‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 27 sur 174 · avril · texte numérisé non relu

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per les troupes françaises; les alarmes que les rois de Naples et de Sardaigne concevaient sur leur existence ; les États allemands menacés dans leur souveraineté ou leur territoire : tels étaient les garants certains d'une prochaine et formidable guerre, tandis que la pénurie des finances, le mécontentement général, le mépris qui entourait le gouvernement, la lutte qu'il allait avoir à soutenir contre le parti jacobin , devaient le laisser sans force et sans pouvoir réel. Il avait donc à redouter d'autres dangers que l'ambition du général Bonaparte, ou plutôt c'était à cause de ces dangers que le général Bonaparte était à redouter pour les Directeurs.

Dans leur imprévoyance, ils ne pensèrent qu'au péril actuel. Les conseils que leur donnait le général commençaient à devenir impérieux ; il critiquait avec sévérité leur mauvais gouvernement , leur reprochait le 1 8 fructidor ou Tusage excessif et détestable qu'ils en avaient fait ; il leur conseillait de rappeler les déportés.

Enfin ils se décidèrent, et le 3 mai ils lui donnèrent l'ordre formel de partir pour Toulon et de s'embar* quer. La scène fut vive et le général parla de donner sa démission. On était autour d'une table ; Rewbell poussa l'écritoire vers le général Bonaparte : — « Écrivez-la, dit-il; vous voulez vous retirer du service? La République perdra sans doute un brave et habile général; mais elle a encore des enfants qui ne l'abandonneront pas. » — Le général avait pris une plume, Merlin la retira de sa main et la conversation se termina ainsi.

Toutes ses pensées revinrent à l'Egypte. — « J'ai tout essayé avec eux, disait-il; ils ne veulent pas de moi. Il

faudrait les renverser et me faire roi ; mais il ne faut pas y penser encore, les nobles n'y consentiraient jamais; j'ai sondé le terrain. La poire n'est pas mûre, le temps n'est pas venu, je serais seul; il faut encore éblouir ce pays-ci. »

On a fort exagéré le mécompte qu'éprouva le général Bonaparte, en recevant du Directoire Vordre de partir pour Toulon et de ne point aller à Rastadt, comme il en avait le projet : il avait prévu que cela serait ainsi. En effet, telle était la probabilité. Les ordres qu'il expédiait chaque jour se rapportaient toujours à un départ trèsprochain; il annonçait son arrivée à Gênes pour le f5 mai; il fixait au 5 mai l'embarquement des troupes de Marseille. Il écrivait à l'amiral Brueys : — « Ce retard apporté à l'expédition aurait peut-être été nécessaire pour vous mettre plus en mesure. »

Ce n'est pas la seule fois en sa vie qu'au moment de mettre à exécution un dessein médité et préparé longtemps, il hésita, en parfaite liberté d'esprit, s'il ne Vabandonnerait pas pour en embrasser un autre. — < Il faisait son thème en plusieurs façons ; ses projets dépendaient souvent de la possibilité ou de la facilité de leur exécution ; il se déterminait par ce qui devenait plus convenable au dernier moment*. »

Un démenti formel a été donné à l'anecdote de Barras allant, le 3 mai, faire une visite au général Bonaparte pour lui dire : — w Le Directoire ne souffrira point de délai. Partez pour Toulon, partez cette nuit; je vous donne un bon conseil. » — Cet avertissement était en effet très-inutile.

Il partit le 3 mai au soir; la veille il avait expédié

*. Mémoires du roi Joseph.

l^iO DÉPART DE L*£XPÉDITION d'ÉGYPTE.

tous les ordres pour rembarquement, t Je serai à bord le 8, >) écrivait-il à Tamiral Brueys.

Les vents contraires arrêtèrent le départ pendant dix jours. Ils furent employés aux soins les plus minutieux donnés à tous les préparatifs, aux ordres envoyés à Gênes et à Civita-Vecchia, où il ne fallut pas moins que la fermeté et Tinfluence de Desaix et de Saint-Cyr pour ramener à l'obéissance les divisions qui avaient pris part à la sédition de Rome.

La préoccupation d*un pareil départ ne l'absorba pas au point de fermer les yeux sur l'application barbare delà loi contre les émigrés rentrés, qui, depuis le 1 8 fructidor, était redevenue le droit commun. Il y avait peu de jours qu'un vieillard de quatre-vingts ans avait été fusillé : en apprenant cet acte de cruauté , il dicta sur-le-champ la lettre suivante w aux commissions militaire» de la neuvième division , établies en vertu de la loi du 19 fructidor. » Il écrivait sans doute comme revêtu du commandement supérieur de la division militaire; toutefois, il ne prit dans cette lettre aucun autre titre que « Bonaparte, membre de l'Institut. »

— * « J'ai appris, citoyens, avec la plus grande douleur que des vieillards, âgés de soixante-dix ou quatrevingts ans, de misérables femmes enceintes ou environnées d'enfants en bas âge avaient été fusillés, comme prévenus d'émigration. Les soldats de la liberté sont-ils donc devenus des bourreaux? La pitié, qu'ils ont portée jusqu'au milieu des combats, serait-elle donc morte dans leurs cœurs? La loi du 19 fructidor a été une mesure de salut public; son intention a été d'atteindre les

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