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journée, au premier rang des braves. C'est vous également qui y à la tète de la colonne infernale , arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pô et TAdda ; c'est à vous d'être dépositaire de cet honorable drapeau , qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment commandés. »
Il y avait dans cette conduite , dans cette attitude , dans ce langage, tant de grandeur et d'habileté, un tel prestige exercé sur les imaginations ; le général Bonaparte savait si bien se poser hors de pair, que de jour en jour il prenait mieux possession de Topinioa publique.
Mais ce qui lui importait davantage en ce moment, ce qui était essentiel dans sa situation présente, c^était ses rapports avec le Directoire. Ils devenaient de plus en plus difficiles. Une méfiance réciproque, mais déguisée, existait entre les gouvernants et le général qui ne leur avait jamais obéi; qui avait conclu la paix contre leur gré ; qui avait suivi en Italie une conduite opposée à leurs projets ; qui régnait sur son armée , non comme un chef, mais comme un souverain. Ils pensaient que les généraux et les soldats qui allaient 'rentrer en France étaient tout disposés, s'il leur en* donnait l'ordre, à chasser les avocats et à le rendre maître de la République. Ils voyaient croître sa popularité et craignaient que cet esprit public, maintenant inerte et sans courage, ne lui devînt un jour activement dévoué et obéît à sa voix comme l'armée.
Pour lui, séparé de ses soldats , n'appartenant à aucun parti , il se trouvait désarmé et isolé.
Admirable dans l'usage qu'il savait faire du pouvoir dès qu'il le possédait , mais inhabile à la tactique des révolutions, placé sur un terrain qui n'était pas le
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sien , il ne voyait point par quels moyens il pourrait s'emparer du gouvernement et de l'autorité absolue. De sorte que le Directoire et lui avaient un commerce de dissimulation. La plus grande confiance lui ét^it témoignée; souvent un ministre venait l'engager de la part des directeurs à siéger avec eux dans leurs délibérations ; on lui communiquait plus ou moins complètement les rapports de police ; mais à travers ces démonstrations, il démèlait.une malveillante inquiétude. Ainsi /il se gardait habituellement d'entrer en discussion avec eux, et de leur dire en face combien leur politique et leur administration lui paraissaient mauvaises ; combien leur situation était mal assurée.
Dès le lendemain du traité de Campo-Formio, le Directoire avait écrit au général Bonaparte qu'il com« manderait' l'armée destinée à un débarquement en Angleterre. Ce projet avait reçu la plus grande publicité ; c'était le texte de beaucoup de déclamations et de forfanteries.
Le 26 octobre, un arrêté du Directoire avait prescrit qu'une armée serait rassemblée sans délai sur les côtes de l'Océan , prendrait le nom d'armée d'Angleterre et aurait pour général en chef le citoyen général Bonaparte.
Le même décret nommait le général Desaix , chef de l'état-major de cette armée. Ce choix avait été exigé par le général en chef; Desaix s'était trouvé compromis, • pour avoir, comme Moreau , connu sans les dénoncer les intrigues de Pichegru. Sa gloire militaire, la haute considération dont il jouissait ne l'auraient sans doute point sauvé d'une disgrâce; il s'y attendait; lamitié que lui portait le général Bonaparte et qu'il avait té-
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moignée avec tant d^éclat lorsque Desaix était venu en Italie, fut sa sauvegarde.
Il commandait l'aile gauche de l'armée du Rhin; puis, lorsqu'il fut nommé chef d'état-major de l'armée d'Angleterre, il reçut l'ordre de se rendre sur-le-champ à Rennes. Un nouvel arrêté du Directoire * régla la distribution de toutes leâ forces de la République :
Le général Berthier, général en chef de l'armée d'Italie ; Augereau , de l'armée du Rhin ; Hatry, de l'armée de Mayence. — Le général Bonaparte prendra le commandement de l'armée d'Angleterre dès que sa mission diplomatique sera terminée. En attendant, le citoyen Desaix commandera cette armée comme général en chef.
Le Directoire qu'importunait la présence du général Bonaparte à Parjs, voulait qu'il retournât à Rastadt; il s'y refusa, disant qu'il ne pouvait pas tenir d'une même main la plume et Tépée. De sorte qu'il restait à Paris sous prétexte de s'occuper des préparatifs de la descente en Angleterre. Il continuait à recevoir des fêtes , à être entouré d'hommages et suivi des regards empressés et curieux du public, d'autant plus qu'il s'enveloppait dans son silence et sous une apparence de modeste simplicité.
11 observait et cherchait ce qui était possible ; à défaut de chances pour atteindre au but de son ambition, son besoin d'activité et son imagination se portaient vers de vastes projets. La descente en Angleterre lui semblait impossible. Pour la tenter, il aurait fallu avoir toutes les ressources d'une administration riche, régulière et forte, et telle n'était pas celle du Directoire.