Le Garigliano
rer la guerre, mais ne point l'accepler lui était impossible.
Aussitôt parut le 22 novembre 1798, un manifeste du roi de Naples : les convulsions intérieures de la France, le bouleversement de l'Italie, les ennemis de la monarchie et de Tordre public placés sur la frontière de son royaume; l'occupation de Malte dont il était le suzerain féodal; l'exil du Saint-Père hors de ses États : tels étaient les motifs qui le forçaient à prendre les armes; il voulait assurer la tranquillité de son royaume et rétablir le souverain pontife dans la possession légitime de Rome et de ses provinces. — Il ne déclarait la guerre à aucune des puissances de l'Europe ; aucune armée ne devait s'opposer à la marche de la sienne, qui ne se proposait nul autre but que de rendre à l'Italie méridionale la paix et le repos. Il engageait les Romains à obéir au signal qu'il leur donnait, et promettait une paternelle clémence à ceux qui reconnaîtraient l'autorité légitime.
L'année napolitaine se mit en mouvement. La reine, après avoir obtenu de la cour de Vienne l'autorisation de commencer la guerre, avait demandé qu'on lui envoyât un général autrichien; d'après les avis du marquis de Gallo , elle avait désigné le général Mack ; il était déjà fort connu et avait eu un rôle important à l'armée du prince de Cobourg , en 1793 et 94. Dès lors il avait la réputation d'habile tacticien , de grand faiseur de projets. Ceux qu'il proposa alors eurent peu de succès, mais comme les docteurs en stratégie, il prétendait toujours qu'il avait été mal compris et qu'on ne s'était pas conformé exactement à son plan. A ses prétentions militaires il joignait un grand goût
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pour Tintrigue ; quelque négociation était toujours mêlée à ses plans de campagne. Après les deux premières campagnes, il avait été rappelé à Vienne^ où il jouissait de la confiance de l'empereur et même du conseil aulique : c'était là que le marquis de Gallo l'avait connu et jugé politique habile, en même temps que grand capitaine. On l'avait chargé, comme chef d'état-major, de recomposer l'armée autrichienne placée au nord de l'Italie. Il arriva à Naples dans les premiers jours d'octobre, lorsque la guerre n'était pas encore absolument décidée. Son assurance , 1 évidence qu'il savait donner à ses démonstrations stratégiques, ajoutèrent à la présomption qui enivrait la reine, lady Hamilton, Acton, Gallo, et toute la coterie de femmes et de courtisans qui voulaient la guerre. Nelson était encore à Naples. Il ne partagea point l'enthousiasme qu'inspirait le général Mack. Il lui parut avoir plus d'aptitude pour la parole que pour Taction.
n commença par l'inspection générale de Tannée napolitaine, qui comptait alors quatre -vingt mille hommes , et se chargea de la mettre en état d'entrer en campagne avant vingt-cinq jours. Nelson et lui contribuèrent , plus que les conseillers napolitains , à la détermination de commencer la guerre, sans attendre que la coalition eût mis ses armées en campagne. Nelson quitta Naples avec son escadre pour établir le blocus de Malte. Mack resta seul à diriger la politique et la guerre.
Il trouva l'armée en plus mauvais état qu'il ne l'avait supposé. Les officiers sans aucune expérience de la guerre ; les soldats récemment recrutés, ne sachant pas faire l'exercice et animés d'un esprit de mé-
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contentement; ceux qui étaient plus anciennement sous les armes, habitués à Tindiscipline ; Tadministration était irrégulière et négligente, les magasins vides, les approvisionnements de vivres et de munitions incomplets. Cette inspection ne découragea point le général Mack. — « Avec du zèle et de Taisent on pourra tout réparer, » disait-il. — Le gouvernement prît des mesures, fit argent de tout, créa un papier - monnaie ; le mécontentement s accroissait ; la police redoublait dj vexations arbitraires.
L'armée se composait de cinquante-deux mille hommes. Mack la divisa en trois corps destinés à marcher vers Rome. Sous son commandement direct, vingtdeux mille hommes étaient réunis au camp de San Germano; on exerçait les soldats sans relâche; ils manœuvraient sur un sol fangeux, détrempé par les pluies de Tautomne. On n'omettait rien de ce qui pouvait donner à cette armée de la confiance et de Télan. La reine, vêtue en amazone , passait des revues en calèche avec lady Hamilton ; les courtisans, le corps diplomatique , lui faisaient cortège ; mais ces vaines démonstrations n'avaient aucune action sur les soldats, qui, pour la plupart, avaient été arrachés par contrainte de leurs foyers six semaines auparavant. Les officiers se voyaient avec déplaisir sous les ordres d'un général étranger qui avait amené avec lui un état-major allemand.
Le roi était venu s'établir à San Germano. Son manifeste portait cette date. 11 fit aussi une proclamation à son armée ; le lendemain , 23 novembre , elle fut mise en mouvement.
Jusqu'au dernier moment, plusieurs des conseiU
lers du roi se montrèrent opposés à cette résolution imprudente; les hommes sensés Toulaient attendre la coopération active de l'Autriche , et la signature d'un traité avec la Russie , qui aurait envoyé par mer un corps auxiliaire ; mais Tinfluence anglaise exercée par lady Hamilton , surtout par l'amiral Nelson qui revint de Malte et la volonté de la reine, avaient enfin déterminé le roi; lui-même était aveuglément passionné.
L'armée française, qui occupait les États romains, n'était plus commandée par le général Gouvion Saint- Cyr. Un homme honorable et sensé comme lui ne pouvait pas vivre en bonne intelligence avec les commissaires envoyés par le Directoire et avec les révolutionnaires du nouveau gouvernement romain. Ayant usé de son autorité pour faire restituer au prince Doria un ostensoir enrichi de diamants, que les consuls de Rome avaient fait enlever de la chapelle de son palais, il fut dénoncé au Directoire par le commissaire Bassal. Sans autre information , le Directoire , non-seulement retira au général Saint-Cyr le commandement de l'armée *, mais le destitua de son grade , ainsi que h colonel Marchand, qui depuis a été un général distingué, et qui avait eu dans cette affaire le tort d'obéir au général en chef. Peu après , les directeurs , mieux instruits des circonstances , se repentirent de leur précipitation, donnèrent à Saint-Cyr un commandement dans l'armée du Rhin , rappelèrent leur commissaire et le mirent en jugement.
Le général Macdonald succéda à Saint-Cyr dans la difficile mission de maintenir l'ordre dans le gouverne-