CONGRÈS DE RA8TÀDT
haut point d'exaltation, car il choisit pour agent un des hommes les plus odieux et les plus flétris par les souvenirs de la Terreur, Léonard Bourdon. Il parvint d'abord à y former une sorte de société qui s'appelait philanthropique, composée en grande partie de Français et d'Irlandais réfugiés. De là partait une propagande active destinée à agiter F Allemagne. Malgré les inquiétudes du sénat de Hambourg , cette association fut d'abord tolérée : alors le Directoire ordonna à M. Reinhardt, son ministre auprès des trois villes anséatiques, de demander un emprunt de douze millions. L'alarme fut grande, et le sénat hésitait à répondre par un refus formel. Brème était aussi très-effrayée ; se brouiller avec la France était une détermination périlleuse. Lubeck, située loin des armées françaises, montra plus de fermeté et refusa.
Le Directoire, lorsqu'il vit combien ses exigences et la conduite de son agent jacobin avaient répandu l'effroi dans la population et porté la perturbation dans le commerce , rappela Léonard Bourdon ; il ne fut plus question des douze millions. Seulement, la plupart des émigrés français furent avertis de s'éloigner.
Mais cette conduite envers les petites puissances commerciales et maritimes, encore qu'elle attestât combien l'équilibre de l'Europe était troublé et combien les États faibles manquaient de garantie, ne paraissait pas encore menacer le continent du renouvellement de la guerre.
Le cabinet autrichien , qui avait consenti à la révolution et à la conquête de Rome et de la Suisse , ne pouvait pas s'émouvoir pour les intérêts des villes anséatiques. Soit qu'il se confiât aux conditions secrètes
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et hypothétiques qui avaient été, entre le général Bonaparte et le comte de Cobenzel , un sujet de conversation plutôt que de négociation; soit qu'il ne voulût tenter de nouveau la fortune des armes qu'a* près avoir réparé ses forces et formé une coalition nouvelle contre la France, il semblait ne se point opposer sincèrement aux prétentions que les plénipotentiaires français déclaraient au congrès de Rastadt. Affectant , dans leur maintien et leurs manières , une rusticité républicaine, Treilhard et Bonnier donnaient à leur langage et à leurs notes un ton impérieux et péremptoire. Ils commencèrent à établir que la rive gauche du Rhin devait être une partie intégrante de la république française ; vainement on leur représentait qu'il ne s'agissait pas de poser un principe ; que la rive gauche du Rhin comprenait différents territoires, et que la cession de chacun de ces territoires devait être négociée et consentie par les souverains à qui ils appartenaient. Aucune objection n'était écoutée.
Un commissaire français avait été envoyé par le Directoire pour établir, sur la rive gauche , une administration selon les formes françaises, et pour diviser en départements ce pays , jusqu'à ce moment occupé par l'armée , sans être officiellement réuni comme la Belgique. Une portion de ces provinces appartenait à la Prusse. L'administration prussienne protesta contre cette prise de possession, que n'autorjiait encore aucun traité. Le Directoire ne tint pas compte de cette réclamation , et le gouvernement prussien n'insista point.
Mais la question générale ne pouvait être résolue que par le congrès. Les représentants des souverains
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qui allaient être dépouillés de tout ou partie de leur territoire , alléguaient un des articles préliminaires de I^oben, qui garantissait Tintégrité de l'empire germanique; le comte de Metternich, président du congrès , loin de donner son assentiment à ce moyen de défense, déclara que, dans le traité de Campo-Formio , cette garantie n'avait pas été répétée; que les plénipotentiaires français y avaient mis opposition ; le texte portait seulement que les affaires de TEmpire seraient réglées par un congrès particulier. Le minis* tre du palatin de Bavière , dont les États allaient être compris dans la cession de la rive gauche, recourut à la garantie que lui avaient donnée, par le traité de Teschen, l'Autriche, la Prusse et la Russie; il fallut que l'électeur palatin désavouât et rappelât son ministre.
Mais avant de consentir à céder leur territoire à la France, les souverains dépossédés voulaient du moins obtenir les indemnités et les compensations qu'on leur faisait espérer. Cet acte de justice envers eux, et de spoliation envers ceux dont on supprimerait ou dont on diminuerait la souveraineté; cette répartition des territoires allemands semblait devoir précéder l'aban* don de la rive gauche à la France.
Les plénipotentiaires français continuaient à soutenir que la limite du Rhin était la base et le point de départ de toute négociation.
Alors on discuta la question générale , et les représentants des puissances allemandes marchandèreut sur l'étendue de la cession qui serait faite à la France. Ils proposèrent de la restreindre et de ne pas abandonner toute la rive gauche. Les plénipotentiaires français menacèrent de rompre les négociations s'il