‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 162 sur 174 · I. 20 février · texte numérisé non relu

I. 20 février

8ÉA3(CES DU 19 BRDMAIRB. 553

sur tous les objets de police , de législation el de finances.

« La commission des Cinq-Cents exercera l'initiative; la commission des Anciens, l'approbation.

a Les deux commissions sont chargées de préparer, dans le même ordre de travail et de concours, les changements à apporter aux dispositions organiques de la Constitution , dont l'expérience a fait sentir les vices et les inconvénients.

ic Ces changements ne peuvent avoir pour but que de consolider, garantir et conserver inviolablement la souveraineté du peuple français, la République une et indivisible, le système représentatif, la division des pouvoirs, la liberté, Tégalité, la sûreté et la propriété.

« I^ commission consulaire pourra leur présenter ses vues à cet égard.

« Elles siégeront à Paris et elles pourront convoquer le Corps législatif extraordinairement pour la ratification de la paix ou dans un grand danger public.

Cabanis développa dans un long discours les motifs qui rendaient nécessaires des changements à la constitution de Tan iii. — « Si elle subsistait telle qu'elle est, elle entraînerait rapidement la ruine de la liberté, et notre état actuel la dissolution de la nation française elle-même. »

L'Assemblée, telle qu'elle était composée et dans la disposition où elle se trouvait, était facile à persuader : elle vota à l'unanimité le projet de loi et une proclamation au peuple français; le général Bonaparte en avait fait une aussi. Il y en avait encore une du ministre de la police.

A une heure du matin , la résolution du conseil des

554 CONSDLAt fROTISOIRE.

Cinq-Ceuts fut portée aux Anciens. Quelques objections furent faites , mais sans Tivacité et sans insistance. Un i^eprésentant dit : — « Je ne me fais point le défenseur de ceux qui sont expulsés , mais je demande que les inculpés soient entendus. »

On demanda à aller aux voix. Trois ou quatre voies furent négatifs et la résolution fut sanctionnée.

Chacun des deux Conseils procéda immédiatement au choix des vingt-cinq niembres de la commission à laquelle il déléguait ses pouvoirs. Ils avaient sans doute été désignés d avance dans les conciliabules qui avaient réglé le programme de cette révolution. Presque tous les commissaires étaient des hommes modérés^ estimés du public, distingués par leurs lumières et Texpérience des affaires. Leurs noms déjà connus devaient se trouver sur les listes des hauts fonctionnaires du gouvernement qu'ils allaient instituer.

Parmi les Anciens, on comptait : Lebrun , Garât, Vimar, Cretet, Lemercier, Régnier, Cornudet, Porcher, Lenoir La Roche, Cornudet, Fargues, Laussat, Chassiron, Chatry La Fosse, Herwyn. Sur la liste des Cinq- Cents on remarquait Cabanis, Boulay, Chazal, Lucien Bonaparte, Chénier, Creuzé La Touche, Bérenger, Daunou , Guudin , Jacqueminot , Yilletard , Girod Pouzol, Chollet, Frege ville, Chabaud-Latour.

La commission des Anciens choisit pour son président Lebrun; la commission des Cinq-Cents, Lucien Bonaparte.

La constitution de Tan ni n'existait plus; aucun des pouvoirs qu'elle avait établis ne subsistait; rien encore n'était institué : tout était provisoire. Mais l'opinion publique n'était point inquiète; un sentiment de con-

COSfSULAT PROVISOIRE. 555

teotemeut et d'espérance se répandait dans la France entière. On ne savait pas bien quelle forme de gouvernement on allait avoir; mais on avait confiance dans rhomme qui s'emparait du pouvoir. Sans doute beaucoup d'intrigue s'était mêlée à cette révolution ; la force avait été employée contre la légalité; des récits mensongers avaient été publiés ; les opinions professées dans les proclamations n'avaient pas évidemment une entière sincérité; les déclamations étaient plus pompeuses que ]iersuasives : — l'événement n'en avait pas moins un caractère de grandeur. Le général Bonaparte y avait gardé un aspect imposant; les dangers qu'il avait courus étaient exagérés par les récits et par les journaux ; toutefois cette exagération même était une preuve de rintérêt universel qui se portait sur lui; il avait vaincu et chassé oin parti tyrannique et insensé, qui ne permett^t à aucun gouvernement d'être juste et régulier; qui le contraignait à employer partout des agents in* capables et détestés. Le nouveau maître du pouvoir allait établir l'ordre et gouverner pour les honnêtes gens et avec eux; la guerre civile cesserait; l'armée forcerait de nouveau les puissances ennemies à accepter une paix glorieuse pour la France agrandie.

Telles étaient les espérances qui, de toutes parts, se portaient vers le général Bonaparte. A quel tî*re exercerait-il le pouvoir dont il s'emparait? quelles seraient les garanties données à la liberté politique, dont la France avait fait son symbole depuis plus de dix années? quel contrôle serait exercé sur cette autorité suprême? serait-elle absolue en droit comme en fait? quelle part serait laissée aux délibérations d'un pouvoir législatif?

Ces questions n'agitaient point les esprits dans la

55(i CONSULAT PROVISOIEE.

masse nationale; elle se contentait» sans même examiner leur vraisemblance, des assurances que prodiguaient le Général et tous les hommes dont il s'était entouré. Le serment qu'il prêta et qui était imposé aux fonctionnaires promettait — « fidélité à la République une et indivisible fondée sur Tégalité , la liberté et le système représentatif. >i

Dans les discours de tribune, dans les articles de journaux y dans les conversations familières, on parlait plus que jamais des principes de 1789. Le mot (c idées libérales, m qui n'était pas encore très-usité et que les républicains trouvaient moins significatif que Tamour de la liberté, devint alors à la mode.

La constitution, qui devait émaner des commissions législatives, était donc attendue avec plus de curiosité que d'impatience. On voyait que le général Bona* parte et ses deux collègues n'attendaient point qu'elle fut promulguée , pour faire des actes qui annonçaient (jnelle direction suivrait le gouvernement.

Deux ministres furent conservés : M. Cambacérès au département de la justice, Fouché à la police; M. de Talleyrand revint aux relations extérieures; le général Berthier fut ministre de la guerre; M. de La Place de l'intérieur; M. Forfait de la marine. M. Gandin, que les gouvernements précédents avaient voulu avoir pour ministre des finances et qui avait cru impossible de rétablir Tordre sous leur autorité , prit confiance cette fois et accepta le portefeuille qu'il garda pendant quatorze ans. M. Maret fut secrétaire général des Consuls.

Le parti jacobin n'avait pas montré au conseil des Cinq-Cents une énergie désespérée ; et les anciens meneurs des insurrections et conspirations avaient peu d'espoir de soulever des émeutes; toutefois, par pré-

CO^SLLAT PROVISOIRE. 557

caution et pour les intimider, une mesure sévère et arbitraire fut prise dès le lendemain. Trente-sept individus furent y par arrêté des Consuls, désignés pour sortir du territoire continental de la République. Destrcm et Aréna et deux autres représentants étaient les ^premiers de cette liste. Le reste se composait d'bommes qui avaient figuré, dans les plus mauvais jours de la Terreur, à la Commune, dans les sections ou dans les émeutes de prairial et le complot de Babeuf. Quelques-uns étaient restés dans une sorte d'évidence; Félix Lepellelier, Maignet, Audoin, Charles de Hesse, d'Aubigny.

Les individus portés sur une seconde liste devaient se rendre à la Rocbelle pour être conduits et retenus dans tel lieu de la Charente-Inrérieure qu'indiquerait le ministre de la police. Cette seconde liste comprenait aussi des représentants. Briot, Poullain-Grandpré, Grand maison, Talol, Delbrel, Lesage Senault, Julien de Toulouse, Antonelle ancien juré du tribunal révolutionnaire, étaient au nombre des vingt individus de cette seconde liste. Les conseils de Joseph Bonaparte en avaient fait retrancher Jourdan, Bernadotte et Salicetti.

Ce n'était pas dans un esprit de réaction qu'on exerçait cette rigueur; on voulait effrayer et dissoudre ce parti. Fouclié savait que la menace suffirait pour imposer aux uns la prudence, aux autres la soumission ; c'était même un moyen pour en rallier quelques-uns. Aussi n'y en eut-il qu'un petit nombre sur qui pesa pendant quelque temps cette mesure; elle les mettait sous la main de la police, la précaution était suflisanle.

L'opinion publique ne demandait point des mesures

Page 1