‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 21 sur 174 · OCCUPATION DE ROME PAR L^ARMÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE ROME PAR L^ARMÉE FRANÇAISE

que le Saint-Père éprouvait la peine la plus sensible à cause de cet incident, qu'il ne lui avait pas été possible de prévoir ni d'empêcher. — « Nous sommes tous inconsolables. N'offrez aucune satisfaction; mais priez le Directoire de demander telle satisfaction qu'il voudra : ni Sa Sainteté, ni moi, ni la cour de Rome nous ne serons jamais tranquilles jusqu'à ce que nous soyons sûrs que le Directoire est satisfait. »

Le Directoire n'eut point d'hésitation sur la conduite à tenir ; il atteignait le but qu'il se proposait depuis longtemps. Le général Bonaparte a écrit, beaucoup d'années après , pendant sa captivité de Sainte-Hélène, que, lorsqu'il fut consulté, son avis fut de ne pas trancher légèrement une aussi grande question; qu'il fallait corriger et non pas détruire le gouvernement pontifical ; que c'était provoquer infailhblement une guerre avec Naples qu'il fallait éviter ; qu'il fallait ordonner à l'ambassadeur de retourner à Rome, mettre à la tète des affaires les prélats les plus modérés, forcer le saint-siége à conclure un concordat avec la Cisalpine : alors Rome serait tranquille et ne donnerait plus aucune inquiétude.

Aucune trace n'est restée d'une différence d'opinions entre le Directoire et le général Bonaparte sur la résolution qui fut prise. On peut supposer qu'après les enseignements donnés par les phases successives de sa fortune et la série des événements, dans le calme auquel le condamnait la fin de sa vie active , il retrouvait les opinions qu'autrefois lui avait suggérées sa clairvoyante raison et qu'il repoussa toutes les fois qu'elles contrarièrent sa volonté de passer outre à l'exécution de ses hasardeux et vastes desseins.

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C'est ainsi que la guerre de Suisse ne sera jamais flétrie plus sévèrement et mieux convaincue de folie et d'indignité, que par le captif de Sainte-Hélène qui Tavait conseillée et presque dirigée.

n est vraisemblable qu'il y eut peu de discussion entre les Directeurs et leurs conseillers, sur les mesures qui furent adoptées à Tinstant même où Ton sut la nouvelle de ce qui s'était passé à Rome. — <r Le temps est venu , disait le théophilanthrope La Réveillère , de faire disparaître l'idole : le général de l'armée d'Italie a été trop circonspect avec le Pape; il a eu trop de ménagements ; il a montré trop d'intérêt aux prêtres déportés : cette conduite a pu lui donner des partisans en France parmi les gens qui n'aiment pas la Révolution, mais il en est résulté ce qui vient d'arriver, le mot de république romaine suffira pour transporter l'imagination ardente des Italiens amis de la liberté, n

Le prince Massimi, ambassadeur du Pape, fut gardé à vue, et on expédia Tordre de marcher sur Rome au général Berthier qui venait de prendre le commandement en chef de l'armée d'Italie.

On ne pouvait pas choisir un général plus mal disposé à s'acquitter d'une semblable mission. Berthier était fils d'un ingénieur géographe qui, par son mérite et ses services, était arrivé à être colonel, chef du dépôt de la guerre et gouverneur de l'hôtel de la guerre. Il entra au service fort jeune, se distingua dans la guerre d'Amérique et en revint avec le grade de colonel. Pendant les premières années de la Révolution , il donna au gouvernement monarchique et à la famille royale des preuves de sa fidélité. Il fut chef de i'élat-major de Luckner et dénoncé par Dumouriez et les Jacobins, comme exerçant sur le vieux maréchal une influence

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peu patriotique. La vérité était que , sans professer aucune opinion politique, il avait un ferme sentiment du devoir, l'amour de Tordre et de la discipline, et plus de bon sens que d'enthousiasme. II fut employé dans la guerre de la Vendée et s'y flt remarquer par ces mêmes qualités ; elles lui valurent le même succès. Il fut dénoncé au comité de salut public, et comme on n'avait aucun reproche positif à lui faire, il passa dans une autre armée. Après le 9 thermidor, Kellermann le prit pour chef d'état-major de l'armée qui passa ensuite sous le commandement de Schérer, puis du général Bonaparte.

Le général Berthier avait conservé les manières et les habitudes d'un officier de l'ancien régime ; il était sérieux, ne se familiarisait point; poli, mais ferme dans le commandement ; d'une étonnante , mais calme activité ; le désordre lui était antipathique ; exact à son devoir, il exigeait cette même soumission de tous. Sa pensée se renfermait dans le cercle du service militaire ; son dévouement au général Bonaparte n'était point un sentiment politique, mais une soumission au génie qu'il admirait.

Il avait accepté avec répugnance le commandement de l'armée d'Italie ; il prévoyait beaucoup de difficultés et d'embarras : opérer l'évacuation des Etats vénitiens et leur remise à l'Autriche ; diriger sur la France les troupes destinées soit à envahir la Suisse, soit à faire partie de l'armée qu'on appelait l'armée d'Angleterre; voir éclater sous ses yeux les révolutions que des agents français ou cisalpins suscitaient dans les villes de l'Etat romain et dont ils menaçaient le Piémont , la Toscane, et le duché de Parme, sans savoir s'il devait s'y opposer ou les protéger; réprimer les exactions des généraux et

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les malversations des administrateurs et des fournisseurs , c'était une rude tache. — « Vous me mettez dans une situation bien pénible, » écrivait-il à son général K

— ce Je vous le demande en grâce, tirez-moi de ce commandement , que je n*ai accepté que parce que vous me l'avez proposé et en supposant qu'il ne durerait pas plus d'un mois; je vous l'ai toujours dit, le commandement de ritalie ne me convient pas ; je veux sortir des révolutions; quatre années en Amérique, dix en France, c'est assez. Je me battrai comme soldat, tant que la patrie aura des ennemis à combattre, mais je ne veux point me mêler de la politique révolutionnaire. » •

Joseph Bonaparte avait écrit au général Berthier en même temps qu'au Directoire pour lui apprendre tes événements de Rome. Il était à prévoir que Tordre d'y marcher serait aussitôt envoyé de Paris. Berthier se prépara à ce mouvement; déjà il avait eu à tolérer une insurrection qui avait proclamé la république anconitaine.

Le 19 janvier, il écrivait au général Bonaparte:

— ti J'ai lu avec attention l'instruction du Directoire, où j'ai reconnu les dispositions que je suis accoutumé à recevoir de vous. » .... Je ne pense pas que l'empereur veuille se mêler de cette querelle. -S'il se brouillait avec nous, vous connaissez les avantages que lui donne sa position. Jetterai, dans tous les cas, ce que les circonstances exigeront, ayant la plus grande confiance dans les dispositions qui seraient ordonnées, puisque elles le seraient par vous.

« Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour méri-

r 29 décembre 4797. — 2 janvier 4798.

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ter la confiance du gouvernement dans la mission délicate qui m'est confiée. Je ferai en sorte que notre vengeance soit sans tache, c'est-à-dire sans pillage. Je vous remercie de m'avoir fait nommer chef de Tétatmajor de l'expédition d'Angleterre; en m'envoyant à Rome, vous m'en nommez le trésorier; je tâcherai de bien remplir la caisse. »

Ainsi, pour Rome, comme pour la Suisse, la direction était donnée par le général Bonaparte; ainsi pour lui, au moins autant que pour le Directoire, le motif déterminant de l'une comme de l'autre invasion était de se procurer de l'argent pour les préparatifs de la grande expédition.

Le général Berthier était à Bologne le 24 janvier; il laissa au général Serrurier le commandement de toutes les troupes sur la rive gauche du Pô. — « Une fois enfourné sur Rome, ce n'est plus moi qui pourrais commander contre une invasion subite des Autrichiens. » Il écrivait aussi : — « Je serais fâché de voir rallumer la guerre en Italie ; quelque pénible que pût être ma position, j'en tirerais le meilleur parti possible. Je compte ma vie et tout ce qui m'est personnel pour rien, n

Tels étaient les hasards où se précipitait le gouvernement français. L'armée qui avait conquis l'Italie, qui avait menacé Vienne, était maintenant diminuée, disloquée, éparse. — « Les troupes sont pieds nus, je n'ai pas le sou, tous les généraux ne songent qu'à s'en aller en France; il en résulte une désorganisation nuisible aux opérations du moment, » — écrivait encore le général Berthier.

Il fallait tout l'aveuglement du Directoire, l'orgueilleuse confiance que le général Bonaparte avait dans

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