Biêioire de Poiogne, par Rulhière
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paix de Kaînardgi. Il avait pris part au congrès qui régla à Teschen la succession de Bavière. Disgracié par Catherine vers la fin de son règne, il venait d'être élevé par Paul P' au grade de feld-maréchal. En le choisissant pour ceit^ mission, Tempereur de Russie entendait assurément qu'il lui donnât le caractère hautain, absolu^ tranchant, qu'il convient quelquefois à la politique russe d'employer en signifiant les volontés impériales à une puissance, qu'on espère intimider. Paul I* s'était persuadé que le prince Repnin remplissait toutes les conditions nécessaires pour faire impression sur un roi jeune, récemment monté sur lé trône, qui n'avait point d'expérience, et qui passait pour doux et tranquille. En ne lui conférant point de pouvoirs diplomatiques, et l'envoyant à titre de voyageur, il lui ôtait les embarras de la responsabilité et lui donnait la possibilité de relations directes avec le roi ; car, en Prusse, les membres du corps diplomatique ne sont admis en sa présence que dans de rares occasions, tandis que les voyageurs de distinction sont habituellement invités à la cour et même dans l'intiniité du roi.
Le prince Repnin était arrivé le 1 8 mai à Berlin avec une nombreuse et brillante suite ; son entrée fut presque triomphale. Il fut présenté au roi par le ministre de Russie, mais n'eut point d'audience. Il remit au ministre d'Haugwitz une note assez semblable à celle qu'avait reçue le cabinet de Vienne. Après avoir dit tous les dangers dont la révolution française et ses armées menaçaient l'Europe , l'envoyé russe ajoutait : — « Que la Prusse adhère à l'alliance dont la Russie et l'Angleterre forment le nœud, l'Autriche s'y joint à l'instant même, et l'Europe est sauvée. »
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M. dUaugwitz répondit que le cabiaet de Berlin était fort résolu à s'opposer aux prétentions de la France , et à défendre l'indépendance et les territoires de l'Ailemagne; mais que, s'il obtenait satisfaction sur ce point, il continuerait à suivre un système de neutralité auquel la Prusse était redevable de son repos et de sa prospérité.
Le roi partit pour Kœuisberg et Varsovie ^ sans donner lieu de penser qu'il se préoccupât de ce séjour du prince Repnin à Berlin.
Il semblait donc que sa mission ne dût pas avoir de résultat; mais la situation de l'Europe était si précaire, les événements avaient un cours si précipité que la volonté du roi de Prusse pouvait changer d'un jour à laulre. Le prince Repnin ne quitta point Berlin. Il y tenait un grand état, y était fort en vue, ne cachait pas lobjet de sa mission , parlait hautement de ce que la Prusse devait faire et s'efforçait de rallier l'ancien parti qui avait entraîné le feu roi dans la guerre de i792. Mais la forme du gouvernement de la Prusse et le caractère du nouveau roi ne comportaient pas le mouvement, ni Texistence d'un parti. Les opinions étaient exprimées avec liberté dans les entretiens de la vie privée et dans les coteries de salon, mais n'avaient aucun accès dans la gestion des affaires. Ainsi l'envoyé russe neut d'autre succès, que de donner une plus grande vivacité à l'aversion de la noblesse et des militaires contre la France révolutionnaire.
Il chercha à s'adresser aussi à une opinion moyenne qui , sans être opposée à la paix, sans blâmer ouvertement la neutralité, s'inquiétait et s'affligeait de la condescendance de la Prusse pour le gouvernement français et de la situation isolée qu'elle avait prise en
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Europe. Le baron d'Hardenberg était le représentant de cette opinion. Il avait négocié et signé le traité de Basle, qui n'avait pas été ce qu'il aurait voulu, mais dont il avait reconnu la nécessité. Il avait désapprouvé avec prudence et réserve la conduite politique qui 8*en. était suivie ; il n'avait pas la faveur du roi et n'était pas un de ses conseillers, quoiqu'il fût ministre directeur de l'administration des provinces de Franconie, de Westphalie et de NeufchateK Au total , il jouissait d'une haute considération. Le prince Repnin chercha à le séduire par les flatteries qu'il lui prodigua en soa nom et de la part de son maître, sans parvenir à le rendre favorable aux idées de rupture avec la France et de nouvelle coalition.
En s'opposant formellement aux prétentions que la France produisait au congrès de Rastadt, le roi de Prusse avait écouté les avis du baron d'Hardenberg. 11 pensait que, pour le moment, cette détermination était la seule qui fût essentielle, parce qu'elle ralliait autour de la Prusse tous les États secondaires de l'Allemagne, et les garantissait contre la toute-puis* sance de la France et les trahisons secrètes de l'Autriche. C'était y en effet, le danger qui paraissait au cabinet de Berlin le plus menaçant; il était animé de rancune et de méfiance contre l'Autriche.
Tel était le principal obstacle aux projets d'une coalition de toutes les puissances de l'Europe; mais l'insistance hautaine des plénipotentiaires français à Rastadt venait en aide aux efforts de l'Angleterre et de la Russie. Il était impossible que l'Autriche ou la Prusse , et pefùt-ètre toutes les deux , ne prissent pas les armes pour arrêter les progrès d'une domination, qui mena* çait l'Europe.