‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 28 sur 174 · mai · texte numérisé non relu

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conspirateurs 9 et non de misérables femmes et des vieillards caducs. Je yous exhorte donc, citoyens, toutes les fois que la loi présentera à votre tribunal des vieillards de plus de soixante ans ou des femmes, à déclarer qu'au milieu des combats vous avez respecté les vieillards et les femmes de vos ennemis. Le militaire qui signe une sentence de mort contre une personne incapable de porter les armes est un lâche. »

Avant rembarquement des troupes, il les passa en revue, et prononça l'allocution suivante :

— « Soldats et officiers, il y a deux ans que je vins vous conunander. A cette époque , vous étiez dans la rivière de Gènes, dans la plus grande misère, manquant de tout, ayant sacrifié jusqu'à vos montres pour votre subsistance. Je vous promis de faire cesser vos misères , je vous conduisis en Italie : là tout vous fut accordé... • Ne vous ai-je pas tenu parole? Eh bien! apprenez que vous n'avez point assez fait pour la patrie et que la patrie n'a point encore assez fait pour vous! — Je vais actuellement vous mener dans un pays où, par vos exploits futurs, vous surpasserez ceux qui ont déjà étonné vos admirateurs, et vous rendrez à la patrie les services qu'elle a droit d'attendre d'une armée d'invincibles. — Je promets à chaque soldat qu'au retour de cette expédition il aura à sa disposition de quoi acheter six arpents de terre. — Vous allez courir de nouveaux dangers ; vous les partagerez avec vos frères les marins. Cette arme jusqu'ici ne s'est point rendue redoutable à nos ennemis; leurs exploits n'ont pas égalé les vôtres; les occasions leur ont manqué; mais le courage des marins est égal au vôtre; ils ont la volonté de triompher, ils y parviendront avec vous. — Communiquez-leur cet esprit invincible qui

partout vous rendit victorieux ; secondez leurs efforts ; vivez à bord avec cette bonne intelligence qui caractérise des hommes voués au succès de la même cause. Ils ont, comme vous, acquis des droits à la reconnaissance nationale, dans Fart difficile de la marine. — Habituezvous aux manœuvres du bord. Devenez la terreur de vos ennemis de terre et de mer; imiter les soldats romains qui surent à la fois battre Carthage en plaine et les Carthaginois sur leurs flottes. »

Ce discours fut très-applaudi par les soldats et fui reproduit dans les journaux de Paris, sans aucune réflexion. Deux jours après , le journal du Directoire contenait un article conçu en ces termes : — « Nous avons fait connaître une proclamation attribuée au général Bonaparte ; c'est à regret que nous nous décidâmes à la publier : elle ne nous parut ni assez réfléchie, ni assez élevée pour être l'ouvrage du vainqueur de l'Italie. Nous avons aujourd'hui la preuve que cette harangue, qui a tout le caractère de celles que les chefs des factieux, maîtres de la Convention, faisaient du haut de la tribune à la foule égarée , le 1*^ prairial, est fausse. Voici la véritable proclamation, mise à Tordre du jour le 21 floréal * ; on jugera si la première pouvait être l'œuvre de celui qui a fait la seconde :

— « Soldats, vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sièges; il vous reste à faire la guerre maritime. Les légions romaines , que vous avez quelquefois imitées , mais pas encore égalées, combattaient Carthage, tour à tour sur cette même mer et aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce

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