‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 33 sur 174 · RÉDUCTION DES RENTES · texte numérisé non relu

RÉDUCTION DES RENTES

semestres du tiers qu'on appelait « consolidé , » ils se seraient résignés à la réduction de leur revenu et leur sort eût été amélioré, puisque auparavant ils ne recevaient que de plus faibles escomptes : mais aucune garantie ne leur était donnée ; ils n'avaient nulle espérance à concevoir : les semestres ne seraient pas mieux payés ; il y avait à cet égard notoriété publique. Une inscription de rente en tiers consolidé, au capital de cent francs et au revenu de cinq francs, fut , après la réduction, cotée à la Bourse dix-sept francs, et s'éleva rarement au-dessus de vingt francs. Dans les derniers jours du Directoire , elle était à sept francs. Les bons donnés en remboursement des deux tiers furent d'abord cotés à deux francs quinze sols pour cent, et descendirent bientôt à quelques centimes.

Le gouvernement se libérait ainsi d'une partie considérable de la dette publique ; mais s'il eût voulu payer les créances qui étaient réclamées : dettes des émigrés, des communes et des établissements religieux; services publics non soldés; fournitures faites à crédit ; indemnités légalement accordées, plusieurs milliards seraient venus en accroissement aux charges publiques. Ces dettes, lorsqu'elles étaient successivement liquidées, devaient subir la réduction des deux tiers, et l'autre tiers serait inscrit au grand-livre. Ce payement incomplet était même presque impossible à obtenir ; les formalités à accomplir, pour arriver à une liquidation étaient compliquées, les justifications difficiles; ce fut une opération qui se prolongea pendant plus de dix ans ; elle se termina par une entière banqueroute de la masse énorme de créances , qui n'avaient pas encore été liquidées.

Les Conseils législatifs continuèrent leurs délibéra-

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lions sans participer en rien au gouvernement, à sa. marche, à sa politique intérieure ou extérieure; ils expédiaient des règlements ou des actes d'administration; aggravaient la législation relative aux émigrés ou aux formalités de police; décrétaient quelquefois dea chapitres du Code civil dictés par le même esprit qui avait prévalu à la Convention. Aucune discussion portant sur le fond des choses ne s'élevait parmi cette représentation mensongère de l'opinion publique. A peine pouvait-on entrevoir la différence qui séparait les amis serviles ou empressés du Directoire des révolutionnaires antipathiques à toute autorité, à toute prééminence.

L'armée française entrait à Rome et y exécutait une révolution ; la Suisse était envahie, et le Corps législatif n'était informé de ces déterminations si graves, qui devaient infailliblement rallumer la guerre, que lorsque tout était consommé.

Ce fut seulement le 5 février que le Corps législatif fut informé par un message de ce qui se passait en Suisse et de cette invasion , qui excitait l'indignation publique à un point que l'assoupissement de Topinion n'avait pas laissé prévoir. Il n'y avait d'autre apologie à essayer que la répétition des vains prétextes d'hostilité, et du récit mensonger des faits. Le Directoire n'avait pas honte d'employer les déclamations des clubs du pays de Vaud contre les oligarques et les patriciens de Berne et de Fribourg. 11 assurait avec une inconcevable ignorance ou un singulier mépris de la vérité, que le pays de Yaud avait été démembré de la France, que sous l'autorité des ducs de Savoie, il avait joui des libertés que le roi Charles IX lui avait

MESSAGE SUR l'oOCUPATION DE ROHB. 153

garanties. C'était sur un ordre formel du Directoire, que le ministre des relations extérieures lui avait, dans un rapport, exposé ces motifs dérisoires d'hostilité contre la Suisse. Les mesures essayées par le gouvernement de Berne pour rétablir Tordre dans le pays de Vaud étaient présentées comme une agression contre la République. Les coups de fusil tirés aux avant-postes sur l'aide de camp du général Ménard n'étaient pas attribués au désordre punissable d'un avant-poste : c était une violation des lois les plus sacrées, du droit des gens, qui mettait le comble aux attentats des oligarques.

A la date de ce message, le général Brune n'était pas encore entré à Berne, mais il en avait l'ordre. Le Directoire terminait pourtant ainsi son message : — « On assure qu'il s'est passé depuis des événements qui pouvaient rendre inutiles les mesures hostiles que l'honneur national et le droit des gens si atrocement violé exigent sans doute de la part de la République contre les gouvernements de Berne et de Fribourg. » La spoliation de Berne, une constitution imposée à main armée à la Suisse, l'occupation de tout le pays, la guerre portée dans les petits cantons , et un pillage universel qui fut le scandale de l'Europe entière, étaient les conséquences prochaines que le Directoire n'avait garde d'annoncer.

Le message fut écouté et ne donna lieu à aucune discussion ; le conseil ne manifesta point quelle impression il en avait reçue.

Le 19 février, six semaines après le meurtre de Duphot, un message informa les Conseils de cet événement et de l'occupation de Rome. Les termes de ce

154 MESSAGE SUR l'oCGUPATION DB ROME.

message étaient, on pouvait s'y attendre, fort injurieux : la mort du général Duphot était expressément imputée a au gouvernement théoeratique de Rome, oublieux du traité de Tolentino, ingrat envers la république française qui l'avait épargné, infidèle au droit des gens. Il avait sourdement recommencé les hostilités; il faisait des préparatifs de guerre; il appelait des généraux étrangers; il correspondait secrètement avec les conspirateurs du 18 fructidor; il opposait aux lois de la république française les décisions de ses théologiens, pour exciter de nouveaux troubles en France; il a organisé contre lui-même une feinte insurrection. »

« Le Directoire a dû, en cette circonstance, employer pour la défense de l'État les moyens que la Constitution met à sa disposition : il a chargé le général en chef de l'armée d'Italie de marcher sur Rome. Un courrier vient de lui apprendre que les troupes de la République occupent le château Saint-Ange et le Capitole. »

Le message n'annonçait pas les mesures ultérieurement ordonnées par le Directoire ; mais ses intentions n'étaient pas ignorées. On ne doutait ni de l'expulsion du Pape ni de la proclamation de la république romaine. C'était un motif de plus pour exciter les transports du conseil des Cinq-Cents tel qu'il était maintenant composé. Les cris de « vive la République! » retentirent de toutes parts , et l'impression à six exemplaires pour chaque représentant fut ordonnée.

Encore que les sentiments religieux et la foi chrétienne ne fussent pas à cette époque tels qu'ils se sont montrés depuis , l'impiété des révolutionnaires, l'intolérance des théophilanthropes et des philosophes n'étaient nullement conformes à la disposition générale

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