Botta : Storia (Tltalia
sentiments qui contribueront aussi à votre repos et à votre bonheur personnel, m
Après cette leçon , il s'étendait sur les opinions libérales et philosophiques, qui avaient présidé au gouvernement de ses deux frères , l'empereur Joseph et le grand-dnc Léopold. — w La France a le droit de ne pas se croire étrangère au bien qu'ont fait aux hommes les principes adoptés par ces princes.
« Ces souvenirs y Madame, sont les seuls que je trouverai profondément gravés dans votre âme. L'ambassadeur de la république française espère que dans les communications pacifiques qu'il vient entretenir , s'évanouiront les préventions formées par des événements mal racontés dans la France même, et défigurés par les voix qui les ont répétés en Europe. »
Aussitôt après l'occupation de Rome et les exigen* ces du général Bertbier, la cour de Naples eut recours à l'Autriche. On était alors dans les premiers jours d'avril. Le cabinet de Vienne pouvait déjà prévoir que la paix ne serait pas de longue durée , mais ne voulait point que la guerre commençât. L'envoyé napolitain rapporta à la reine de Naples des conseils de prudence. L'empereur remettait à une autre époque sa protection active.
Pour donner au Directoire satisfaction sur le point auquel il attachait le plus d'importance , on éloigna du ministère le chevalier Acton, et le marquis de Gallo lui fut donné pour successeur. De son côté le Directoire voulant éloigner le moment de la rupture, cessa d'appuyer les prétentions de la république romaine. Les instructions données à Garât étaient conçues dans un esprit de conciliation ; seulement il devait insister sur l'expulsion des émigrés français, condition que le
gouvernement français imposait à tous ses alliés ^ ainsi que la mise en liberté de tous les individus détenus comme inculpés ou suspects de menées révolutionnaires. Le nombre en était grand, car la police napolitaine devenait chaque jour plus soupçonneuse et plus arbitraire.
Le gouvernement royal , sans accéder à ces exigences^ conservait tous les dehors de bonne intelligence avec le Directoire.
Mais la reine , de plus en plus vive dans sa haine contre la France, et plus impatiente d'arriver à une rupture ouverte, obtint enfin que la cour de Vienne se relâchât de son système de prudence et de temporisation; un traité d'alliance fut signé à Vienne le 19 mai.
Le préambule était encore plus significatif que les articles. — a L'empereur et le roi ayant pris en considération la rapidité avec laquelle les événements se succèdent depuis quelque temps, et^la nécessité de se prémunir contre les suites funestes de nouveaux troubles qui pourraient agiter TEurope, et l'Italie en particulier, Leurs Majestés Impériale et Sicilienne, réunies d'ailleurs par les liens du sang les plus étroits, ont cru devoir se concerter, dans cette circonstance, sur les mesures relatives au maintien de la tranquillité publique et à la sûreté commune de leurs peuples et de leurs États. »
L'empereur s'engageait à conserver sur pied soixante mille hommes en Tyrol ou en Italie; le roi devait entretenir trente mille hommes sur sa frontière. En cas de danger, les troupes autrichiennes devaient être augmentées de vingt mille hommes; les troupes napolitaines de deux mille.
Ce traité fut tenu secret et ne vint point à la con~
naissance du gouvernement français. Une levée extraordinaire fut ordonnée le 28 mai. Elle devait être de quarante mille hommes. Les recrues étaient d'un homme sur cinq; les couvents et les ordres monastiques avaient à fournir un soldat équipé et armé pour cinq moines. Les barons du royaume furent invités à former des corps de cavalerie à leurs frais. Pour suffire à cette dépense, les impôts furent augmentés et les églises dépouillées d*une partie de leurs ornements. Ce recrutement s'opérait avec précipitation , sans ordre, sans ménagement, sans justice. La violence et l'arbitraire étaient devenus le moyen habituel du gouvernement et de l'administration. Les mécontentements, les murmures, les séditions motivaient des mesures de rigueur, qui augmentaient la fermentation. L'ambassadeur de France demanda des explications snr cette levée d'hommes et ces préparatifs guerriers. Il lui fut répondu que cet armement était destiné à maintenir la paix publique dans le royaume , menacé de troubles intérieurs. Garât, qui n'avait pas une plus grande affaire que la mise en liberté des patriotes incarcérés ou persécutés , ne sembla pas s'inquiéter beaucoup de ce recrutement extraordinaire. Il écrivait au Directoire qu'il n'y avait rien à craindre de pareils recrues , qui ressemblaient à des douaniers ou des contrebandiers plus qu'à des soldats.
L'assurance d'être soutenue par l'Autriche n'était pas la seule cause qui enhardissait la cour de Naples. Une autre circonstance contribuait plus encore à élever ses espérances. Le départ du général Bonaparte , emmenant loin de la France trente-six mille hommes des meilleures troupes de la République, laissant le gouvernement en des mains inhabiles, et la France li-
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vrée aux discordes civiles comprimées un moment par une tyrannie détestée, avaient ranimé le coura<;re des puissances vaincues ; la guerre ne leur semblait pas plus redoutable. La prise de Malte était encore une victoire remportée dans le rayon des intérêts européens ; si l'expédition s était portée de là aux îles et aux rivages de l'Adriatique, comme le général Bonaparte en avait eu quelquefois la pensée , son génie et sa puissance auraient encore exercé leur action sur la politique du continent et sur les déterminations des grands et petits Etats; mais lorsqu'on apprit qu'il avait débarqué en Egypte, qu'après avoir pris Alexandrie, il s'engageait dans la vallée du Nil, et qu'il remontait jusqu'au Caire; quelque éclatant que fût ce nouveau triomphe , il ne pouvait plus avoir aucune influence sur les affaires de l'Europe ni sur la situation intérieure de la France.
Peu de jours après, la nouvelle arriva que l'escadre française avait été détruite ou dispersée par l'amiral Nelson.
Un mois après le débarquement de l'armée française , l'escadre qui l'avait apportée en Egypte fut attaquée par l'amiral Nelson. Le général Bonaparte, au lieu de la renvoyer en France, à Malte, ou à Ck)rfou , au lieu de l'abriter dans le port d'Alexandrie, l'avait laissée stationner dans la rade d'Aboukir. L'amiral Brueys, qui la commandait, s'y croyait en sûreté; il l'avait embossée à une distance de la côte, qui lui semblait ne pas permettre aux vaisseaux ennemis de passer dans cet intervalle. Ne prévoyant pas le danger, il n'avait point pris les précautions suffisantes et ne s'était point préparé à un combat.
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Le l'' août, Tescâdre anglaise apparut vers le milieu de la journée; l'amiral Nelson, qui se trouvait compromis avec son gouvernement et son pays, pour avoir mal rempli la mission de s'opposer à Texpédition française, tenta la manœuvre téméraire que Brueys avait jugée impossible. On put croire un moment qu'il payerait cher une telle audace. Un de ses vaisseaux échoua, un autre fut obligé d'amener son pavillon. Il persista, et ayant tourné la ligne française, il plaça les vaisseaux de l'aile droite entre deux feux. La défense fut héroïque. Encore que les équipages ne fussent pas complets et que les dispositions eussent été tardives, la bataille aurait eu peut-être une autre issue, si le vaisseau V Orient, que montait l'amiral Brueys d'abord blessé, puis tué par un autre boulet, n'avait pas pris feu et n'avait pas sauté vers onze heures du soir, cinq heures après le commencement de l'action.
C'était sur ce point de la ligne française qu'était le fort du combat. LOrient était entre le Franklin , monté par l'amiral Duchayla, et le Tonnant, commandé par le capitaine Dupetit-Thouars. Ils continuèrent leur feu après l'incendie du vaisseau amiral. Duchayla blessé avait perdu connaissance. Eh revenant à lui, il demanda pourquoi on ne tirait plus. C'est qu'il ne restait plus que trois canons. — « Tirez toujours jusqu'à votre dernier boulet. » — Ce ne fut ni lui, ni son capitaine, blessé aussi, qui rendirent le vaisseau.
La défense du Tonnant^ par Dupetit-Thouars , est demeurée célèbre dans les annales de la marine française. Entouré de l'escadre anglaise, il combattit toute la nuit. Un boulet lui emporta les deux cuisses. — ce Ne vous rendez jamais, » furent ses dernières paroles. L'équipage lui obéit, et lorsque les Anglais entrè- III. 17
rent dans le vaisseau tout démâté, qui avait été jeté à la côte , ils le trouvèrent rempli de cadavres. L'aile gauche de lescadre française , commandée par l'amiral Villeneuve, ne prit point part au combat, ce qui sembla étrange. L'escadre anglaise avait trop souffert pour le poursuivre j il regagna les parages de France.
Ce désastreux combat d'Aboukir compléta l'exil du vainqueur de l'Italie et de son armée; le retour lui était fermé ; l'espoir qu'il avait conçu de conquérir l'Egypte, gans se mettre en guerre avec la Porte ottomane, s'était aussi évanoui. Vainement il avait proclamé en débarquant qu'il venait délivrer les sujets du sultan de l'usurpation et de l'affreuse tyrannie des mamelouks. Le gouvernement ottoman n'avait pas consenti à l'expédition ; on lui avait caché ce projet ; on l'avait même nié à l'ambassadeur de la Porte alors à Paris.
La nouvelle de cette invasion avait produit un effet prodigieux sur l'opinion musulmane. L'irritation du sultan fut bientôt connue de toute l'Europe. Il allait être en guerre avec la France et s'allier avec l'Angleterre et la Russie.
Tels furent les premiers résultats de l'expédition d'Egypte. Ils ne devaient causer aucune surprise; ils étaient faciles à prévoir; mais ils changeaient entièrement la situation de l'Europe. Siéyès fut témoin de la joie des ennemis de la Franco à Berlin j sans toutefois craindre que le roi de Prusse renonçât à la neutralité. L'Autriche était déjà décidée; mais il lui convenait d'ajourner la rupture et la guerre : l'armée russe n'était pas encore en marche. Ce fut Naples, que sa faiblesse aurait dû rendre plus prudente , qui alluma le feu.
Garât ne passa pas plus de trois mois à Naples. Soit que, comme il Ta écrit, sa mission, lui fût déplaisante, parce qu'il ne pouvait réussir, ni à obtenir la liberté des patriotes napolitains jetés par centaines dans des cachots , ni à faire cesser les préparatifs de guerre; soit, ce qui semble plus vrai, que le gouvernement napolitain, offensé de son langage menaçani et hautain, et encore plus de ses relations intimes avec les hommes soupçonnés de projets révolutionnaires, eût demandé son rappel, il fut remplacé par un ancien conventionnel , Lacombe Saint-Michel. Ses instructions furent encore plus pacifiques que celles de son prédécesseur.
Les griefs du Directoire étaient cependant devenus plus manifestes : les préparatifs de guerre étaient continués avec ardeur. La conduite et le langage du gouvernement napolitain témoignaient de Tinfluence de la reine. Le marquis de Gallo n'était ministre qu'en apparence. Acton , le prince de Castelcicala et Yannî étaient en réalité les conseillers dirigeants. Le roi lui-même était devenu impatient de voir commencer la guerre. Lors donc qu'on sut à Naples la nouvelle de la bataille navale d'Aboukir, cette victoire des Anglais excita une bruyante allégresse; il semblait qu'on célébrât la gloire nationale ; quand Tamiral Nelson ramena sa flotte dans le port de Naples pour être réparée , le roi alla à sa rencontre en mer, et conduisit le triomphateur jusque dans son palais, au milieu d'une foule qui criait: w Vive Nelson ! vive l'Angleterre * ! » Les arsenaux lui furent ouverts pour ragréer et armer ses vaisseaux.