SIÉYÈS A BERLIN
La note y suggérée parle baron d'Hardenberg , avait été remise par le ministre prussien à Rastadt aux plénipotentiaires du Directoire.
« Les diverses propositions qu'ils avaient présentées au congrès avaient été vues avec la plus grande surprise par le roi; il se flattait, disait la note, que la France changerait de sentiment et se désisterait de pareilles prétentions, si elle désirait sincèrement rester sur le pied de Tamitié et de la bonne intelligence. » — « Le roi est certainement bien éloigné d'entrer dans une nouvelle coalition contre la France; Sa Majesté aime aussi à croire que la République n*annoncera point des vues inquiétantes par une contenance offensive. »
Pendant la conférence de Seltz, le cabinet autrichien n avait pu rester sous tout soupçon d'être complice du Directoire dans des projets qui auraient bouleversé TAllemagne : ainsi le comte de Cobenzel, par une sorte de bulletin distribué aux membres du congrès , avait affirmé que Tempereur ne séparerait point sa cause de celle de Tenipire ; qu'il ne voulait pas agrandir ses États aux dépens deTAUemagne, et qu'il refusait tous les avantages que lui offrait le gouvernement français.
La rupture de la conférence témoignait avec encore plus d'évidence que tout concert entre le gouvernement français et le cabinet autrichien avait cessé. Lorsque, aussitôt après son retour à Vienne, le comte de Cobenzel fut chargé d'une mission pour Berlin et pour Saint- Pétersbourg, on ne pouvait plus douter que la situation politique était entièrement changée. Berlin devenait en ce moment le centre où allaient se traiter les plus grands intérêts de l'Europe. Le Directoire n'avait plus à choisir entre l'Autriche et la Prusse; ne pouvant {Oière espérer une alliance avec le roi Frédéric-Guii- III. 16
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laume , il fallait se borner à maintenir la neutralité. De nouvelles recommandations en ce sens furent envoyées à Siéyès , afin qu'il entretînt la méfiance et Téloignement entre les deux, cours; il fut même chargé de donner communication à M. d'Haugwitz des articles secrets du traité de Campo Formio.
Le comte de Gobenzel arriva le 3 août à Berlin. — w Quelle différence, écrivait Siéyès, entre l'arrivée d'un ministre autrichien et d'un ministre français! Du moment que M. de Gobenzel a mis le pied à terre , tous les salons parlent de guerre contre la République, tous les propos sont autrichiens. »
Le but de sa mission n'était point caché. Dès le premier moment, il se mit en rapport avec le ministre d'Angleterre et le prince Repnin.
La mission autrichienne ne devait pas obtenir plus de succès que la mission russe. M. de Gobenzel fut reçu trois fois en audience par le roi, sans ébranler un instant sa résolution. — « Je romprai la neutraUté, disait-il , contre celui qui me pressera trop de prendre son parti. »
M. d'Haugwitz répondait aux instances ou, pour parler plus exactement, aux injonctions du prince Repnin : — « Nous n'avons manqué ni à nos amis , ni à nos alliés ; nous ne nous brouillerons ni avec vous, ni avec la République. Soyez sûr que nous n'avons pas voulu nous allier avec elle. » — « Et vous avez bien fait, répondit Tenvoyé russe; mon empereur regarderait la signature d'un tel traité comme une déclaration de guerre. Les arméea russes sauraient combattre ses ennemis, et même ses faux amis, n
La négociation fut plus facile entre le prince Repnin et le comte de Gobenzel : ils signèrent le 1 0 août une