‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 70 sur 174 · mai · texte numérisé non relu

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sadeur à Paris. Il le dénonçait comme Tagent de ia coalition des rois, semant partout la corruption. Sa correspondance contribuait, selon Ginguené, à donner au roi de Sardaigne une fâcheuse sécurité, et encourageait sa résistance d'inertie. Le comte Balbe était rhomme le plus éclairé, le plus sage et le plus respecté du Piémont ; il avait autant de considération à Paris qu'à Turin.

Le roi de Sardaigne céda aux menaces du Directoire, et suspendit les procédures intentées contre les rebelles pris les armes à la main ; Tordre fut signé le 25 mai.

Le même jour, deux ofiiciers français, qui avaient été pris dans le combat, venaient d'être condamnés. Ils furent exécutés dans les fossés de la place de Casale le lendemain , 26 mai , à quatre heures du matin. Évidemment, l'ordre du roi aurait pu arriver à Casale assez tôt pour arrêter Texécution. Ce retard homicide excita une vive indignation; le supplice des deux officiers était un assassinat ; on assura que le roi et ses ministres étaient étrangers à ce crime. Il fut, avec vraisemblance , attribué à un subalterne que son opinion passionnée poussa à cette infamie. Les excuses et les regrets du ministre Priocca n'apaisèrent point la juste irritation de l'ambassadeur de France; il attribuait à des causes plus générales ce déplorable incident.

La défaite des républicains dePalIanza ne découragea point le rassemblement dç Carrossio ; il croissait eu nombre et en audace, et les bannis ne redoutaient point l'approche des troupes royales; pour venir les attaquer , elles auraient eu à traverser le territoire génois. Les encouragements de Brune et de Sotin ne leur man-

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quaient pas. Ils avaient, dans une de leurs incursions, surpris quatre cents soldats et les avaient emmenés sans les maltraiter. Le gouvernement sarde demanda, aux Génois, passage pour aller réprimer des rebelles auxquels ils avaient laissé traverser librement leur territoire. Le gouvernement ligurien s'y refusa, promettant de s'opposer désormais aux incursions des bannis, engagement qu*il n'avait nulle envie de tenir. Le roi de Sardaigne se décida alors à envoyer un détachement de ses troupes contre les révoltés de Carrossio; Tambassadeur de France et le gouvernement ligurien en furent prévenus par une note.

L'ambassadeur s'opposa formellement à cette mesure qui violait, disait-il, la neutralité du territoire génois. La réponse était facile à faire, et la conduite du roi n'était que trop justifiée par les procédés du gouvernement ligurien. Les troupes royales accomplirent leur mission et reprirent possession du canton de Carrossio.

Sotin poussa le directoire ligurien à déclarer la guerre au roi de Sardaigne. Brune fit espérer son appui; il voyait avec joie s'approcher le moment où ce prince, réduit au désespoir, abandonnerait sa couronne ou succomberait à une révolution. Depuis le départ du général Bonaparte, ses lieutenants avaient l'ambitieuse pensée de l'imiter, en renversant des souverainetés, en créant des républiques, en se rendant indépendants du Directoire, en suivant une politique inspirée par leur propre opinion, ou quelquefois, comme le croyait le public, par le calcul de leurs intérêts.

Ginguené n'avait point de desseins aussi arrêtés. Peut-être croyait-il ne pas travailler à la complète ruine du roi de Sardaigne, en protégeant ouvertement ses ennemis et en lui interdisant la faculté de se dé-

fendre. Il exigea que. les prisonniers emmenés de Carrossio fussent remis aux mains des Français, et que les troupes piémontaises quittassent le territoire enclavé dans l'État de Gênes; il promettait en retour de cette concession que les Génois cesseraient toute hostilité. Telle n'était pas Tintention du général Brune ; la troupe ligurienne surprit sans défense la forteresse de Serravalle et fit la garnison prisonnière.

Lorsque le gouvernement piémontais se plaignait de tant de vexations et des procédés d'une puissance qui se disait amie et alliée j l'ambassadeur répondait que (( le Directoire ne pouvait pas rester sans précaution et sans défense, lorsque dans toute l'Italie une conjuration se formait pour exterminer les Français. Naples s'armait; l'Autriche avait une armée nombreuse dans les États vénitiens; partout éclataient des séditions; partout les prédications excitaient les peuples contre la France; l'or de l'Angleterre soudoyait les conspirateurs. A Turin même n'y avait-il pas un ministre de Russie, un chargé d'affaires d'Angleterre qui distribuaient aussi de l'argent? Les émigrés français ne tenaient-ils pas un langage injurieux et menaçant? La magistrature reprenait-elle aucun des délits commis contre les Français? Ainsi on ne pouvait douter de machinations qui se préparaient contre la France. »

Au fond de l'âme, la cour et le gouvernement piémontais nourrissaient, sans doute, une aversion réelle contre le gouvernement directorial, mais ils avaient trop de prudence pour se compromettre inutilement. C'eût été précipiter leur ruine sans se donner une chance de salut ; la coalition, qui n'avait pas encore commencé à agir, pouvait plus tard venger et rétablir le roi de Sardaigne, mais non pas le préserver. La jus-

lification contre les griefs de Tambassadeur était donc véridique.

Le Directoire ne voulait pas être dissuadé, et ses instructions étaient de plus en plus rudes et exigeantes. Toutefois, le comte Balbe ne fut point rappelé; on n écouta point les imputations déraisonnables de Ginguené contre un homme honorable et loyal. Il n'était pas en rapports intimes avec les Directeurs ; mais M. de Talleyrand avait pour lui beaucoup de considération et de confiance.

L'obéissance du gouvernement piémontais fut encore manifestée par l'amnistie accordée aux délits politiques ; elle s'appliqua seulement aux délits antérieurs à la dernière sédition : les amnistiés étaient bannis du Piémont et avaient deux ans pour vendre leurs biens. De son côté, le gouvernement français promettait qu a l'avenir aucun empêchement ne serait apporté au droit de réprimer la rébellion et de maintenir la paix publique. Ginguené et Brune auraient voulu d'autres conditions, mais celles-là avaient été réglées à Paris. Alors le général demanda de nouvelles concessions : le renvoi des ministres du roi, la cession, moyennanl échange, du territoire de Carrossio à la république igurienne, et l'occupation de la citadelle de Turin par une garnison française. Ginguené eut la faiblesse d'obéir à la volonté de Brune, encore qu'elle fût contraire aux dernières instructions du Directoire.

Dès que la démarche de Ginguené, faite, non pas au nom de son gouvernement mais du général Brune, fut connue à Paris, le ministre des affaires étrangères écrivit que la saine politique , la sécurité , les intérêts, la gloire de la France ainsi que les dispositions actuelles des puissances de l'Europe ne permettaient pas

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d'aj^raver les conditions réglées avec le roi de Sardaigne; que le citoyen Sotin s'était écarté des instructions qu'il avait reeues et venait d'être rappelé de (iênes '.

Avant que cette réponse fût arrivée, le gouvernement piémontais avait eu la faiblesse de céder aux menaces du général Brune, et avait consenti à recevoir une garnison française dans la citadelle de Turin. Le général s'engageait de son côté à maintenir l'ordre public en Piémont, et à faire cesser les hostilités de la république ligurienne, ainsi que les secours portés aux rebelles par la république cisalpine.

I^ 3 juillet, la garnison française s'établit dans la citadelle de Turin. Le roi de Sardaigne était désormais à portée des canons français. Ce succès, obtenu par le général Brune, changea en louanges le blâme du Directoire.

Le rassemblement des révolutionnaires piémontais s'était de nouveau formé à Carrossio ; lorsqu'ils surent , même avant la fin de la négociation , que les Français allaient occuper la citadelle de Turin, ils pensèrent que le moment était venu d'entrer en Piémont, qu'ils ne trouveraient aucune résistance et qu au besoin les troupes françaises viendraient à leur aide ; ils imaginaient aussi que toutes les populations se soulèveraient. Us partirent le 5 juillet au nombre de mille, avec deux pièces de canon , passèrent devant Tortone, où la garnison française ne chercha point à les arrêter.

Le comte de Solar, gouverneur d'Alexandrie , avait été informé de leur projet et de leur marche ; il em-

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