‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 55 sur 174 · juillet · texte numérisé non relu

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CO.NUtÉTE DE MALTE. 217

la côle : la garnison de Dunkerque les avait repoussés et avait fait deux mille prisonniers. L'escadre s'était de nouveau présentée devant Ostende, mais le commandant ayant menacé de faire fusiller les prisonniers si le feu continuait, les vaisseaux s'étaient retirés, (lette tentative démontrait ce que le cabinet anglais pouvait prévoir, c'est qu'avant d'envoyer une armée sur le continent, il fallait réussir à former une coalition contre la France.

Un fait plus grave et qui intéressait non-seulement l'Angleterre , mais tous les États européens , c'était la prise de possession de l'île de Malte.

Le ministère anglais s'était mépris sur les desseins du général Bonaparte. Il n'avait pas ignoré les préparatifs conduits avec tant d'activité dans les ports de la Méditerranée , non plus que les bruits publics qui indiquaient l'Orient comme but de l'expédition. Mais une telle entreprise lui avait semblé peu vraisemblable; il supposait qu'on avait voulu cacher par de fausses a[)parences le projet, qui se présente toujours à l'esprit lorsqu'il est question d'une descente en Angleterre : réunir les escadres de la Méditerranée , débloquer les ports de l'Océan et arriver dans la Manche après avoir rassemblé les flottes retenues à Cadix', au Ferrol, à Rochefort et à Brest, afin de protéger le passage d'une armée placée sur la côte qui fait face à l'Angleterre; c'est ce qu'a voulu plus tard Napoléon. Mais il ne s'en occupa point à cette époque. Ainsi renforcer le blocus de Cadix et croiser devant Toulon, telles furent les mesures prises par la marine anglaise. L'amiral Nelson n'avait encore 'sous ses ordres que trois vaisseaux, et au moment où l'expédition française sortit de Toulon,

une tempête avait forcé Pescadre anglaise à relâcher aux îles Saint-Pierre, au sud-ouest de la Sardaigne; pendant ce temps-là Tescadre française avait navigué le long de la côte orientale ; ce fut seulement treize jours après son départ que Nelson, renforcé de dix. vaisseaux , revint devant Toulon et sut que le blocus était désormais inutile.

Le 6 juin, la division sortie de Civita-Vecchia, qui n'avait pu rallier Tescadre de Toulon dans les eaux de la Corse et de la Sardaigne, parut devant Malte; conformément aux instructions qu'avait reçues le général Desaix , elle croisa devant le port sans demander autre chose que de prendre de Teau , ce qui lui fut accordé.

Le 8, une autre division partie d'Ajaccio vint joindre la première; enfin, le 9, la grande escadre et les trois cents bâtiments de transport arrivèrent avec le général en chef.

Les agents qu'il avait envoyés depuis plusieurs mois lui avaient fourni des informations sur Vétat de Tîle de Malte. Il savait que plusieurs chevaliers, partisans de la révolution française, prévoyaient et désiraient l'abolition de l'Ordre, déjà divisé par des discordes intestines. Il était instruit de l'agitation répandue parmi la population, des intrigues qui y avaient été pratiquées par des émissaires anglais, autrichiens et russes. L'empereur Paul s*était fait décerner le titre de protecteur de l'Ordre et voulait devenir grand maître. Ce qui était plus manifeste encore, c'est que l'ordre militaire de Saint-Jean-de-Jérusalem, autrefois si guerrier et si vaillant, avait perdu son énergie, ses traditions et ses habitudes. Le grand maître, Ferdinand de Hompesch, était un vieillard sans activité et sans décision. Vainement le bailli de Schenau, ministre de

l'Ordre près le congrès de Rastadt^ avait-il écrit qu'un arrêté du Directoire ordonnait au général Bonaparte de prendre possession de l'île de Malte, aucun préparatif de défense ne fut fait ; le grand maître traitait de chimériques les craintes que témoignaient quelques cheyaliers ; l'apparition des deux premières divisions françaises ne changea même rien à Tinertie aveugle du comte de Hompesch.

Enfin, quand l'escadre fut en vue', il devint impossible de se faire illusion. On s'occupa à la hâte des moyens de se défendre; mais les dispositions qu'on essaya de prendre étaient inhabiles et troublées par un désordre populaire, qui était déjà prévu depuis quelques jours ; les milices criaient à la trahison , et leur indiscipline s'opposait aux mesures les plus nécessaires.

Le général Bonaparte envoya le consul de France demander l'entrée de la rade et des ports pour sa flotte ; le grand maître convoqua le conseil et lui proposa de rejeter cette demande, qui lui paraissait un stratagème. Quelques chevaliers furent d'avis de ne point risquer un tel refus et de considérer comme sincère une proposition^ qui n'était peut-être qu'un prétexte; c'eût été mettre le général français en demeure de manquer ouvertement de loyauté : par là on espérait se donner la chance de négocier avec lui et de ne pas être traités en vaincus. La majorité et le grand maître repoussèrent avec indignation cette opinion prudente ; il fut répondu que les traités qui garantissaient la neutralité de Malte permettaient de recevoir quatre vaisseaux seulement.

Le général en chef n'attendait que cette réponse pour

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