TREILHARD ÉLU DIRECTEUR
cliose convenue, au moment où il avait été nommé. Le conseil des Cinq-Cents avait à présenter dix candidats pour le remplacement de François de Neufchâteau. Sans attendre Tinstallaiion des membres nouvellement élus, et quoiqu'il eût été décidé Tannée précédente que cette liste devait être formée par le Conseil après l'admission du tiers appelé par les élections , on procéda au scrutin.
Le nom du directeur qui allait être choisi était connu d'avance : Treilhard, un des coopérateurs les plus actifs du 18 fructidor, eût été nommé aussitôt après cette journée, si une disposition formelle de la Constitution n'avait pas prescrit qu'aucun représentant du peuple ne pourrait être élu membre du Directoire qu'un an après sa sortie du Corps législatif. M. Treilhard ne remplissait pas alors cette condition; mais, en donnant une interprétation subtile à l'article constitutionnel , on pouvait prétendre qu'il était éligible.
Un premier scrutin donna la majorité à Treilhard, Monge, Garât et Brune. 11 fallut encore deux scrutins pour compléter cette liste. Déjà on pouvait apercevoir la division, qui ne tarderait pas à être manifeste ; on vit se produire des noms, qui n'appartenaient point à la faction directoriale, et qui émanaient de révolutionnaires plus ardents et plus jacobins : Gohier, Moulin et Genissieux étaient de ce nombre.
Au conseil des Anciens, Treilhard obtint une trèsgrande majorité ; mais, dans l'un et l'autre Conseil, le nombre des votants fut tout au plus du tiers des membres de chaque assemblée.
Cette nomination affermissait le Directoire dans la
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ligne de conduite qu'il suivait depuis le 18 fructidor. Treilhardy jurisconsulte très-distingué, n'était pas plus que Merlin, qui avait le même genre de mérite, un homme de gouvernement; ils étaient les dignes collègues de Rewbell et de La Réveillère ; ils allaient droit devant eux dans la voie révolutionnaire. Leur politique intérieure consistait à écraser, persécuter, surveiller, exclure tout ce qui leur avait inspiré la haine, tout ce qui alarmait leur méfiance soupçonneuse, tout ce qui inquiétait leur domination , sans autre prudence que de garder plus de ménagements pour les terroristes que pour les modérés. Les vrais intérêts du pays, Tordre dans Tadministration , le maniement des finances, la bonne foi dans les transactions, la justice dans les tribunaux, la probité dans les agents, tout était sacrifié au maintien de la tyrannie républicaine, qu'ils appelaient la liberté.
Quant à la politique extérieure, elle était plus aveugle encore. Les avocats, comme les appelait le général Bonaparte, n'avaient qu'un seul point de vue : un gouvernement révolutionnaire était incompatible avec l'Europe monarchique ou aristocratique ; toute paix était impossible ; il fallait donc détrôner les rois, révolutionner les républiques, établir partout des directoires exécutifs, mettre à dure rançon les pays conquis; en un mot, la France ne pouvait attendre de ce gouvernement que la guerre perpétuelle.
Telle était la situation au moment où le général Bonaparte mettait à la voile le 19 mai. Les élections, les mesures que le Directoire avait prises, les décrets qu'il avait concertés avec la majorité du Corps législatif, cette nouvelle violation de la loi constitutionnelle^
s'étaient passés sous ses yeux, et il y avait paru entièrement indifférent. Ayant reconnu que son moment n'était pas venu, tous ses soins s'étaient portés aux préparatifs de l'expédition; ses pensées avaient pris un autre cours. Songeant aux chances de son immense entreprise, il laissait le Directoire se perdre, et peutêtre perdre la France.
a Le Directoire , a-t-il écrit en peignant l'état des affaires au moment de son départ, en était encore à détester les rois; son gouvernement n'était point populaire en France; il était en horreur à tous les souverains de l'Europe. Cette passion révolutionnaire de la Convention, cette haine des trônes, les tenaient tous en échec et en haleine. L'Autriche ne désarma point , elle se reprochait d'avoir signé la paix ; l'Angleterre allait mettre à profit tant de causes de mécontentement pour former une nouvelle coalition. »
Le blâme que le général Bonaparte adressait au Directoire pouvait être en partie reporté sur lui-même. Sacrifiant toujours toutes choses aux moyens de succès qu'il réunissait pour l'exécution du projet mis en exécution , il avait eu besoin des trésors de Berne et de Rome, non-seulement pour payer les préparatifs , mais pour emporter une masse de numéraire. Ainsi il avait conseillé ou encouragé l'invasion de la Suisse et de TÉtat romain ; ainsi lui-même avait rendu impossible le maintien de la paix.
Cette paix, le Directoire ne l'avait pas voulue; elle avait été signée malgré lui; s'il l'avait ratifiée, c'était à contrecœur, et sa politique n'avait pas cessé de tendre à perpétuer la guerre.
La rupture soudaine de la conférence de Lille et l'ordre signifié, aussitôt après le 18 fructidor, à lord
Malmesbury de sortir du territoire de la République avaient témoigné ayee évidence quelle serait la politique du Directoire. Néanmoins, M. Pitt et lord Grenville, sans avoir aucun espoir de renouer une négociation, avaient voulu manifester aux yeux de TEurope et de la nation anglaise que tous les torts de la rupture étaient au compte du Directoire.
Le cabinet anglais passa , le 23 septembre 1797, une note par laquelle il demandait « si le gouvernement français entendait que la restitution de toutes les conquêtes fût fixée pour préliminaire, sans aucune stipulation réciproque. Les plénipotentiaires français restés à Lille après le départ de lord Malmesbury répondirent par une note où cette question n'était aucunement traitée. Ils protestaient de la Tolonté sincère que le Directoire avait de conclure la paix ; son intention était constatée par Tordre donné aux plénipotentiaires français de rester à Lille jusqu'au moment où l'absence prolongée du négociateur ne laisserait plus de doute sur l'intention qu^ayait Sa Majesté Britannique de rompre toute négociation. Jusqu'au 16 octobre les plénipotentiaires attendraient le retour du ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique.
La réplique de lord Malmesbury fut datée de Londres; en affirmant que la négociation était rompue par le fait du Directoire , il remarquait combien avaient été peu convenables les procédés qu'on avait eus à son égard. — « Le roi ne pourra plus désormais traiter, ea pays ennemi ^ sans avoir la certitude de voir respecter^ dans la personne de son plénipotentiaire , les usages établis parmi toutes les nations civilisées à Tégard des ministres publics et principalement de ceux
qui étaient chargés de travailler au rétablissement de la paix. »
• Cette rupture des négociations fut annoncée aux puissances de TEurope, par une déclaration où toutes les circonstances étaient rapportées , ainsi que les prétentions inadmissibles du gouvernement français. Des explications furent données en ce sens au Parlement et toutes les pièces lui furent communiquées.
C'était peu de jours après cette rupture de la conférence de Lille, que le général Bonaparte avait signé le traité de Campo-Formio^ Le Directoire, aussitôt qu'il en eut connaissance, adressa une proclamation au peuple français , pour annoncer cette heureuse nouvelle et louverture prochaine d'un congrès pour régler la paix avec l'Empire.
<c La paix du continent sera bientôt assise sur des bases inébranlables, disait le Directoire; il ne vous reste plus qu'à punir de sa perfidie le cabinet de Londres, qui aveugle encore des cours au point d'en faire les esclaves de sa tyrannie maritime; c'est à Londres que se fabriquent les malheurs de l'Europe , c'est là qu'il faut les terminer. »
Après avoir promis à la France une paix assise sur des bases inébranlables, le Directoire réclamait encore la valeur des soldats et les sacrifices des citoyens. — (c Gardez-vous de déposer les armes ; gardez-vous d'écouter les perfides suggestions de ceux qui voudraient arrêter l'eCTet de vos triomphes. Oui , sans doute, le Directoire vient de signer une paix glorieuse; mais, pour jouir de ses douceurs , il faut achever votre ou-