CONSTITUTION DB L*AN VIII
lions, il préférait désavouer le citoyen Chazal ^ qui n avait pas bien rendu ses idées.
Mais quelle était la pensée du Général sur le pouvoir exécutif? C'était lui qui devait l'exercer : c'est ce que personne ne mettait en doute ; il était plus difficile de déterminer à quel titre et sous quelle forme. Déjà s'élevait, non pas dans le public, ni même parmi la plupart des coopérateurs du 18 brumaire, mais dans la société libérale, philosophique et littéraire, qui sans s'associer aux théories de Siéyès, formait son entourage, des inquiétudes pour la liberté. Peut-être auraiton renoncé sans trop de regret à la république , mais n'avoir aucune garantie contre le pouvoir absolu, c'était un chagrin et une humiliation sentis d'autant plus vivement que l'opinion publique était loin d y compatir. Tel fut le point de départ d'une opposition qui se manifesta bientôt après dans le Tribunal et qui subsista sans démonstrations publiques dans le petit groupe qui reçurent le nom d'idéologues.
Dans les commissions législatives et parmi les hommes politiques , bien peu étaient disposés à restreindre le pouvoir que le général Bonaparte voulail tenir de la constitution. Mais concentrer Tautorité executive en lui seul , créer un dictateur, un président , une apparence monarchique , c'était une pensée qui ne pouvait être admise. Il s'en apercevait et ne risquait pas cette proposition afin qu'elle ne fût pas repoussée. Toutefois, après quelques jours d'hésitation, lorsque les commissions restaient incertaines sur ce chapitre de la constitution , il en parla dans une conversation particulière avec les deux conseillers les plus intimes qu'il eut en ce moment, M. Roederer et M. Regnauld de Saint-Jean d'Angely.