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calmer pour le moment, mais il faut de l'argent et prendre à cet égard des mesures positives. »
Ce n'était point la sédition des officiers de l'armée de Rome qu'il avait calmée : dès le lendemain du jour où elle avait commencé, elle avait eu des conséquences faciles à prévoir ; jusqu'alors aucune résistance ne s'était présentée devant l'armée française; la population restait tranquille et soumise, mais dès qu'on vit cette armée sans chef et sans discipline, l'espérance de surprendre et d'exterminer les vainqueurs ranima les sentiments de haine et de vengeance : des agitateurs parcoururent la ville et les campagnes, les prêtres publièrent que les madones avaient pleuré : des milliers de furieux et de fanatiques se répandirent de tous côtés, se jetant sur les Français isolés et les massacrant. Ce carnage dura peu; la générale fut battue, les soldats regagnèrent leur caserne. Masséna était encore à Monte-Rosso; on se remit provisoirement sous ses ordres; les insurgés n'avaient ni chefs, ni direction ; ils furent repoussés à la pointe des baïonnettes jusqu'au faubourg Transtevere, foyer de ce soulèvement ; on les y poursuivit et l'extermination fut grande. Le général Murât, à la tète de la cavalerie, alla audevant d'un rassemblement de gens de la campagne qui accouraient en aide aux insurgés de la ville ; il les rencontra auprès d'Albano, les culbuta et en tua un grand nombre.
L'insurrection romaine fut ainsi réprimée en quelques heures. Mais ce danger d'un moment et cette victoire n'eurent pas d'influence sur la révolte des officiers. Masséna ne dut pas moins s'éloigner ; il se rendit à Ancône. Le général Dallemagne, appelé au commandement par son rang d'ancienneté, l'exerça
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SOUS rautorité du comité des officiers. Ils sommèrent les chefs des administrations militaires de comparaître devant eux ^ et se firent rendre compte de tous les services. Haller fut appelé, et, comme toujours, il expliqua si bien sa conduite, donna une si grande idée de sa capacité , qu'il se retira honoré de la confiance et des éloges du comité. Ils envoyèrent des officiers faire enquête sur la conduite du général Masséna dans les villes ou provinces qu'il avait occupées. Un officier de Tétat-major du général Cervoni fut traduit devant une commission militaire et condamné à mort, mais il s'y déroba par la fuite.
Lorsque le Directoire fut informé de ce qui se passait à Rome, son embarras fut grand ; rétablir Tordre était une tâche difficile ; punir les coupables semblait impossible ; les officiers de l'armée de Rome s'étaient engagés par serment et sur Thonneur à n'abandonner aucun d'entre eux; les sous-officiers et les soldats s'étaient dévoués à leur cause.
Sans prendre aucune détermination , sans rien prescrire au général Gouvion Saint-Cyr, en lui déguisant même la gravité des circonstances, le Directoire lui donna ordre de partir sur-le-champ, et le chargea de dépêches pour le général Berthier à qui Ton rendait le commandement de Rome, comprise de nouveau dans l'année d'Italie. Gouvion Saint-Cyr s'arrêta à Milan pour remettre à Berthier les instructions du Directoire. Elles portaient que les officiers qui avaient signé l'adresse devaient être mis eu arrestation ; ils étaient au nombre d'environ trois cents. — w Croyez-vous cela possible? dit Saint-Cyr. — Vous verrez, répondit Berthier; quand vous serez sur les lieux, vous m'écrirez, et nous aviserons à ce qu'il sera convenable de faire. »
Il y avait déjà un mois que Tarmée de Rome n'avait plus de chef : car le général Dallemagne était à la disposition du comité; non-seulement les officiers supérieurs, mais tous les officiers des compagnies se présentèrent devant le nouveau général.
Sans rien ordonner^ sans rien préjuger, le général Gouvion Saint -Cyr, avec une gravité sévère, parla de leur conduite, de leur manque d'obéissance et de respect pour leur général en chef, de Tinconvenance de leur adresse envoyé^ au Directoire ; il leur remontra dans quelle anarchie et quel désordre étaient jetées une armée et une nation où la force militaire se constituait en assemblée délibérante.
Les officiers répétèrent, pour se justifier, tout ce qu'ils avaient exposé dans la protestation qu'on leur reprochait, et ajoutèrent qu'en signant une adresse ils n'avaient fait que ce qu'on leur avait prescrit de faire avant le \ 8 fructidor, lorsqu'on avait voulu avoir leur signature pour appuyer la majorité du Directoire. D'ailleurs, l'irrégularité de leur conduite n'avait, disaient-ils , amené aucune conséquence fâcheuse ; ils avaient mis un terme aux mesures de spoliation exercées contre les Romains ; ils avaient obtenu le payement d'une partie de la solde arriérée ; ils avaient fait cesser les désordres qui rendaient le nom des Français odieux en Italie : maintenant ils allaient rentrer complètement dans leur devoir et n'avaient rien à réclamer que l'indulgence du Directoire pour les députés qui avaient porté l'adresse.
Depuis le commencement des guerres de la Révolution, rien de pareil à l'insurrection de l'armée de Rome n'était arrivé. C'était sans aucun doute un trèsgrave événement. Un gouvernement régulier n'aurait
pas manqué à faire acte de justice, à rechercher et à punir les principaux coupables ; mais Tautorité du Directoire était si mal établie et si faible ; Topinion publique lui refusait tellement son appui ; il était si manifeste qu'il subsistait uniquement parce que Tarmée était venue à son aide, que la détermination d'user de rigueur envers les officiers de l'armée de Rome eût été une haute imprudence.
Le général Saint-Gyr en jugeait ainsi; mais pas plus que le général Berthier, il n'osait se refuser à exécuter les ordres qu'il avait reçus. Il convoqua les chefs de corps et leur dit qu'il s'agissait d'arrêter les officiers signataires des adresses et des arrêtés de l'assemblée ou du comité de l'insurrection. Ils déclarèrent que l'exécution de cet ordre leur paraissait impossible. Les oi&ciers étaient liés par un serment et devaient tous se soutenir solidairement; les soldats leur étaient dévoués; depuis le séjour à Rome , la discipline s'était relâchée : des correspondances étaient établies entre les différents corps de l'armée d'Italie; l'esprit de sédition y fermentait sur tous les points qu'elle occupait; un signal parti de Borne pouvait susciter une rébellion générale. Saint- Cyr avait déjà présenté toutes ces objections aux commissaires du gouvernement; mais ils ne concevaient pas comment on pouvait supposer qu'un ordre du Directoire n'obtiendrait pas une complète obéissance. Ainsi, il se trouva donc contraint à maintenir l'ordre qu'il venait de donner. Parmi les actes revêtus de signatures, il y en avait un qui était souscrit de vingt et un noms seulement. Saint-Cyr agit comme s'il n'avait entre les mains aucune autre preuve de délit.
A dix heures du soir, les officiers supérieurs allèrent en personne arrêter les prévenus et les conduire
au château Saint-Ange; on n'aurait pas trouvé dans toute Tannée un officier, sous-officier ou soldat qui eût voulu se charger de cette commission.
, Dès le lendemain y l'assemblée des officiers se réunit au Capitole. Ils étaient assurés de la disposition favorable des soldats. Après beaucoup de débats entre les plus prudents et les plus violents^ il fut décidé qu'une députation serait envoyée au général : il refusa de la recevoir. — « La réunion des officiers était , réponditil, un acte contraire à la discipline, et serait même une révolte si l'assemblée ne se séparait pas à Tinstant. »
Cette réponse exalta encore davantage les séditieux : toutefois , se porter en armes au château Saint-Ange pour délivrer les prisonniers était une résolution trèsgrave. On envoya une seconde députation, en la chargeant de forcer la consigne, si elle n'était pas admise. Les soldats de garde étaient fort attachés à leurs officiers et disposés à leur obéir en tout; mais ils gardaient leur général et n'admettaient point la pensée de manquer à sa consigne.
Pendant ce temps, on avait essayé d'exercer quelque influence sur les officiers arrêtés; on leur proposait de désavouer leur signature et de dire que leur nom n'avait pas été souscrit par eux. Comme leurs camarades avaient promis de les délivrer, ils se refusèrent d'abord à ce désaveu; mais les heures s'écoulaient, et ils ne voyaient pas arriver leurs libérateurs ; ils commencèrent à s'inquiéter de leur situation; ils se crurent abandonnés. Les uns, puis les autres, et tous enfin, signèrent la déclaration qui leur était proposée. Muni de cette pièce , le général demanda aux conunissaires du Directoire, si maintenant ils ne voyaient point par euxmêmes que, si on persistait dans les voies de rigueur,
Tannée allait être en pleine révolte, et s'ils étaient encore d'avis de pousser plus loin cette affaire.
Les commissaires , étonnés d'un tel mécompte, corn* prirent qu'il était sage de se contenter du désaveu des officiers détenus et de les mettre en liberté.
Il était temps : l'assemblée des officiers allait se porter avec les troupes sur le château Saint-Ânge. Des commissaires napolitains ou romains du parti ennemi des Français étaient, depuis les premiers temps de la sédition militaire , activement occupés à aggraver le mal, à semer par la corruption le désordre dans larmée française 9 et par les passions patriotiques ou religieuses , l'insurrection dans la population de Rome et dans les États pontificaux ; leurs manœuvres et leurs efforts avaient réussi à préparer une journée de tumulte.
Le général Saint-Cyr fit battre la générale et prit les mêmes dispositions , qui avaient réussi au général Masséna avant son départ , lors de l'émeute des Transté vérins.
Toute l'armée se voyant appelée à combattre se rangea sous les drapeaux; chaque corps se rallia à son chef; la discipline reprit son autorité. Saint-Cyr laissa pendant quelques heures l'armée dans cette attitude défensive y en bon ordre , sous les armes. Puis, vers le soir, il se rendit successivement dans chacune des places publiques où l'armée était rangée , et il fit lecture d'une proclamation concertée avec les commissaires du Directoire.
a La bravoure et la subordination militaire vous ont conduits à la victoire. Vous ne pouvez pas cesser d'être braves : vous ne cesserez pas non plus d'être soumis aux lois. Les armées savent obéir pour vaincre; elles ne souffriront pas qu'on les agite pour les dissoudre, ni. 8
Le Directoire compromettrait votre gloire et votre salut s'il ne réprimait pas l'insubordination ; il est temps de vous apprendre ce qu'il a fait pour accomplir ce devoir. Il n'a point considéré comme coupables tous les officiers qui se sont réunis en assemblée; il a ordonné d'examiner la conduite de dix ou douze d'entre eux; il a sévèrement défendu d'inquiéter aucun des autres.
<c Le Directoire ne s'est pas seulement souvenu de vos victoires; il s'est occupé de vos besoins. Vous avez eu à souffrir, et vous avez fait preuve de constance. Les soins du gouvernement feront cesser vos souffrances Il sait que votre dévouement est sans bornes. Mais il veut que les malveillants n'aient plus de prétextes. Des arrêtés du Directoire ordonnent la recherche et la punition des dilapidateurs , l'acquittement de la dette de la patrie envers chacun de vous, l'examen de la conduite de vos affaires.
a Soldats ! c'est par la discipline militaire la plus rigoureuse que la république romaine, que vous venez de rétablir, s'est élevée jadis à un degré de gloire que vous seuls avez pu atteindre. Dans cette Rome, où vous êtes^ aucun acte d'insubordination n'est demeuré impuni durant les siècles de liberté. Les discordes étaient réservées pour les assemblées publiques ; à Tarmée, les citoyens ne savaient qu'obéir et vaincre. Fidélité à la Constitution , haine aux instigateurs des rébellions militaires , haine aux dilapidateurs de la fortune publique : voilà mes serments et les vôtres. »
Tout d'une voix, les officiers et les soldats s'écrièrent: w Nous le jurons.»
Ainsi l'ordre fut rétabli dans l'armée d3 Rome. Mais les causes qui l'avaient troublé restaient les mêmes. Tenir au courant la solde des troupes, qui occupaient la
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Cisalpine, les États romains et les îles ioniennes; les nourrir et les entretenir ; créer une marine à Ancône, disposer tout à Civita-Yecchia pour rembarquement d'une division destinée à la grande expédition que préparait le général Bonaparte : c'était une masse de dépenses auxquelles on ne pouvait suffire que par d'énormes exactions et en dépouillant toutes les églises. Un tel abus de la victoire et de la force exaspérait les populations et répugnait aux officiers et aux soldats employés à ces exactions. Haller, chargé de recueillir l'argent nécessaire pour l'immense entreprise dont la France et l'Europe se préoccupaient sans deviner quelle en serait la destination, n'écoutait nulle réclamation. Le désespoir des Italiens, la résistance qu'ils opposaient parfois à une si cruelle perception, les murmures de l'armée , les représentations des généraux le trouvaient impitoyable et inflexible ; en même temps cette opération financière ne s'accomplissait point sans désordre, et il n'était guère possible de compter sur la probité de tous les agents. L'Italie ne pouvait donc présenter aucune sécurité. Chaque jour on pouvait s'attendre à quelque insurrection des habitants, à quelque sédition des troupes.
Cependant le général Bonaparte paraissait ne se point préoccuper de cetle situation de Fltalie, ni de l'état de cette armée qui était la sienne, et où le désordre régnait depuis qu'il ne la gouvernait plus. Ce fut après avoir inspecté les préparatifs qui , depuis quelques semaines, étaient en pleine activité sur la côte, après s'être rendu compte des difficultés, des périls et des moyens de succès, qu'il renonça à l'expédition d'Angleterre, dont même avant cet examen il ne se
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faisait pas une idée favorable. Dès lors toutes ses pensées, toutes ses volontés se portèrent vers les pro* jets qu'il avait conçus sur l'Orient. Ils avaient rempli son imagination y et maintenant, avec une patience active, avec un soin minutieux, avec tout son talent d'administration , avec l'exactitude et le calcul de son génie pratique, il se préoccupa de tout ce qui pouvait assurer le succès d une entreprise, qui semblait si peu sensée. Il avait étudié tous les mémoires qui, à diverses époques , avaient été présentés au gouvernement pour la conquête de l'Egypte ; il avait déjà recueilli une foule de renseignements, lorsque son armée avait occupé la côte de l'Adriatique et les îles vénitiennes. Son dessein avait pris corps dans son esprit et dans sa volonté.
Il fallut d'abord persuader le Directoire. On pouvait supposer que ce n'était pas facile; jamais un gouvernement raisonnable ne se serait prêté à un tel dessein : éloigner, non pas seulement de la France et de Tltalie, mais de l'Europe 9 l'élite de l'armée; épuiser toutes les ressources financières; vider les arsenaux de la marine et de la guerre ; se priver des services de tant de généraux expérimentés, de tant d'officiers distingués; permettre au héros qui avait vaincu les armées autrichiennes et conquis l'Italie, dont le nom faisait trembler toute l'Europe, de s'exiler ainsi : il semblait que ce fût un acte de démence. Et on allait le commettre au moment où, contre le droit des gens et les traités, on avait envahi la Suisse et Rome; où l'on menaçait le Piémont, Naples et la Toscane; où l'on semait partout les insurrections révolutionnaires ; où l'on supprimait la puissance temporelle et religieuse du chef de la religion catholique; où l'on jetait dans le déses-
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poir des populations exaspérées par la conquête et le pillage; où le désordre gagnait l'armée elle-même.
Il ne paraît pas que le Directoire ait témoigné une ferme opposition à la volonté du général Bonaparte : elle était énergique et dominante ; il avait si bien étudié son projet , il savait le présenter d'une façon si persuasive, qu'il séduisait et entraînait les hommes les plus sensés : savants, hommes politiques, généraux, tous restaient sans objection ou passaient à l'enthousiasme : tait avait de force la parole de celui qui avait acquis toute la puissance du succès, qui avait toujours réussi à travers les dangers et souvent contre les probabilités.
Cette puissance sur les esprits, cet irrésistible ascendant auquel le gouvernement était toujours contraint de céder, cette autorité qui était assurée de la sanction de l'opinion publique, était précisément ce qui inquiétait le Directoire; il cherchait les moyens de se délivrer de cette gêne, d'éloigner le danger qui menaçait son existence et qui lui laissait entrevoir la ruine prochaine de son pouvoir dictatorial. Les inconvénients et les dépenses qu'allait entraîner l'expédition d'Egypte étaient évidents ; mais , puisqu'il n'y avait pas un autre moyen de s'affranchir du général Bonaparte, puisque lui-même le voulait, le Directoire ne résista point.
Dès les premiers jours de mars, il ne fut plus question, entre lui et le Directoire, de la descente en Angleterre. Tous les actes du gouvernement, toute l'activité de l'administration de la guerre et de la marine, tous les mouvements de troupes se rapportèrent à la Méditerranée et aux moyens d'embarquer une armée pour être portée en Orient. Le chef qui devait la commander
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prit ou obtint le plein pouvoir de régler, d'ordonner, de prescrire impérieusement les dispositions, les préparatifs, les approvisionnements qui lui étaient nécessaires. Peut-être, à aucune époque de sa vie, n'a-t-il déployé une semblable activité. Alors radministration était irrégulière et mal contrôlée; elle n'agissait point avec ce mécanisme habile que, depuis, il réussit à instituer; il n'avait pas sous sa main des hommes choisis ou formés par lui. Il lui fallut s'occuper de tous les détails; comme le désordre était complet, même dans l'armée, il avait tout à créer. Il travaillait jour et nuit; il savait où était chaque régiment, quelle était sa force, ce qui lui manquait, sur quel port de la Méditerranée il convenait de le diriger; il écrivait des lettres pour donner ses ordres, ou envoyait signer par le Directoire des instructions ou des arrêtés. Les finances étaient aussi à sa disposition : c'était pour lui procurer de l'argent que la Suisse avait été envahie, qu'on était allé faire une révolution à Rome et chasser le Pape ; on lui rendait compte du trésor de Berne et de l'argenterie des églises d'Italie.
C'est ainsi que ses ordres mettaient tout en mouvement à Toulon, à Nice, à Gênes, à Civita-Vecchia, à Ancôneet àCorfou; les bâtiments du commerce étaient retenus et nolisés; on se procurait par réquisition ce qu'on ne pouvait acheter; les troupes affluaient vers les ports où les navires leur étaient préparés.
Le 12 avril, le Directoire signa un arrêté qui ne fut point publié. — « Il sera formé une armée qui portera le nom d'armée d'Orient. — Les départements de la Corse, de Corcyre et de la mer Egée seront compris dans son arrondissement. — Le citoyen Bonaparte est nommé général de larmée d'Orient. — La destination
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de l'armée d'Orient sera réglée par des arrêtés séparés, n
Uq autre arrêté disait : — « Les forces navales de la Méditerranée, les forces de terre qui se trouvent slationnées dans les divisions militaires de Toulon et de Brest y les divisions de Tarmée d'Italie qui sont à Gênes et à Civita-Vecchia, dans les îles de Corfou et de la mer Egée seront sous les ordres immédiats du général Bonaparte jusqu'à son embarquement, dans lequel il comprendra autant de forces qu'il le jugera convenable. »
Le même jour, 12 avril, le Directoire signait un arrêté ainsi conçu : — « Le général en chef de l'armée d'Orient est chargé de s'emparer de l'île de Malte. » — Un autre article autorisait toutefois le général à ne s'emparer de Malte qu'autant qu'il le jugerait possible, sans compromettre le succès des autres opérations dont il était chargé.
Jamais gouvernement n'avait été appelé à prendre et à écrire, en un même jour, tant et de si grandes résolutions.— w Le Directoire exécutif, considérant que les beys qui se sont emparés du gouvernement de l'Egypte ont formé les liaisons les plus intimes avec les Anglais et se sont mis sous leur dépendance absolue; qu'en conséquence ils se livrent aux hostilités et aux cruautés les plus terribles contre les Français, qu'ils vexent, pillent et assassinent chaque jour. — Considérant qu'il est de son devoir de poursuivre les ennemis de la République partout où ils se trouvent et en quelque lieu qu'ils exercent leurs manœuvres hostiles. — Considérant, d'ailleurs, que l'infâme trahison à l'aide de laquelle l'Angleterre s'est rendue maîtresse du cap de Bonne-Espérance, ayant rendu l'accès des Indes très-
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difficile aux vaisseaux de la République par la route usitée, il importe d'ouvrir aux forces républicaines une autre roule pour y arriver, y combattre les satellites du gouvernement anglais et y tarir la source de ses richesses corruptrices , arrête ce qui suit :
« Le général en chef de Tarmée d'Orient dirigera sur l'Egypte les forces de terre et de mer dont le commandement lui est confié, et il s'emparera de ce pays. — Il chassera les Anglais de toutes les possessions de l'Orient où il pourra arriver, et notamment il détruira tous leurs comptoirs sur la mer Rouge. — Il fera couper l'isthme de Suez , et il prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer la libre et exclusive possession de la mer Rouge a la république française. — II améliorera par tous les moyens possibles le sort des naturels de l'Egypte. — Il maintiendra, autant qu'il dépendra de lui , une bonne intelligence avec le Grand Seigneur et ses sujets immédiats. — Les frégates de la République qui se trouvent à l'île de France se rendront dans le port de Suez , où elles seront sous les ordres du général en chef de l'armée d'Orient. — Elles amèneront tous les bâtiments de transport qui se trouvent dans les différents ports des îles de France et de la Réunion ^ «
Tous ces arrêtés n'étaient pas imprimés et restaient inconnus au public : c'était une sage précaution. Ils auraient mis les Anglais sur leurs gardes, et l'expédition aurait pu devenir impossible. En outre, de tels projets, de si étonnantes imaginations, présentés sous forme de considérants et d'articles impératifs, auraient assurément paru insensés. Encore qu'il n'y eut aucune