CONSTITUTION DE L AN V|I|. 5G
relations avec les puissances étrangères et de la direction de la guerre. Au-dessus d'eux était un Grand électeur sans autre attribution que de nommer tous les agents, y compris les deux consuls : il pouvait même les destituer et les déférer au sénat. Seulement il fallait qu'il eût, d'avance et au moment où il les nommait, déposé, au Sénat un billet cacheté désignant leurs successeurs. Lui-même était destituable par le Sénat, qui pouvait, sans nulle accusation, sans en donner aucun motif, le rendre incapable de toute fonction publique, le nommer Sénateur et l'absorber, comme disait Siéyès.
L'institution d'une magistrature suprême et sans pouvoir réel était déduite de sa théorie politique. En outre, on y retrouvait une certaine imitation des républiques de Venise et de Gênes, où la souveraineté résidait dans un corps aristocratique. Il voulait donner à son Grand électeur une représentation toute royale : il le logeait à Versailles et lui allouait un traitement de six millions.
Lorsque cette bizarre conception, cette dissection de la souveraineté fut connue dans le monde politique, elle y provoqua non pas même la discussion, mais la raillerie. Quant au général Bonaparte, il repoussa bien loin une semblable idée. — w II veut donc faire de moi un porc à l'engrais. » — Ce mot circula dans le public.
Siéyès ne mit aucune obstination à défendre son projet. Il n'aimait point la discussion. Son esprit et son langage n'avaient point, dans une conversation contradictoire ni dans l'improvisation , le caractère de supériorité qui le distinguait lorsqu'il était écouté complaisamment. Plutôt que de répondre aux objec-