‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 24 sur 174 · De Bourbon · texte numérisé non relu

De Bourbon

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liberté de la tribune et de la presse, qu'aucune discussion ne rendît attentifs les esprits éclairés ou raisonnables, que rien n'avertît Tignorance et l'aveuglement du vulgaire j ce programme de conquête aurait paru effrayant ou ridicule.

Mais le but de l'expédition n'était connu que d'un très-petit nombre de personnes. Il n'était point nécessaire de le confier aux généraux ni aux administrateurs qui , pour le moment , n'avaient pas une autre tâcbe que de diriger les troupes vers les différents ports, ou de tout disposer pour les embarquer. Le secret fut étonnamment gardé : le Directoire et le général n'en laissèrent rien connaître aux agents et aux employés secondaires.

Le public ne savait rien, sinon que le général Bonaparte avait conçu un vaste dessein , qu'il allait former un grand établissement, accomplir quelque chose de merveilleusement glorieux. 11 conduisait avec lui Monge, Bertholet, Fourier, Costaz, Dolomieu, Geoffroy-Saint-Hilaire, Thouin , Conté ; des hommes sensés, des gens d'esprit, des littérateurs, sollicitaient pour être de rex|)édition ; la jeunesse des écoles s'y précipitait. Si le général Bonaparte l'eût voulu , il aurait emmené tout l'Institut et toute l'École polytechnique; il semblait que ce fût une croisade de la civilisation. Le Directoire, qui lui accordait le pouvoir de donner de l'avancement dans son armée, n'avait pas à lui refuser de choisir les généraux qui commanderaient sous ses ordres. Il avait dès longtemps confié ses projets à Desaix , pour qui il avait pris tant de goût et de confiance ; déjà le Directoire lui avait à regret accorde un commandement. Il fallut aussi consentir à rendre du service à Cafarelli Dufalga, qui, comme Desaix,

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portait la tache originelle d'avoir, avec le général Vio tor de Broglie et Desaix, protesté contre le 10 août. Échappé aux persécutions de la Terreur, il avait été employé dans l'armée de Sambre-et-Meuse et avait eu une jambe emportée au passage du Rhin, en 1795. Il était l'officier le plus distingué de l'arme du génie et membre associé de l'Institut , où il avait lu des mémoires fort remarqués. Le général Bonaparte avait apprécié tout son mérite; il voulait même qu'il fût le successeur de Pléville Le Peley, ministre de la marine qui venait de donner sa démission après avoir inutilement combattu le projet de l'expédition; elle devait, disait-il^ avoir pour résultat la ruine de la marine française. Rewbell , en souvenir de la protestation de Strasbourg^ s'opposa obstinément au choix qui lui était proposé. La discussion fut vive , Cafarelli ne fut pas ministre ; mais le général Bonaparte déclara qu'il ne travaillerait aux préparatifs qu'avec Cafarelli : il commanda le génie comme général de division dans l'armée d'Orient.

Kléber était un des amis de Cafarelli; comme lui, il avait Rewbell pour ennemi; il était en complète disgrâce et n'avait pas été employé depuis la retraite de Jourdan. En même temps que général distingué par son talent et son courage, il était homme de beaucoup d'esprit, frondeur, d'une intarissable verve contre les opinions, la capacité, le caractère des généraux et des gouvernants; trouvant tout mauvais, ingénieux à saisir le côté faible des hommes et des plans de conduite ; disant des mots incisifs et cyniques qui portaient coup et qu'on répétait; n'ayant jamais appartenu à aucun parti , en ce sens qu'il les avait tous raillés et blâmés. Rewbell avait sans doute

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eu à se plaindre de quelque sarcasme offensant et lui gardait une rancune obstinée. Le général Bonaparte s attacha à le séduire et y réussit; car ili^ avaient sans doute à critiquer en commun beaucoup de choses et beaucoup de personnes. Il obtint son approbation sur les projets d'Orient, en les lui présentant sous un jour plus raisonnable que les arrêtés du Directoire. Kléber fut persuadé au point qu'il écrivit à Moreau , qui était son ami et qui n'avait pas bonne idée de l'entreprise. Il essaya vainement de changer son opinion. Un des nombreux arrêtés, signés le 12 avril, portait : — c Le général de division Kléber sera employé sous les ordres du général en chef Bonaparte. » Berthier continua à être son fidèle chef d'étatmajor. n eut dans son armée, Baraguey-d'Hilliers, Yaubois, Lannes, BelUard, Davoust, Murât, Andreossi. Le général Menou, qu'il avait préservé des vengeances jacobines après le 13 vendémiaire, lui demanda à servir sous ses ordres. Il le savait fort brave et très-honnète homme. Peu lui importait quelle opinion il avait eue. Il lui répondit à peu près dans les mêmes termes que le jour où il lui avait envoyé un billet, lors de son procès devant le conseil de guerre. — « J'ai vu le 13 vendémiaire de plus près que personne. Vous avez été victime de la lâcheté et de la perfidie des commissaires ridicules qui s'étaient attribué tout le pouvoir, en laissant peser toute la responsabilité sur les généraux. » — Le mot sur les commissaires pouvait se rapporter à Barras. Le Directoire n'en signa pas moins la nomination du général Menou.

Tout était prêt : les troupes étaient aux lieux de leur embarquement; les généraux à leur tête. L'arrivée du général Bonaparte était annoncée pour la

dernière semaine d'avril. Berthier et Tétai -major étaient à Toulon ; plusieurs aides de camp du général en chef déjà partis. Le Directoire , pour prolonger Terreur du ministère anglais , qui croyait encore à la réalité d'une tentative de descente^ avait fait publier le 2 avril un arrêté qui enjoignait au général Bonaparte de se rendre à Brest, lorsqu'un événement imprévu suspendit son départ et même remit en question le projet qui avait motivé ces immenses préparatifs et des dépenses inouïes.

Bernadolte était un des généraux que le général Bonaparte avait le plus distingués, soit qu'il eût reconnu en lui des talents militaires, soit qu'il fût porté à ménager Tesprit ambitieux et orgueilleux , les préoccupations politiques y le caractère indépendant et obstiné d'un lieutenant, qui ne s'était point formé sous ses ordres et à son école. Peut-être, en l'envoyant à Paris avant le 1 8 fructidor, avait-il espéré qu'il y prendrait un rôle plus important et se conduirait avec une mesure que n'avait point gardée Augereau. Bernadotte était revenu en Italie prendre le commandement de sa division , et il y était resté depuis la paix de Campo- Formio. A ce moment, tous les généraux n'ayant plus l'occasion d'être employés activement en Italie, cherchaient à s'assurer une position. Le général Bernadotte sollicita' le Directoire de lui donner un commandement dans l'armée qu'on destinait à envahir le Portugal ou de le nommer commandant à Tîle de France et dans l'Inde^ sinon dans les îles vénitiennes : autrement il demandait sa retraite. En même temps,

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