‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 43 sur 174 · mai 4798. ^ 24 mars. — 9 avril · texte numérisé non relu

mai 4798. ^ 24 mars. — 9 avril

Tépoque du 18 fructidor, sinon pour la République, du moins pour les gouvernants. C'était surtout par des proclamalions, des articles de journaux, ou des discours prononcés par ses amis à la tribune des Conseils, que le gouvernement essayait de capter les suffrages pour ses partisans. L'influence de La Réveillère- Lépeaux était aperçue dans cetle série de déclamations qui se succédaient presque chaque jour. Les fêtes publiques, ce moyen sur lequel les littérateurs révolutionnaires ne cessaient pas de compter, étaient aussi employées pour donner occasion à des allocutions adressées au peuple.

A tant de phrases, le public restait froid et indifférent. Le Directoire n était point placé de manière à agir sur Topinion; il ne pouvait émouvoir aucune des fibres sensibles. Comment 1 aurait-on écouté, lorsqu'il parlait de liberté , de constitution , de morale ? — Il n'avait rien de commun avec la gloire nationale; c'était aux chefs des armées , surtout à celui qui s'éloignait mécontent et presque hostile, qu'elle donnait du lustre et de la grandeur. — Les diatribes alternatives contre le royalisme ou l'anarchie étaient usées. — Les accusations portées contre les conspirateurs de fructidor nuisaient aux accusateurs plus qu'à leurs victimes. Vainement un long factum rempli d'exagérations , de suppositions et de mensonges , fut porté à la tribune des Cinq-Cents par Bailleul ; il raviva les sentiments d'estime et de pitié que tous les honnêtes gens avaient pour les déportés.

La péroraison d'une des proclamations donne l'idée de la position qu'avait alors le Directoire. Son titre à obtenir la confiance de la nation aurait été de n'appartenir à aucun parti ; d'être plus fort qu'eux, non point

en frappant tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, mais en leur imposant crainte et respect, au nom des lois, dans Fintérêt de l'ordre public , avec le concours de l'opinion générale.

Mais il était mal venu à tenir ce langage, et il n'avait pas le droit de dire : — « Ni violence ! ni faiblesse ! ni terreur! ni réaction! ni royauté! ni dictature! car vous n'en voulez point. 0 peuple souverain, vous voulez inflexiblement la Constitution de 1795, la liberté, la République ! voilà ce que vos choix doivent vous garantir.... C'est votre propre cause que le Directoire plaide devant votre raison et votre expérience ; il vous demande de généreux auxiliaires qui sachent discerner les moyens de vous rendre heureux. Citoyens, ce n'est pas ainsi que vous parleraient l'insolente démagogie ou un roi tyrannique. Né de la Constitution, le Directoire aime à vous parler son langage; il reconnaît et il honore la souveraineté du peuple dont il est émané ; c'est en votre nom qu'il vous conjure d'achever votre ouvrage. »

Ces paroles étaient évidemment destinées à rassurer les citoyens tranquilles et amis de l'ordre, à les rallier au gouvernement, en leur promettant de ne plus prendre les anarchistes pour auxiliaires, de les repousser et de les réprimer. Pour agir en ce sens , le Directoire fit fermer un certain nombre de clubs et même le cercle constitutionnel de Paris , qui avait dégénéré en une réunion jacobine. Afin de témoigner de son aversion du régime de la Terreur et se montrer vrai thermidorien, il fit insérer dans les journaux , que le citoyen Méda , qui le 9 thermidor avait arrêté Robespierre, venait de recevoir de l'avancement.

Tous ces efforts furent impuissants pour ranimer les

esprits; les hommes éclairés ou intéressés à Tordre public n'avaient aucun motif pour s'inquiéter de cette lutte électorale entre deux partis qui , l'un comme Tautre, ne présentaient aucune garantie de l'établissement d'un gouvernement juste, raisonnable et modéré. Le scrutin des assemblées primaires ne pouvait pas être une manifestation de la véritable opinion publique. Les révolutionnaires rangés sous l'obéissance du Directoire, et les révolutionnaires jaloux et mécontents, luttèrent d'intrigue pour composer les listes d'électeurs conformément à leurs opinions.

Dans le système des élections à deux degrés, les votants du premier degré appartiennent en trèsgrande majorité à une classe sans lumières et qui ne s'occupe pas des affaires publiques. Les charger de choisir une liste nombreuse , c'est les livrer aux influences des cabales; leurs suffrages sont déterminés par Tactivité des intrigants ou les menaces des autorités locales. Malgré les exhortations qui leur avaient été adressés la veille, à l'occasion de la fête solennelle célébrée en l'honneur de la souveraineté du peuple , les citoyens de Paris montrèrent peu d'empressement à se rendre aux assemblées primaires. On lisait dans les journaux du 23 mars :

— a II y a beaucoup de personnes qui aiment mieux se donner le triste et inutile plaisir de déclamer d'avance contre les choix qu'ils prévoient, que d'aller concourir par leur présence et par leurs suCTrages à en assurer la bonté et la sagesse. »

A Paris, comme dans les départements, le parti directorial n'eut point à se féliciter du choix des électeurs. On vit reparaître les noms les plus odieux et les plus flétris des mauvais jours de la Révolution.

Les journaux républicains^ mais modérés, disaient qu*une grande influence avait été exercée sur les élections par les chefs d'un parti démagogique qui voulait la république à la manière de Marat et de Robespierre.

Le Directoire partageait cette inquiétude; une cir* culaire fut adressée à tous les électeurs. Ce n'était plus le langage paternel et le ton sentimental des proclamations destinées aux assemblées primaires. Les conseils étaient donnés avec plus de fermeté, et même avec une sorte de menace. Il y était question des dangers du royalisme, mais évidemment la lettre était dirigée « contre les hommes qui voulaient tout soumettre à un nivellement universel et absolu, dont , au surplus, ils avaient grand soin de s'excepter. »

En prémunissant les électeurs contre l'intrigue, le Directoire avouait hautement Finfluence que devaient exercer les magistrats. — « Us doivent vous désigner ouvertement ceux qu'ils croient propres à fixer parmi vous la liberté et le bonheur, et ceux qui pourraient les en bannir. »

— « La juste crainte des détestables élections de Tan IV et de l'an v ne doit pas vous jeter dans un excès opposé, et non moins funeste. Ce qui a le plus nui à la consolidation de la Révolution, c'est que nous n'avons pas su jusqu'ici nous maintenir dans une juste mesure.... Soyez scrupuleusement attentifs à déjouer la funeste ambition des fauteurs de l'exécrable régime de 93^ qui ne connaissent de république que celle qui s'environne de victimes et de bourreaux; pour qui tout ordre social est une servitude; qui, dénués de la force morale attachée à l'estime et à la confiance publique, ne veulent que trouble et confusion ; qui cachent leur

nullité sous les dehors populaires; qui eu imposent à la multitude par des déclamations délirantes. »

Après les avoir longuement entretenus de la nécessité d'éviter le double écueil du royalisme et de l'anarchie , le président du Directoire , qui était à ce moment M. Merlin, indiquait, sans trop de déguisement, que, sile 18 fructidor avait été exécuté contre les uns, on se déciderait, quand la circonstance Texigerait, à agir de la même sorte contre les autres.

— « Quel que soit leur nombre et leur audace , ils ne réussiront pas à renverser la Constitution : l'énergie constante des législateurs fidèles , celle du Directoire, dont les intentions sont aussi inébranlables que pures, préserveraient encore une fois la République. Mais, dans ce cas même , le mal qu'occasionneraient de pareils choix n'en serait pas moins réel : trop d'ébranlements successifs dans l'ordre politique finissent par épuiser la confiance, par mettre la force à la place de la loi , par exaspérer les haines et réveiller toutes les passions, au lieu de les calmer pour les fondre dans l'ordre constitutionnel. »

Merlin résumait ainsi toute l'histoire du gouvernement directorial; ses craintes étaient une prédiction.

Huit jours après, les alarmes du Directoire étaient augmentées, et, dans une proclamation, il en vint à des menaces plus explicites. — ic Une vaste conspiration, savamment ourdie, avait influé sur une grande partie des choix de l'an v,... L'énergie des législateurs, fidèles à leur mission, a foudroyé les conspirateurs.... Toujours constant dans le projet de renverser la République, l'étranger, changeant de masque, a tramé une conspiration d'un autre genre : son but est d'introduire dans le Corps législatif des hommes univer-

LES ÉLECTIONS DE 1798. 'l6l)

sellement exécrés^ dont le nom seul effraye les citoyens paisibles et les patriotes les plus prononcés. Des personnages honteusement fameux dans les annales révolutionnaires figurent déjà sur les listes d'électeurs; leurs projets , qu'ils ne dissimulent pas, frappent les citoyens d'une terreur telle, qu'ils pensent à réaliser leur fortune et à quitter le pays. — Citoyens, rassurezvous; si le Corps législatif a su, le 18 fructidor, chasser de son sein les traîtres qui y siégeaient , il saura bien écarter ceux qu'on veut y faire entrer. »

Il était impossible au Directoire d'obtenir par les voies légales et régulières le succès dans les élections. Il avait écrasé et il continuait à persécuter sans relâche le parti modéré, contre lequel il avait fait le 1 8 fructidor; il pouvait en espérer une apathique résignation , mais aucun secours. Il avait distribué tous les emplois aux Jacobins et les avait lâchement courtisés ; ainsi il ne pouvait compter sur la coopération active et sincère des magistrats. Il avait laissé se rouvrir les clubs, il avait déchaîné les journaux anarchistes. L'esprit militaire, qui avait acquis une grande importance, lui était contraire ; car, tout en adressant des déclamations louangeuses à l'armée , il se méfiait des généraux , ne payait pas la solde et protégeait les friponneries des fournisseurs. Les amis qu'il avait dans le Corps législatif, et qui se trouvaient encore en majorité, étaient des complices , et participaient à la haine et au mépris publics. On les accusait à juste titre de vouloir, eux aussi, se perpétuer dans leur pouvoir. Ainsi, bien que les élections ne fussent pas réelle- * ment libres, elles n'appartenaient pas au Directoire. Il le prévoyait et avait résolu d'employer un expédient auquel il avait déjà songé pour les élections de 1797 ;

mais une loi sur la vérification des pouvoirs y avait mis empêchement. Les meneurs des cabales électorales, qui travaillaient pour la réélection des amis du Directoire, reçurent une instruction : ils devaient, lorsque la majorité serait contraire ou douteuse , prendre un prétexte quelconque, déclarer que l'élection n'était pas libre, se retirer dans un autre lieu et y procéder à un scrutin. De cette sorte, deux élections et deux procès-verbaux seraient envoyés au Corps législatif, et comme, depuis le changement de la loi, les pouvoirs étaient vérifiés avant l'admission provisoire des élus, et avant la sortie des représentants dont les pouvoirs étaient expirés , ce serait l'élection conforme à la volonté du Directoire qui serait déclarée valable.

Ce fut ce qu'on appelait le système des scissions. Il fut pratiqué même à Paris , sous les yeux du gouvernement. La majorité resta dans l'église de l'Oratoire, la minorité se transporta au Louvre , dans la salle alors affectée aux séances de l'Institut. Il ne sembla point au public indifférent qu'il y eût un dissentiment assez considérable pour motiver une si singulière démarche. L'Oratoire ne fit aucun choix scandaleux : Gohier, Cambacérès, Berlier, n'étaient pas des anarchistes; Lamarque et surtout Robert Lindet tenaient de plus près au parti jacobin; Tissot et le général Moulin n'acceptèrent pas. De leur côté, les scissionnaires de l'Institut nommèrent des républicains reconnus : Chénier, Andrieux, Cabanis, Chazal; BerUer fut aussi sur cette liste. Ducis refusa, ainsi que le général Menou,

Le conseil des Cinq-Cents laissa d'abord apercevoir quelque embarras, en recevant les doubles procès-verbaux , qui constataient les scissions et les doubles élections. On commença par vérifier les pouvoirs des re-

présentants élus dans les départements où l'assemblée électorale ne s était point divisée, et Ton renvoya à une commission , non point la grave et générale question des scissions, mais les faits particuliers qui avaient pu les motiver dans tel ou tel département.

Le Directoire intervint d'abord , mais sans traiter de la légalité des scissions, sans examiner si, en principe, il pouvait en résulter autre chose que la nullité des opérations du corps électoral ainsi divisé. Un message du 26 avril transmit aux Cinq-Cents des renseignements sur la tenue des séances de rassemblée électorale du

département de la Seine. Le conseil était invité à « porter toute son attention sur les irrégularités innombrables, sur les manœuvres audacieuses, les violations manifestes de la Constitution et des lois, dans lesquelles, disait-il, on ne pouvait méconnaître l'influence des étrangers. » — Puis il ajoutait :. — « Les mêmes manœuvres se sont multipliées sur d'autres points de la République. Le Directoire vous fera passer successivement les renseignements qu'il recevra. »

Parmi les pièces relatives au département de la Seine se trouvait un pamphlet imprimé , signé du nom d'un des élus de Tlnstitut : c'était le manifeste des scissionnaires , écrit dans le style le plus passionnément déclamatoire.

— w Une scission courageuse a sauvé le département de la Seine de la crainte de voir se rouvrir les fosses du terrorisme. Les amis des lois et du gouvernement, tous ceux qui ont quelque chose à garder, quelque patrimoine d'honneur, de conscience, d'instruction, d'industrie, de fortune, s'embrassent et se resserrent dans l'universelle espérance. Les méchants ne se groupent plus; l'heure de l'intrigue est passée;

ces pelotons de citoyens qu'elle avait égarés, et dont elle avait fait Técho de ses vociférations liberticides, se sont dispersés d'eux-mêmes, sentant que le pain qu'ils doivent fournir à leurs familles est meilleur et plus sûr que celui que leur promettaient des machinateurs soudoyants et soudoyés. »

Aucun fait de nullité, de contrainte, de violation des règlements n'était allégué; mais les invectives les plus injurieuses étaient prodiguées aux électeurs qui s'étaient concertés pour donner la majorité à leurs candidats. — « L'anarchie jugea qu'elle ne pouvait désorganiser qu'en s'organisant; les sectaires avaient l'avantage immense de se connaître tous; la plupart s'étaient vus jadis sur la même ligne , aux bords du fleuve de sang, dans les comités révolutionnaires; la plupart avaient bu ensemble la honte, le mépris, l'exécration publique; la plupart, retombés dans la détresse qui suit l'inconduite et le crime, avaient eu leur place assignée dans le système du bonheur commun de Babeuf. Ils se choisirent un coin dans la salle de réunion. ))

Des griefs plus apparents étaient allégués : — w un grand nombre de gens qui n'étaient point électeurs s'étaient introduits dans la salle, amenés par la cabale, et troublaient le calme des séances. »

La première opération avait été la vériGcation des pouvoirs de chaque électeur. Les discussions avaient été vives et prolongées; les partis s'étaient prononcés avec force. La majorité avait abusé de sa puissance: elle avait annulé des élections évidemment régulières pour expulser d'honorables citoyens. Sur ce point, le pamphlet disait l'exacte vérité ; cette vérification ' pouvoirs avait été un scandale, d'autant plus

que la majorité avait admis Ântonelle , le complice de Babeuf, traduit comme lui devant la haute cour, et qui n'était pas inscrit sur le registre civique de larrondissement de Paris , où il avait été choisi pour électeur. Sa cause pouvait être douteuse; mais elle fut défendue par Dommanget, avocat compromis au 13 vendémiaire, condamné par contumace , et qui avait la réputation de réactionnaire et de royaliste.

Ce dernier trait avait décidé la retraite des scissionnaires. — « A l'aspect de cette transaction Ijberticide , les amis de la Constitution sont sortis pour ne plus rentrer dans le repaire de ses détracteurs. Cette vertueuse colonne d'honorables citoyens a protesté contre les nullités du crime. »

La protestation des électeurs scissionnaires insistait spécialement sur « le mutuel secours que se prêtaient le royalisme et l'anarchie. » Ce fut le thème adopté par le Directoire et ses amis. Encore que l'esprit public fût réduit au silence et que la presse n'eût point de liberté, cette querelle entre Jacobins, les injures qu'ils s'adressaient mutuellement, les souvenirs qu'ils se renvoyaient les uns aux autres , la prétention de sauver la Constitution et de se présenter comme défenseurs des lois et de la justice , réveillèrent pour un instant l'opinion; elle n'était ni irritée, ni indignée, tant elle était soumise et dénuée d'espérance ; mais elle devenait de plus en plus méprisante et désintéressée de tout ce qui se passait dans la sphère du gouvernement. — « Les scissionnaires, disait-on, établissent en principe que leur séparation est une victoire remportée par les ami« de la Constitution sur les apôtres de l'anarchie et du royalisme; ils les regardent comme des soldats de la même armée combattant sous des bannières difTéren-

tes. Ils peignent la démagogie comme un royalisme travesti; ils regardent Robespierre comme un allié de Louis XVil. »

Il s'agissait de faire un nouveau 1 8 fructidor, sous une autre forme ; cette fois , le Corps législatif de Tan VI était disposé à voter Texclusion des représentants élus^ sans être précédemment décimé par la puissance des baïonnettes. La majorité était assurée aux volontés du Directoire : les votants avaient le même intérêt que les gouvernants.

Lamarque engagea la discussion; il avait été réélu par rassemblée électorale de la Dordogne. Mais une dénonciation imprimée demandait que Télection fût annulée comme entachée d'intrigues et de manœuvres illicites.

— « On provoque, disait-il , un 1 8 fructidor en sens opposé; on veut ainsi satisfaire la haine, la vengeance et la fureur des rois. » — Ceux qui trouvent que les dangers de la patrie sont assez grands pour que le Corps législatif soit autorisé à prendre de grandes mesures et à frapper de nullité la plupart des élections ne produisent pas les mêmes arguments. Les plus modérés disent « que les choix faits par les scissions sont dictés par un meilleur esprit; qu'il faut donc les préférer.

« D'autres , s'autorisant d'une faculté constitutionnellement accordée à la chambre des représentants en Amérique, proposent d'admettre ou de refuser les élus d'après leur moralité.

a Les plus hardis prétendent qu'il faut, par une mesure extraordinaire, forte et décisive, renouveler, ou , comme ils le disent, continuer le 18 fructidor. Cette

dernière opinion est accueillie avec enthousiasme par les contre- révolutionnaires, qui ont détesté et exécré le véritable 18 fructidor.

« Or, voici comme on raisonne : les élections de Tan V ont été le résultat d'une conspiration royaliste pour le renversement de la République et le rétablissement de la royauté. — Les élections de l'an vi ont été le fruit d'une conspiration en sens contraire, et amènent dans le Corps législatif des partisans de la démagogie , de Tanàrchie et de la Terreur.

M Éclairés par l'expérience, raisonnons avec calme, et nous reconnaîtrons la différence des situations et des circonstances. »

Alors l'orateur posait comme parfaitement démontrée la conspiration royaliste de l'an v et la nécessité du 18 fructidor pour arrêter une contre-révolution flagrante, qui mettait en danger l'autorité et même la vie des Directeurs.

Mais il ne convenait pas à Lamarque de donner le nom de conspiration aux cabales, aux manœuvres, aux tumultes d'un parti qui venait de le faire élire par trois départements, parti auquel il appartenait par condescendance plus que par passion démocratique, et dont les excès le trouvaient toujours indulgent.

Au total son argumentation se résumait à dire que ce qui avait été permis et juste contre ses adversaires politiques n'était ni légal ni utile contre ses amis; d'autant, disait-il, que les anarchistes et les ennemis de la société ne seraient sûrement pas en majorité dans le Corps législatif.

Quant aux conséquences prévues par Lamarque, elles pouvaient être regardées comme certaines. Il devenait évident que chaque année le Corps législatif,

d'accord avec le Directoire, aurait un triage à faire dans les élections : — « On ne demandera point , comme quelques pamphlétaires, que les élections soient suspendues, mais on repoussera des conseils législatifs les orateurs indépendants; on exclura les hommes de talent; on imputera à chacun les actes de sa vie passée; tel sera réprouvé comme ayant concouru à la constitution de 1793; tel autre comme ayant participé à la constitution de 1791. » — Puis Lamarqne rappelait le souvenir, qui avait tant de part à ses craintes, qui était le principal mobile de ses opinions. — « On présentera comme immoraux et sanguinaires ceux qui ont osé juger un tyran et qui ont été les premiers fondateurs de la République. »

En même temps, avec un grand oubli du passé, l'orateur disait : — « On proférera les grands mots de sûreté générale, de salut public : alors la liberté n'aura plus de base et la République périra. » — Lamarque ne pensait pas que c'étaient lui et ses amis qui avaient tué la liberté avec ces mômes grands mots; lui-même les employait encore pour justifier le 18 fructidor. Son discours n'avait rien d'hostile contre le Directoire : il était inspiré par un désir sincère de conserver le gouvernement républicain et par la crainte très-fondée qu'il éprouvait en le voyant marcher à sa ruine par une violation annuelle et périodique de la liberté électorale.

Mais la majorité avait une crainte encore plus vive de voir la République livrée aux anarchistes. Peut-être était elle aussi inspirée par le désir de se perpétuer dans l'exercice du pouvoir. Ijimarque fut donc écouté avec défaveur; Hardj, représentant de Rouen, lui répondit avec vivacité. Il disait : — (de

discours que vous venez d'entendre tend à vous faire décider que les agents de Robespierre et de Marat , que les suppôts de Babeuf seront admis au Corps législatif, pourvu qu'ils aient donné à leur élection les apparences de la légalité. Je suis d'une opinion contraire. Je suis persuadé que le salut commun exige qu'il n'entre pas ici un seul homme connu par ses crimes, quelle que soit son élection. Vous avez le droite de les exclure : la Constitution vous en impose le devoir. Le premier qu'elle vous prescrit est de veiller à sa conservation. »

A l'appui de son opinion il cita, en le traduisant à faux , un article de la constitution des États-Unis dont vraisemblablement il n'avait pas compris le vrai sens, non plus que ceux qui lui crièrent qu'il ne s'agissait pas de la constitution américaine. Il n'en continua pas moins à dire : — w C'est à cette disposition salutaire que l'Amérique doit sa liberté et son bonheur. » — Il trouva même un texte de la Constitution de 1795 qu'il interpréta avec tout autant d'inexactitude. — « Les citoyens doivent se rappeler sans cesse que c'est de la bonté de leur choix dans les assemblées primaires et électorales que dépendent la stabilité du Gouvernement, le maintien de la Constitution et le bonheur public. »

— « Croyez-vous , disait l'orateur , que cet article n'ait été écrit que pour le mécanisme et le matériel des élections? Non. Il concerne bien plutôt la moralité des élus ; cet article ne permet pas d'admettre dans cette enceinte un scélérat connu pour tel. »

Raisonnant ainsi, il jugeait le discours de Lamarque anarchique , dangereux, et en contradiction avec la loi récemment rendue, qui réglait que les pouvoirs des III. 12

représentants nouvellement élus, seraient vérifiés paj le Corps législatif, avant qu'ils y fussent entrés. Il demandait que rimpression du discours de Lamarque fût refusée, ce qui fut voté à la presque unanimité.

Un des zélateurs les plus passionnés du coup d'État de fructidor, Bailleul, pour préparer les esprits à le voir renouveler, développa le seul argument qui pût avoir quelque valeur, non pas au point de vue de la légalité, mais comme une incontestable conséquence des doctrines révolutionnaires. Selon lui, il s'agissait seulement de prouver que des intrigues royalistes ou anarchistes avaient influé sur les élections. S'il en était ainsi, s'il y avait eu conspiration, comme en Tan v, il fallait procéder de la même manière. En conséquence, Bailleul proposait que le Directoire rendît compte au Conseil des diverses circonstances qui , dans toute Tétendue de la République, avaient accompagné les élections, et notamment des entreprises des anarchistes.

Un message du Directoire fut apporté le 2 mai. C'était une longue énumération de toutes les élections qui , depuis 1 789, avaient été l'occasion de criminels projets, d'efforts coupables, tentés par les ennemis de la liberté et de la République , encouragés par la facilité d'agiter et de maîtriser, dans les assemblées populaires, une multitude peu éclairée et docile aux impulsions qu'elle reçoit des passions ou de l'intrigue.

-~ « La marche de nos ennemis a toujours été la même ; constants dans leurs projets, variant seulement dans les moyens, suivez-les dans leurs détours tortueux, dirigés soit par Dumas etVaublanc, par Robespierre et Saint-Just, par Marbois et Dumolard, par Pichegru et Willot ; toujours vous les verrez s'appuyer sur les assemblées primaires et électorales. i>

ArrivaDt ainsi au moment présent, le Directoire disait : — w Rien n'est plus invinciblement démontré , plus matériellement prouvé, que cette vaste conspiration. Vos alarmes patriotiques vous l'avaient dé- Toilée : vous avez voulu avoir des renseignements positifs.

a Mais en vous retraçant les détails de cette conspiration anarchique, le Directoire manquerait à ses devoirs s'il ne déterminait pas d'une manière précise le sens qu'il attache à ce mot fatal, dont les royalistes ont indignement abusé :

«c Nous ne confondons pas sous cette dénomination , les républicains dont Tàme brûlante exprime avec ardeur Tamour de la liberté ; qui sagement circonscrits dans le cercle de la Constitution de Tan m, savent s'y mouvoir dans une attitude libérale et généreuse, et portent avec fierté le joug honorable et doux des lois républicaines. Par anarchistes, nous entendons ces hommes couverts de crimes, entachés de sang, engraissés de rapines, ennemis-nés de tous les gouvernements ; prêchant la liberté, en pratiquant le despotisme; parlant de fraternité, en égorgeant leurs frères; se targuant de désintéressement, en partageant les dépouilles ; adulateurs serviles du dominateur adroit qui les subjugue : en un mot, capables de tous les excès, de toutes les bassesses, de tous les crimes.

<c Parmi ces hommes, un certain nombre cède, sans le savoir, à l'impulsion du royalisme. Leurs principaux cbeFs sont d'intelligence avec l'étranger et l'émigration; du moins, il est impossible d'en juger autrement, lorsqu'on réfléchit que les deux routes convergent vers le même but. En effet, que demandent l'Angleterre et l'émigré de Blankenbourg, sinon le dé-

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chirement des factions, Tépuisement de nos finances, le discrédit des propriétés nationales, l'interruption du commerce? Gomment ne pas croire que Babeuf, lorsqu'il formait le projet d'exterminer le Directoire, le Corps législatif et les ministres^ avait reçu cette mission de l'individu auquel devrait profiter cette extermination ?

(c Le royalisme, vaincu au 18 fructidor, a quitté sa livrée. Le bonnet rouge a remplacé la cocarde blanche. Si ce moyen lui réussit, la France, déchirée par les convulsions de l'anarchie, se précipitera dans les bras d'un tyran ; s'il échoue , il espère entraîner dans sa perte, non-seulement des criminels auxiliaires, mais des républicains vertueux, confondus comme au temps de la réaction, avec les suppôts de la licence. »

C'était là ce que le Directoire et ses partisans appelaient des faits. Un tel exposé pouvait complaire à la majorité servile du Corps législatif, mais pour le public, ce n'était qu'un tissu de suppositions absurdes et mensongères, un témoignage des divisions haineuses, qui fractionnaient le parti républicain. La peur des sectaires de Babeuf n'était qu'un prétexte pour repousser de la législature ces républicains indépendants et jaloux , à qui on adressait des parolee flatrteuses; car les élections que le Directoire voulait annuler n'avaient point le caractère anarchiste. A peine quelques noms se rattachaient -ils au souvenir du complot jugé à Vendôme.

Après avoir présenté les Jacobins comme des complices du royalisme, il était nécessaire d'indiquer comment ils avaient influé sur les élections. Ici le Directoire s'accusait , ainsi que ses amis de fructidor, d'avoir noué le ce premier fil de la conspiration. » Elle

consistait entièrement dans Faction des cercles constitutionnels^ qu'ils avaient eux-mêmes suscités contre le parti modéré. — c< Ce premier bienfait, cet acte de condescendance, fut l'occasion saisie par les nouveaux conspirateurs ; ils s'empressèrent de franchir les limites sacrées du pacte social. Les clubs devinrent les laboratoires de tous les crimes. » — C'était réellement grâce à cette organisation rendue aux jacobins, qu'ils avaient préparé les élections et y avaient acquis, en beaucoup de départements, une forte prééminence. — ce Toutes les branches de la démagogie se rattachaient au tronc qui leur donnait la vie et la sève. Paris est le point central où tout vient aboutir; les clubs de la rue du Bac, de Saint-Laurent, de la rue Saint- Antoine, sont le foyer commun. >

Beaucoup de tumultueux désordres, beaucoup de scènes de violence étaient résultés de l'existence trop longtemps tolérée des sociétés jacobines. Le Directoire en avait fermé un certain nombre. Mais, prise à la veille des élections , cette mesure avait été tardive. Il donnait au conseil des Cinq-Cents le détail des faits qui avaient motivé la clôture des clubs de Marseille, de Perpignan, de Vesoul, de Tarbes, de Nevers, de Moulins, de Clamecy, de Périgueux, de Carcassonne, de Nîmes, du département de la Sarthe. On y avait prêché publiquement les doctrines de Babeuf et la vengeance de Robespierre à exercer contre les Thermidoriens.

Puis étaient racontés les désordres des assemblées primaires; brigues, menaces, violences, voies de fait, introduction d'individus qui n'avaient pas le droit de voter, fabrication de bulletins, distribution de vin ou d'argent. — « C'est sous la double influence de l'intri-

gue et de la terreur que les élections ont été faites ; d'anciens membres de comités révolutionnaires, des acolytes de Fouquier-Tinville, des septembriseurs s'étaient emparés de quelques-unes des assemblées primaires de Paris. 11 y en avait une oii Ton avait proposé d arracher le cœur d'un homme qu'on accusait d'être chouan. »

Après ces tristes récits, le Directoire donnait la liste des départements où , d'après les informations qu'il avait recueillies , les élections devaient être annulées comme viciées par la violence, l'intrigue ou la fraude : il convenait qu'en général le choix des députés n'avait pas été aussi mauvais qu'on aurait pu le craindre; mais les administrateurs, les juges, les jurés de la haute cour avaient été pris parmi les hommes autrefois instruments de la Terreur dans les départements.

— w Vous consulterez le salut de l'État dans vos décisions. Vous n'avez point abattu le royalisme pour laisser l'anarchie s'approprier votre victoire ; vous ne transigerez pas plus avec les partisans de Babeuf qu'avec les partisans de ce fantôme de roi qui est allé cacher sa nullité à Mittau. Il est temps que le bras de la loi saisisse et comprime toutes les factions. Si les amis du trône espèrent tirer avantage de l'abattement des amis de la Terreur, qu'ils se détrompent. Le Corps législatif et le Directoire sont là qui veillent; ils sauront découvrir et renverser tous les projets de conspiration. »

Une commission fut nommée pour faire un rapport sur le message du Directoire. Bailleul fut rapporteur. Outre son dévouement au Directoire , il professait une haine passionnée pour le parti modéré contre lequel,

plus que tout autre, il avait appelé la proscription du 18 fructidor. Son rapport fut donc une répétition docile du message , avec plus d'ardeur et d'esprit de parti.

« Votre commission , disait-il , admet comme faits positifs, qu'il a existé deux conspirations : la première royaliste; elle est en permanence depuis la Révolution, le but qu'elle se propose , les moyens qu'elle a employés jusqu'à ce jour, et ses rapports avec l'étranger sont connus. Cette faction est souillée des plus horribles crimes* La seconde conspiration , née de la première, est celle des anarchistes : elle se compose d'hypocrites dégoûtants , d'ignorants et féroces enthousiastes ; ses moyens et son but sont la destruction et la mort. Les royaUstes et ces hommes , qui prétendent au titre d'honnêtes , tout dégouttants du sang des républicains, appellent les anarchistes buveurs de sang. r>

Une discussion assez animée sur les élections de Paris avait précédé le rapport de Bailleul , et il avait été facile de reconnaître que, malgré l'opposition de Boulay et de quelques autres républicains qui n'étaient point des anarchistes, les propositions du Directoire trouvaient beaucoup de faveur. Bailleul répondit à quelques-unes des objections, qui avaient été présentées sans espoir de persuader la majorité.

— ce La rigueur des principes ne remédie à rien; elle alimente et encourage le crime. Les amis de la patrie ne doivent pas admettre une doctrine sévère en apparence, qui conduit au désordre et à la destruction. Mais , dit-on , c'est proclamer que nous sommes toujours en révolution, et les ambitieux pourront dire pendant vingt ans que nous sommes encore en révolu-

tioii : pour leur ôter ce prétexte, il faut, disent-ils, rentrer dans la ligne constitutionnelle. Une mesure de défense proportionnée à la force de l'attaque est-elle donc hors de la ligne constitutionnelle? Si les factions n'existaient plus, les premiers pouvoirs de la République ne pourraient pas nous persuader qu'elles subsistent encore; c'est ce que prouvent la notoriété publique et une multitude de faits. »

Le rapporteur allait jusqu'à établir, comme un principe réel et fondamental, comme une conséquence nécessaire de la Constitution, que tout individu qui s'était déclaré contre la Constitution , soit par un acte pubhc , soit en s'unissant à des hommes dont les projets étaient connus, devait être exclu des fonctions publiques. — « Vous donnerez ainsi un grand exemple de conservation; vous fonderez une tradition qui, exactement observée, sera la plus sûre garantie de la Constitution et de la République. »

De semblables paroles autorisaient la réponse que prononça Ronchon , député de l'Ardèche , un des modérés de l'année précédente , échappé à la déportation et à l'exclusion. — « Vous êtes tous convaincus que ce projet est l'enterrement solennel , je ne dirai pas seulement de la Constitution, mais encore de toute liberté politique. Je ne sais à quel degré de nullité et d'avilissement le Corps législatif tombera aux yeux de l'Europe, si ce projet désastreux n'est pas repoussé avec indignation. Tout persuadé que je suis de l'inutilité de mes efforts , je l'attaquerai ; car je ne veux pas sortir de mes fonctions avec le remords d'avoir creusé la tombe de la représentation nationale; je ne veux pas que le Corps législatif soit enchaîné au char de triomphe du despo-

tisme et devienne Tobjet du mépris et de la risée publics.

« J*engage mes collègues, tous mes collègues à m'écoûter sans prévention; je parle dans l'intérêt de tous, dans l'unique vue de raffermir leur puissance ébranlée et la considération dont ils doivent jouir m

L'orateur trouvait une occasion de parler du 18 fructidor : cela était difficile et touchait une fibre irritable.

— « Au moment où vous ne pensiez qu'à terrasser un parti, vous vous êtes trouvés subjugués par une puissance plus forte que celle que vous veniez d'abattre. Le désir irréfléchi de la domination ou de la vengeance n'est pas le seul mobile qui pousse à Timprévoyance et à la précipitation. La peur aussi , ce honteux sentiment , force souvent à aller trop vite. Il ne m est pas démontré quB la terrible mesure que vous avez prise l'an dernier ait été seulement l'effet de votre courage ; peut-être aviez-vous regardé les objets avec le microscope de votre frayeur; peutêtre, en vous jetant dans les bras d'une faction puissante, avez-vous rompu un équilibre salutaire. La journée du 18 fructidor aurait produit, pour vous, des efTets salutaires, si le 19 vous aviez rendu à la Constitution toute sa force; vous auriez prouvé que vous n'agissiez point par amour de la domination , mais par amour de la liberté ; je vous propose de faire aujourd'hui ce que vous auriez dû faire alors. »

Ronchon appuyait un projet, qui semblait avoir quelque faveur parmi des opposants d'une opinion bien différente de la sienne : il demandait que toutes les élections fussent déclarées nulles, sans choisir entre les scissions et les assemblées légales.

Mais, en parlant du 18 fructidor, dont il se faisait Taccusateur, il ralliait au projet du Directoire les républicains qui craignaient, en votant contre le nouveau coup d'État, de prononcer un blâme contre le précédent.

Lamarque monta à la tribune, et, avec un accent de douleur, il dit : — « La majorité, la commission, le Directoire, sont fortement prononcés pour le coup d'État qui frappe de nullité un grand nombre d'élections et qui suspend les droits du peuple. La résistance serait nuisible, l'adhésion qu'on vous demande amènera probablement le repos; ce repos, dans des temps ordinaires, ressemblerait beaucoup à la servitude; peut-être sera-t-il utile dans les circonstances malheureuses où nous nous trouvons. »

D'autres orateurs parlèrent dans le même sens , soit sur la question générale, soit spécialement en faveur de telle ou telle élection qui les intéressait; c'était pour l'acquit de leur conscience , plus que pour faire une opposition réelle au projet. Toutefois , il était facile de voir que, dans cette assemblée composée au gré du Directoire, allait se former un nouveau parti qui, sans être d'origine anarchiste ni terroriste, se montrerait révolutionnaire plus passionné que les amis du Directoire, plus haineux contre les modérés, plus méfiant contre les suspects de royalisme, plus ennemi de la paix. Ces deux partis, ainsi séparés par une faible nuance, plutôt par ambition et jalousie que par opinion, étaient destinés à être regardés du même oeil par le public; mais cette division devait troubler le pouvoir législatif, affaiblir le pouvoir exécutif.

Le projet de la commission , conforme aux volontés du Directoire, fut adopté sans amendement. Ses dispo-

sillons portaient un caractère vraiment cynique d'illégalité. La loi rendue trois mois auparavant, et qui avait réglé le mode de vérification des pouvoirs, en abrogeant la loi de Tannée précédente comme l'avaient souhaité les amis du Directoire, ne parut pas suffisante; on l'abrogea y et, comme le Corps législatif, en s'y conformant, avait déjà prononcé sur la validité d'un certain nombre d'élections , ces décisions furent annulées. Procédant ainsi en complet arbitraire, la commission avait proposé l'approbation des choix faits dans quatorze départements par des assemblées scissionnaires, c'està-dire par la minorité ; l'annulation des opérations de l'une et de l'autre assemblée dans sept départements, et, ce qui était plus surprenant, Texclusion de trentequatre députés élus par des assemblées dont les opérations étaient, du reste, déclarées valables.

La préférence accordée aux scissions et les exclusions repoussaient un certain nombre de convention^ nels montagnards ou terroristes , dont le plus notable était Barère, mais éloignaient aussi quelques modérés.

Cette nouvelle loi , votée par le conseil des Auciens le 22 floréal^ fut notée par l'opinion universelle comme une violation de la Constitution et une répétition du 1 8 fructidor : ce qu'elle était en effet.

Il devait être aussi procédé au renouvellement annuel d'un des membres du Directoire. Le tirage au sort ne pouvait porter que sur quatre directeurs, puisque Merlin avait été nommé, en remplacement de Barthélémy, pour cinq années. Barras, Rewbell, La Réveillère et François de Neufchàteau procédèrent à ce tirage en séance non publique. On ne doutait point que le sort tombât sur le dernier; il était de notoriété que c'était

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