I. 19 décembre
nécessaire pour commander en Italie. Ce poste est essentie! , et vous servirez la République en éclairant la marche des nouveaux républicains d'Italie. »
On ne pouvait pas songer à Bernadotte pour accomplir la révolution de Rome. Le général Bonaparte confia cette mission à Berthier et le Directoire à Masséna. Il fut nommé ambassadeur à Vienne et Commença par refuser cette mission. Le Directoire chercha à rendre cette ambassade plus pompeuse que ne le comportaient les mœurs républicaines. Le traitement fut considérable ; les secrétaires d'ambassade choisis avec discernement ; des aides de camp accompagnaient leur général.
11 ne semblait pas facile de justifier aux yeux de ^Autriche les invasions et les spoliations de la Suisse et des États pontificaux. Le nouvel ambassadeur fut encouragé, par l'accueil qui lui fut fait, à traiter ce sujet. Les assurances qu'il donna du désir qu'avait le gouvernement français de maintenir la paix furent acceptées comme sincères et dignes de confiance. On ne trouva point que le traité de Campo-Formio eût été violé en rien par cette double conquête, et Ton protesta que l'empereur avait la ferme volonté de continuer à vivre en bonne intelligence avec la France.
Bernadotte avait pour instruction secrète et non écrite de travailler, par des voies souterraines et des intrigues de cour, à procurer la disgrâce du baron de Thuguty qui avait été peu favorable à la paix et qui passait pour hostile à la France. C'était surtout par l'influence de l'impératrice que l'ambassadeur pouvait espérer de réussir dans ce projet. Mais arrivé à Vienne le 8 février 1 798, le général Bernadotte n'avait pu lui être présenté que le 8 avril. L'impératrice était sur le
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point d'accoucher, lorsque Vambassadeur avait eu son audieuce de l'empereur. Dans cet intervalle, sa position auprès de la cour et du cabinet de Vienne était devenue moins assurée. Les griefs , que devait infailliblement susciter la conduite du Directoire, s'accumulaient de jour en jour : depuis l'occupation de Rome la rupture avec la cour de Naples paraissait impossible à éviter. Une pareille conduite au moment où Ton voulait se rendre favorable Timpéralrice, fille de la reine de Naples y prouvait Finconsistance de la politique francise. L'ambassadeur fut chargé d'assurer cette princesse qu'elle ne devait concevoir aucune inquiétude au sujet de Naples. Cette précaution était tardive. Toutefois, le général Bernadotte crut pouvoir faire remettre un mémoire contre le système politique du baron de Thugut; il le représentait comme ayant compromis les bonnes relations qui^ sans lui, auraient existé entre le Directoire et la cour de Naples.
En ce même moment, l'empereur s'était résolu à ne point conserver au baron de Thugut le titre officiel de ministre des affaires étrangères , et de confier ce département au comte de Coben^l. C'était probablement rm prétexte pour ne point lui laisser la direction du congrès de Rastadt. On commençait à croire généralement, dans la région politique, qu'une intime intelligence existait entre le général Bonaparte et M. de Cobenzel; qu'ils avaient concerté ensemble des projets qui menaçaient l'Europe de graves changements. La cour d'Autriche pouvait s'en inquiéter. Le Directoire encore davantage; car il y avait lieu de supposer que, pour mettre à exécution les combinaisons dont les deux plénipotentiaires de Campo-Formio s'étaient confidentiellement entretenus, il fallait commencer par ne
pas laisser subsister tel quMl était le gouvernement de la république française.
Le général Bernadotte était plus exagéré encore dans ses méfiances ; il connaissait toute la portée de l'ambition du général Bonaparte et s'alarmait pour la République et pour la liberté. Les amis du général Bonaparte^ et surtout les généraux de l'armée d'Italie y qui avaient vécu en jalousie et en animosié avec Bernadotte, n'avaient pas approuvé sa nomination à l'ambassade. Dans leur malveillance, ils lui reprochaient de ne point représenter la France et la République avec assez de fierté, et de chercher à complaire à la cour et à Taristocratie de Vienne. On alla jusqu'à dire que ses aides de camp ne portaient la cocarde tricolore que dans l'intérieur de son hôtel. Ces propos malveillants passèrent dans des articles de journaux.
Le Directoire s'émut de ce patriotique mécontentement ; il envoya à l'ambassadeur les numéros où l'on avait mal parlé de lui. — « Nous ne pouvons croire, disaient les Directeurs, qu'un général, qui a si bien servi la nation sous le drapeau tricolore, néglige de faire respecter ses couleurs. » — En même temps il lui était ordonné d'arborer à son hôtel le drapeau national , s'il ne l'avait déjà fait.
Le 13 avril, la jeunesse devienne voulait célébrer l'anniversaire du jour où , d'un mouvement unanime, elle s'était offerte à l'empereur pour prendre les armes et se dévouer à la défense de la patrie. Le général Bernadotte aurait pu réfléchir que cette commémoration n'avait rien d'injurieux pour la France, puisque le zèle des Viennois s'étant manifesté au moment même où les articles de Léoben étaient siennes, avait été tardif et
inutile ; mais la dépêche du Directoire et les articles des journaux l'avaient mis dans une disposition irritable. Il demanda que cette manifestation fût interdite; Tempereur se refusa à condescendre au désir du général Bernadotte; alors il déclara que de son côté il donnerait une fête, et il choisit ce jour pour arborer le drapeau tricolore.
11 est généralement hors d'usage que les ambassadeurs déploient devant leur hôtel le drapeau de leur nation. Ce ne fut pas sans doute pour ce manquement à Tétiquette diplomatique que le peuple de Vienne , déjà mis en mouvement par la fête qu'il célébrait, se porta en foule à Tambassade de France et demanda à grands cris que le drapeau fût retiré. Une patrouille survint , lofiBcier ordonna au rassemblement de se séparer : il ne fut pas écouté; le tumulte redoubla; des pierres étaient lancées au drapeau et sur le balcon ; les vitres furent brisées. La patrouille n'employait point la force à réprimer le désordre.
L'ambassadeur fit passer sur-le-champ une note à M. de Thugut pour se plaindre des excès d'une populace fanatique et de l'inertie des agents de police qui restaient froids spectateurs de ce tumulte.
Il était alors six heures du soir. Le comte de Dietrichstein, conseiller de la régence, arriva avec le directeur de la police : ils supplièrent l'ambassadeur de retirer le drapeau, lui promettant toute satisfactien qu'il exigerait pour l'attentat dirigé contre lui. — « Non, répondit le général Bernadotte, le drapeau restera. »
Un officier alla de nouveau parler au peuple. Aucun avertissement, aucune exhortation ne furent écoutés. L'hôtel était tçujours assiégé à coups de pierre ; enfin m. D
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on escalada le balcon ; le drapeau fut arraché et jeté dans la rue.
L'ambassadeur envoya une seconde note , où il racontait ce qui venait de se passer; se plaignant de Tinaction de la police, il disait « que cette scène était plutôt excitée que tolérée par les autorités, m — Ne pouvant rester dans un pays où les lois les plus saintes étaient violées, où les traités les plus saints étaient foulés aux pieds, il demandait à M. de Thugut un passe-port pour se rendre en France avec toute sa légation , à moins que le gouvernement autrichien ne fît proclamer qu'il désavouait formellement cette violation du droit des gens , qu'il réprouvait les insultes et outrages exercés contre la république française, et qu'il ordonnait que les auteurs et complices seraient recherchés et punis d'une manière exemplaire. — « A cette condition seule, et sous l'obligation que le gouvernement autrichien fera remplacer le drapeau tricolore et qu'il sera arboré dans la maison de France par un officier autrichien civil ou militaire, l'ambassadeur pourra rester. » — Il ajoutait que plusieurs personnes de la légation venaient d*être obligées de mettre le sabre à la main pour se soustraire à la fureur du peuple. Aussi demandait- il une réponse prompte et catégorique.
En effet, au moment où il écrivait celte note, l'émeute prenait un caractère plus grave. Il avait fait ouvrir la porte de l'hôtel, et, accompagné d'un aide de camp, il s'était présenté à la multitude le gabre à la main ; sa présence, loin d'imposer aux mutins, avait redoublé la fureur du peuple. Comme il se retirait, un des domestiques de l'ambassade tira un coup de pistolet sur un homme qui voulait le poursuivre :
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alors les portes furent forcées, les fenêtres brisées ; les assaillants pénétrèrent dans les appartements et les saccagèrent; les meubles, leë glaces, les lustres furent brisés ; les voitures, qui étaient dans la cour, furent dépecées. Tout ce saccagement était accompagné du cri sans cesse répété : u Vive l'empereur ! à bas le drapeau de la République! » Sans l'arrivée d'un bataillon de grenadiers, l'appartement, où l'ambassadeur et toute sa suite s'étaient barricadés, prêts à se défendre, serait devenu le théâtre d'un combat sanglant.
Une troisième note fut portée à onze heures du soir^ M. de Thugut, qui n'avait fait encore aucune réponse. L'ambassadeur rendait compte des nouvelles scènes qui venaient de se passer et requérait l'envoi de ses passeports.
Enfin le ministre fit passer une note ainsi conçue : — ce C'est avec une peine infinie que le ministre des afiTaires étrangères a appris les désordres, qui font le sujet des notes que le citoyen ambassadeur de la république française lui a adressées ce soir. Le ministre en fera un rapport exact à Sa Majesté impériale, et il ne doute pas qu'elle n'en ressente un grand déplaisir. Le citoyen ambassadeur peut être persuadé qu'aucun moyen ne sera négligé pour que les événements de ce soir soient examinés, selon toute la rigueur prescrite par la justice et avec l'intérêt sincère que le gouvernement autrichien attachera toujours à cultiver l'amitié si heureusement rétablie entre les deux puissances. M
L'émeute n'était point dissipée; l'ambassadeur était encore bloqué dans son hôtel, et les mutins continuaient à crier et à menacer. Deux escadrons de cavalerie arrivèrent pour les disperser; alors ils se porté-
rent au palais de l'empereur; il parut à un balcon et fut salué de leurs acclamations. Les paroles qu*il leur adressa pour les exhorter à rentrer dans Tordre furent peu écoutées. L'ordre fut donné de faire entrer deux régiments dans la ville ; le tumulte durait encore à la pointe du jour.
A huit heures du matin y un aide de camp du général Bernadotte, fortement escorté, se présenta au palais et remit a l'empereur une note, où l'ambassadeur se plaignait du peu de compte qu'on avait tenu de ses réclamations, et de la négligence qu'on avait témoignée à faire cesser les attentats et les insultes commis contre lui. Il répétait la demande de ses passe-ports. — « L'ambassadeur de la république française , ajoutait-il, emportera en s'éloignant la certitude consolante de n'avoir rien négligé pour convaincre Sa Majesté impériale des dispositions pacifiques que le gouvernement français entretient à son égard. Il est persuadé que, si les intentions de Sa Majesté avaient été fidèlement remplies , les mesures que les convenances exigeaient auraient été prises sur-le-champ. L'ambassadeur espère que l'avenir confirmera cette opinion d'une manière éclatante, et qu'une juste réparation prouvera au Directoire exécutif que Sa Majesté impériale forme des vœux aussi sincères que lui pour le maintien de la bonne intelligence entre les deux nations. »
Le ministre du cabinet, comte de CoUoredo, répondit, au nom de l'empereur, que Sa Majesté, dès qu'elle avait été informée des excès et désordres de la nuit passée, avait elle-même donné ses ordres au commandant des troupes et au ministre de la police; que Sa Majesté avait ordonné au comte de Saurau et au baron
(le Degelman de se rendre chez le citoyen ambassadeur, a6n d^éclaircir les fails, et de faire disparaître, à la satisfaction réciproque, tout juste motif de plainte de sa part; que l'empereur désirait que le citoyen ambassadeur n'insistât point sur les passe-ports demandés.— « Lui-même peut prévoir tous les inconvénients qui résulteraient des bruits fâcheux que ferait naître son départ de Vienne. L'empereur, en chargeant le soussigné de faire connaître ses sentiments au citoyen ambassadeur, a ordonné d'y ajouter l'assurance de sa résolution invariable d'entretenir avec soin , et en toute occasion, l'amitié et la bonne iiltelligence heureusement établies entre les deux puissances : résolution sur laquelle la scrupuleuse ponctualité avec laquelle toutes les stipulations du traité de Campe- Formio sont remplies, de la part de Sa Majesté, ne peut laisser le moindre doute. »
Les instances du comte de Saurau et du baron de Degelman ne purent déterminer le général Bemadotte à retirer la demande de ses passe-ports. Il exigeait que le drapeau français fût rétabli par le gouvernement autrichien; lorsqu'on lui représentait que jamais ambassadeur de France, ni de toute autre puissance n'avait arboré un drapeau devant son hôtel, il répondait que le Directoire l'ayant ainsi ordonné , la dignité de son gouvernement avait été outragée.
L'empereur tint un conseil d'État, où furent invités les ministres des puissances étrangères. On y fit lecture du procès-verbal des faits, revêtu de la signature de l'ambassadeur de France : il fut reconnu que la cause première du désordre était le drapeau arboré devant l'hôtel, contre l'usage toujours et généralement observé. Le procès- verbal et cette déclaration furent
envoyés par des courriers à Paris et dans les cours étrangères.
L'empereur fît publier en son nom une proclamation qui exprimait le vif déplaisir qu'il avait éprouvé en apprenant que plusieurs habitants de Vienne s'étaient, par un zèle déplacé, écartés de «leur respect accoutumé pour Tordre public. — Il ordonnait que des mesures eflicaces seraient prises pour maintenir le bon ordre, et, si quelqu'un prenait part directement ou indirectement à des tumultes et à des rassemblements. Sa Majesté se verrait dans la triste nécessité de faire punir les perturbateurs selon la rigueur des lois.
Le général Bernadotte resta inébranlable dans sa résolution. Il partit de Vienne le 15 avril avec toute l'ambassade ; on lui donna une nombreuse escorte jusqu'à la frontière des États autrichiens.
Le Directoire, bien qu'il n'entrât point dans ses desseins d'être longtemps en paix avec l'Autriche, n'avait ni souhaité ni prévu une rupture ; cette nouvelle le troubla. Il ne pouvait désavouer le général Bernadotte qui n'avait eu d'autre tort que d'obéir aux ordres qu'il avait reçus. Braver l'irritabilité et la forfanterie de l'opinion révolutionnaire semblait une pensée inadmissible.
Le général Bonaparte fut mandé ; quelle que fût la résolution à prendre, le Directoire avait besoin de se* mettre d'accord avec lui. Si on se décidait pour la guerre, c'était à lui de commander les armées ; si on maintenait la paix, il fallait que son assentiment servît de défense contre le patriotisme jacobin.
Les Directeurs lui communiquèrent un projet de message au Corps législatif pour déclarer la guerre à
l'Autriche, et en même temps un décret, qui le nommait général en chef de l'année d'Allemagne.
Cette proposition lui présentait une alternative embarrassante ; l'expédition d'Orient était préparée ; le jour de l'embarquement était fixé au 23 avril. Il avait vivement désiré cette entreprise; depuis deux mois, il n'avait pas une autre pensée, pas une autre occupation. Il y voyait une gloire immense et rêvait un retour triomphant, qui le rendrait maître ou dominateur de l'Europe entière. Renoncer tout à coup à un pareil dessein était une décision difficile à prendre; d'autre part, s'il se chargeait de conduire la guerre contre l'Autriche, elle ne pouvait avoir de grands résultats , lorsque la République était gouvernée avec tant d'incapacité, d'inconsistance et de réelle faiblesse; tant que l'administration serait en un tel état de désordre : il lui faudrait donc s'emparer du pouvoir, soit en se le faisant donner, soit en le prenant ; d'autant qu'en ce moment rien n'était disposé pour cette guerre. Il répondit aux Directeurs :
— « Si vous vouliez la guerre, il aurait fallu vous y préparer indépendamment de l'aventure de Bernadotte. Il fallait ne pas engager vos troupes en Suisse, dans l'Italie méridionale, sur les côtes de l'Océan ; il ne fallait pas proclamer l'intention de réduire l'armée à cent mille hommes : projet qui n'est pas encore exécuté, il est vrai, mais qui est connu et qui décourage l'armée. Ces mesures indiquent que vous avez compté sur la paix. Bemadotte a matériellement tort. En déclarant la guerre, vous jouez le jeu de l'Angleterre. C'est peu connaître la politique du cabinet de Vienne que de croire que s'il eût voulu la guerre, il vous eût insultés. Il vous aurait au contraire caressés , endormis
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pendant qu'il aurait fait marcher ses troupes : vous n'auriez connu ses véritables intentions que par le premier coup de canon. Soyez sûrs que l'Autriche vous donnera toute satisfaction. Ce n'est pas avoir un système politique^ que se laisser entraîner par tous les événements. La déclaration impériale publiée et affichée à Vienne est vague , insuffisante ; il est surprenant qu'elle ne contienne rien concernant la punition des auteurs et instigateurs de l'émeute. Mais enfin, d'après cette pièce et les dépêches du cabinet de Vienne, il y a ouverture pour négocier et se donner de part et d'autre des explications qui maintiendront la paix. »
Le Directoire se rangea à cet avis, et le général Bonaparte s'offrit à suivre la négociation qui devait rétablir la bonne intelligence entre la France et l'Autriche. Des pouvoirs lui furent conférés, et il parla de se rendre à Rastadt pour régler cette affaire avec le comte de Cobenzel.
En ces circonstances, il était impossible de ne pas différer l'embarquement des troupes. On concevait même qu'il pourrait survenir telle chance qui ferait renoncer à l'expédition. Le général Bonaparte écrivit aux généraux qui se trouvaient déjà dans les ports désignés, pour leur annoncer que le départ ne serait point pour le 23 avril; mais il ne laissa pas entrevoir un doute sur ses projets, et continua à presser les préparatifs. Il écrivait au général Cafarelli : — a Vous avez appris l'événement arrivé à Vienne ; cela est survenu au moment où j'allais partir, et a dû nécessairement occasionner un retard. J'espère cependant que cela ne dérangera rien ; peut-être serai-je obligé d'aller à Rastadt pour avoir une entrevue avec le
comte de Gobenzel , et si tout allait bien , je partirais de Rastadt pour Toulon ^ »
M. de Cobenzel avait reçu le 1 2 avril la nouvelle de sa nomination au ministère des affaires étrangères ; dès le lendemain il était parti pour Vienne La lettre du général Bonaparte ne le trouva pas à Rastadt ; il était probable qu'en la recevant, il se déciderait à revenir tout de suite au congrès.
Pendant ce délai, le Directoire, se rassurant de plus en plus sur les intentions du cabinet de Vienne, pensa que Tinlervention du général Bonaparte n'était point nécessaire pour maintenir la paix et qu'on n'aurait pas besoin de lui pour Taire la guerre. Les inquiétudes que donnait sa présence, les desseins qu'on lui supposait, ses relations avec le comte de Cobenzel qui devenaient de plus en plus suspectes , sa situation à Paris, ses relations intimes avec des hommes malveillants pour le gouvernement, ses propos répétés ou exagérés, tout contribuait à inquiéter les Directeurs.
De nouveaux entretiens achevèrent de les alarmer : — ce L'Europe , leur disait le général Bonaparte , n'est rien moins que tranquille ; le congrès de Rastadt ne se termine pas ; vous êtes obligés de garder vos troupes dans l'intérieur pour assurer les élections ; il vous en faut pour comprimer les départements de l'ouest; ne convient-il pas de contremander l'expédition et d'attendre des circonstances plus favorables? »
Le Directoire, dans son absence de discernement, se refusait à comprendre les infaillibles conséquences de sa mauvaise politique extérieure et intérieure. L'invasion de la Suisse et de Rome, que continuaient à occu-