobin et de l'assemblée qu'il dominait. Le dévouement à une cause perdue ne pouvait avoir aucun résultat et n'eût pas ému Topinion publique.

Elle était tellement disposée qu'il fut facile d'attribuer aux jacobins les desseins les plus criminels , les complots les plus atroces. Lucien Bonaparte ne sembla point exagéré en les appelant les représentants du poignard.

En effet , à l'instant même où le général Bonaparte avait quitté la salle , protégé et entraîné par les grenadiers, le bruit s'était répandu qu'il avait vu des poignards levés sur lui et que des représentants s'étaient élancés pour l'assassiner. Un des grenadiers, voyant que la mancbe de son habit était déchirée, avait dit à ses camarades : — « C'est peut-être un coup de poignard de ces brigands. » — Cette supposition était devenue un fait avéré, si bien que Mme Bonaparte fit venir le grenadier, lui donna une forte récompense. Le Général, dans une proclamation écrite quelques heures après, disait : — « Les stylets qui menaçaient les députés sont levés sur leur libérateur ; vingt assassins se précipitent sur moi et cherchent ma poitrine. » * Des anarchistes et même des représentants avaient peut-être beaucoup parlé de percer de leurs poignards le tyran liberticide, d'être les Brutus d'un nouveau César : c'était un lieu commun de la déclamation jacobine. Mais personne n'avait vu de stylets levés

séàncks dû -19 brumaire. 551

sur le Général. On accusa aussitôt Aréna, qu on savait ennemi juré des Bonaparte, et qui pouvait avoir Tluibitude assez commune aux- Corses de porter toujours un stylet dans sa poche; mais aucun témoin oculaire n'attesta qu'il Teût laissé voir. Le général Bonaparte, dans la conversation familière et dans les mémoires qu'il a dictés à Sainte-Hélène, n'a point répété le récit placé dans sa proclamation. Aréna nia formellement cette imputation, en invoquant le témoignage des représentants présents à la séance.

A neuf heures du soir, Lucien Bonaparte réunit quelques membres des Cinq -Cents qui ne se conîptèrent pas, mais qui de moment en moment devinrent un peu plus nombreux. Le président leur proposa de nommer une commission chargée de présenter ses «vues sur la situation actuelle et sur les moyens de laméliorer. La commission fut aussitôt formée; puis T Assemblée vota que le général Bonaparte et les généraux, qui l'avaient accompagné pendant la journée, avaient bien mérité de la patrie, ainsi que les différents corps, qui avaient été réunis à Saint- Cloud et les grenadiers qui avaient couvert de leur corps le général Bonaparte.

Pendant que la commission rédigeait ce qui venait d'être convenu d'avance avec le Général et Siéyès, Lucien Bonaparte fit un long discours sur les vices de la Constitution et la nécessité de la réformer.

Aussitôt après la commission vint présenter son travail. Boulay, rapporteur de la loi du 19 fructidor, remplit le même office le i 9 brumaire, et produisit en preuve des imperfections de la Constitution , la nécessité où on s'était trouvé de la violer. Il fallait donc changer l'organisation des pouvoirs.

552 SÉAHGES DU 19 BROVAl&K.

Le projet de loi renfermait d'autres dispositions, qui témoignaient combien il était à propos de rappeler le précédent du 18 fructidor.

— u II n'y a plus de Directoire , et ne sont plus membres de la représentation nationale, pour les excès et attentats auxquels ils se sont constamment portés, les individus ci-après nommés. » ^ Suivait une liste de cinquante-sept membres des Cinq-Cents ou des Anciens. Les orateurs du parti jacobin et les représentants les plus connus par l'exagération de leurs opinions se trouvaient sur cette liste : Talot, Aréna, Garrau, Quirot, PouUain Grandpré, Grandmaison , Bigounet, Delbrel, le général Jourdan, Lesage Senault, Colombel, Moreau (de l'Yonne). Le public s'était depuis longtemps intéressé si peu au détail quotidien des séances législatives, que la plupart des noms placés sur cette liste étaient presque inconnus.

— a Le Corps législatif crée provisoirement une commission consulaire executive, composée des citoyens Siéyès, Roger Ducos et Bonaparte.

« Cette commission est investie de la plénitude du pouvoir directorial et spécialement chargée d'organiser Tordre dans toutes les parties de l'administration , de rétablir la tranquillité intérieure et de procurer une paix honorable et solide.

« Le Corps législatif s'ajourne au 1* ventôse*.

« Avant sa séparation, et séance tenante, chaque Conseil nommera dans son sein une commission composée de vingt-cinq membres.

'< Les commissions statueront , avec la proposition formelle et nécessaire de la commission consulaire,

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