‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 71 sur 174 · juin · texte numérisé non relu

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busqua cinq cents hommes d'infanterie et cent cavaliers auprès du village de Marengo; lorsque les insurgés eurent passé, la troupe chargea sur eux eu arrière et par le flanc, les mit facilement en désordre, s'empara de leurs canons et fit des prisonniers. Le< paysans d'un canton voisin, gens de mœurs sauvages et féroces, s'étaient armés et accoururent sur le champ de bataille; alors commença un horrible massacre; les vaincus qui se répandaient dans la campagne pour chercher asile étaient égorgés; les soldats essayèrent vainement de mettre un terme à tant de cruautés. Environ six cents hommes furent victimes de cette boucherie.

On accusa le général Brune d'être la cause de ce malheur ; on disait que s'il avait publié l'accord signé avec le gouvernement sarde , la promesse faite par le Directoire aurait détourné les républicains de leur entreprise. On répandit aussi que le général Mesnard avait fait espérer son appui aux insurgés ; cette imputation sans vraisemblance prouvait seulement la haine des populations contre les Français. D'autre part le parti révolutionnaire en fit un crime du gouvernement royal. Ginguené écrivit amèrement au ministre Priocca, qui lui répondit avec irritation que , si on voulait en croire le bruit public, la tentative des rebelles avait été encouragée, et que, s'ils avaient été victimes d'une perfidie, ce n'était pas aux agents du roi qu'elle pouvait être reprochée. Il ajoutait que le comte de Solar était d'un caractère si honorable et de si bonne renommée , que rien de semblable ne pouvait lui être imputé.

L'occupation de la citadelle de Turin, au lieu d'être, eomme le promettaient les conditions du traité, un

garant de paix et de calme, devint, ce qu'on aurait pu prévoir, une occasion de discorde et de rixes, qui troublèrent la ville de Turin. La musique de la garnison jouait à la parade les airs révolutionnaires ; des chants et des cris insultants pour le roi retentissaient. La population s'irritait; on redoutait à chaque instant quelque scène sanglante. Le ministre en portait vainement plainte à l'ambassadeur.

Ce qui était probable arriva. Le 6 septembre, des officiers et des soldats de la garnison française avaient imaginé une grande mascarade^ où étaient représentés en caricature tous les costumes de la cour de Turin. Ils se promenaient ainsi dans trois carrosses , en compagnie de quelques vivandières travesties en dames du palais, parcourant les rues avec tout l'appareil d'un cortège royal. Arrivés devant l'église du Sauveur, où Ion célébrait les saints offices du dimanche, ils s y arrêtèrent ; les coureurs et les huissiers qu'ils faisaient marcher devant eux, écartaient la foule comme s'ils avaient voulu entrer dans l'église ; l'indignation et la colère du peuple s'allumèrent;* les huissiers ayant frappé de leurs masses quelques vieilles femmes , le tumulte devint un combat. Les soldats piémontais en garnison dans la ville se mêlèrent au peuple. Quelques coups de fusil furent tirés, et plusieurs soldats furent tués ou blessés. La troupe qui était dans la citadelle courut aux armes et se précipita au secours des Français; la plus terrible catastrophe semblait menacer Turin; on craignait pour le palais du roi.

Le général Mesnard , qui se trouvait à Turin , jugea de la gravité de ce désordre. 11 ordonna au commandant de la citadelle de retenir ou de faire rentrer ses soldats dans leur quartier. Lui-même s'y

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employa ; par ses exhortations ou ses menaces , il parvint à rétablir l'ordre et le calme; le gouverneur de Turin s'occupait en même temps y avec autant d'empressement et de fermeté que le général français, à renvoyer les soldats piémontais dans leurs casernes.

L'ambassadeur de France, d'accord avec le général Mesnard , blâma sévèrement la conduite du commandant de la forteresse, qui fut changé. Mais le général Brune ne voulait point que le gouvernement du roi de Sardaigne eût un moment de sécurité; il continuait à préparer une rupture ou une révolution , et Ginguené n'osait point se refuser à ses avis, qui étaient plutôt des commandements. Il produisit une nouvelle exigence ; il demandait le renvoi des ministres et la destitution de plusieurs gouverneurs de provinces ou de places fortes; donnant pour motif d'un si étonnant abus de la puissance et de la force, la conjuration flagrante, ourdie avec la complicité ou la tolérance du gouvernement piémontais pour exterminer les Français.

Le roi de Sardaigne, poussé ainsi à la dernière extrémité, chargea son ambassadeur à Paris de porter plainte au gouvernement français contre la conduite de Ginguené. Ainsi les deux ambassadeurs sollicitaient le rappel l'un de l'autre.

M. Ginguené accusait M. de Balbe de conspirer contre la France et de travailler à une coalition de l'Europe contre la République. Le comte Balbe disait que M. Ginguené était un honnête homme, qui donnait confiance à des chimères et à des mensonges; qui écoutait complaisamment les calomnies et les opinions des révolutionnaires italiens; qui faisait des

discours académiques au lieu de notes diplomatiques, et ne laissait pas un moment de repos au gouvernement piémontais. M. de Talleyrand avait à peu près la même idée de M. Ginguené. L'affaire de la mascarade et la demande du penvoi des ministres le décidèrent à proposer au Directoire le rappel de Ginguené. Il fut remplacé par M. d*Eymar*, un ancien, membre de TAssemblée constituante, homme de mœurs douces, d'opinions modérées, d'un esprit cultivé ; mais d'un caractère faible et timide.

A ce moment, le Directoire ne pouvait plus douter qu'une nouvelle coalition allait bientôt déclarer la guerre à la France, et que l'Autriche et l'Angleterre réunissaient leurs efforts pour triompher de la République et de la Révolution.

La bonne politique eût conseillé évidemment de ne point forcer les puissances italiennes à chercher leur salut et leur délivrance en se joignant aux coalisés. Aussi, la résolution de garder plus de ménagements avec Naples, Turin et Florence avait d'abord été prise, mais ce plan de conduite aurait demandé une main forte et une volonté indépendante que n'avait pas le Directoire. Il avait mis en mouvement tous les révolutionnaires d'Italie; il avait créé les républiques romaine et cisalpine pour leur servir de centres d'action; il n'était plus maître de ses généraux, qui agissaient selon leur ambition ou leurs opinions plus ou moins jacobines.

D'ailleurs , cette intention padfique était trop tardive. Il n'était plus possible de changer les projets et de modifier les intentions de la cour de Naples. Elle se

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