‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 7 sur 174 · SITUATION DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

SITUATION DU GOUVERNEMENT

appartenait 9 soit à Barras, soit à Siéyès et à ses amis. La minorité se composait de jacobins insensés , capables de recommencer les crimes de la Terreur. Le général Bonaparte leur était odieux. — « On ne connaît pas cet homme-là, disait son compatriote Aréna ; c'est lui qui, après avoir envoyé Augereau à Paris pour faire te 18 fructidor, l'a fait disgracier ensuite par le Directoire, qui a poussé l'ingratitude jusqu'à mettre en délibération de le faire arrêter. Il a volé vingt millions en Italie; il a laissé tous les généraux piller à «on exemple. C'est l'homme le plus dangereux pour la liberté. »

• Les révolutionnaires politiques ne se faisaient pas illusion. Le pouvoir n'était resté entre leurs mains qu'en violant la Constitution , mais ils ne l'avaient pas modifiée; de sorte que le Directoire restait, du moins en droit , une autorité executive subordonnée à la souveraineté législative, conséquemment à la merci des élections. Celle de 1797 avait été illégalement annulée; mais dans l'état de l'opinion et lorsque l'administration locale était une machine imparfaite et sans puissance, l'élection ne pouvait être l'œuvre que de l'esprit de parti. Ainsi elle devait produire encore des représentants gênants pour le gouvernement et aspirant à s'emparer du pouvoir.

Pour faire disparaître ce continuel danger, les honmies qui avaient fait le 18 fructidor songeaient à corriger la Constitution ou plutôt à en faire une nouvelle.

Les systèmes de Siéyès furent reproduits. On eût voulu faire émaner le pouvoir exécutif du suffrage populaire pour qu'il puisât à la même source une autorité souveraine. Au Directoire on aurait substi^

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tué UD président, au conseil des Anciens un sénat à vie.

Ces idées furent communiquées à Barras et aussi au général Bonaparte qui ne les repoussa point ; mais elles ne convenaient ni à l'un ni à l'autre, car évidemment les auteurs d'un tel projet ne destinaient la magistrature suprême ni à Barras ni au général de Tannée d'Angleterre. Aucune suite ne fut donc donnée à -des entretiens qui n'étaient pas une proposition ; chacun se tenait en garde contre ce qui pouvait être tenté pour favoriser l'ambition d'un autre.

Le général Bonaparte n'entrevoyait donc nulle chance de devenir chef et maître de la France. Un soir, il parlait à Barras de son ascendant sur les peuples italiens qui avaient voulu le faire roi d'Italie ou duc de Milan ; il 'ajoutait : — « Ce n'est pas que je pense à rien de semblable dans auciin pays. — .Vous faites bien , répondit Barras , de' n'y pas songer en France; car si le.Direictoiré.voiis ^iVoyaît demain au Temple, il n'y aurait pa» quatre pertfotmes qui s'y opposeraient. » — Et Barras avait raison. ! *

Se rendant ainsi un compte exact de-la situation, le général voyaitchaque'jotir mieux qu'il iie- pouvait en tirer aucun partie. — ce Je ne' veux pas rester ici, ilisait-il à un de ses ccmfideiits ; il n'y a rien à faire. Ils ne ventent entendre k rien. Je vois que si je reste je serai.coulé^dans ipeu. Tout s'use ici : je n'ai déjà -plus de gknre. ' Cette petite Europe n'en fournit pas assez. Il fiiut aUer en Orient; toute» les grandes gloires viennent de là. Je veux pourtant faire auparavant une -tournée sur les c6tes , pour m'assurer par moi-même

- 4. t^JMvier 479S.

26 PROJET DE l'expédition d'ÉGYPTE.

de ce qu'on peut entreprendre. Si la réussite d'une descente en Angleterre me paraît douteuse , comme je le crains, l'armée d'Angleterre deviendra l'armée d'Orient , et je vais en Egypte. »

Ce n'était pas une ^dée soudaine : elle était conçue depuis longtemps ; elle l'avait séduit et il avait déjà médité les moyens d'exécution , les mesures qu'il aurait à prendre, les chances dont il saurait profiter.

Le l*' août 1797, après avoir pris possession des îles vénitiennes , il écrivait au Directoire : — « Les peuples espèrent qu'avec la protection de la grande nation, Hs recouvreront les sciences, les arts et le commerce qu'ils ont perdus sous la tyrannie. »

Quinze jours après, il disait que ces îles étaient plus importantes pour la France que • toute l'Italie. — « L'empire des Turcs s'écroule tous les jours. Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que pour détruire véritablement l'Angleterre, il faut nous emparer de rÉgypte. »

Le 1 3 septembre, il écrivait au ministre des relations extérieures : — « Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? L'amiral Brueys pourrait trèsbien y mouiller et s'en emparer. Les habitants sont très-portés pour nous et fort dégoûtés de leurs chevaliers, qui ne peuvent plus vivre et meurent de faim. J'ai fait exprès confisquer leurs biens en Italie. Avec l'île Saint-Pierre que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte et Corfou, nous serons maîtres de toute la Méditerranée.

« S'il arrivait qu'en faisant la paix avec l'Angleterre, nous fussions obligés de lui laisser le cap de Bonne-Espérance, il faudrait nous emparer de l'É-

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