LE PAPE EST TRANSPORTÉ EN FRANGE
Le Pape, depuis qu'il était banni de Rome et dépouillé de son autorité temporelle, avait vécu dans lasile que lui accordait le grand-duc, d'abord à Sienne, puis à la Chartreuse près de Florence. Le Directoire avait pensé à le faire transporter à Cagliari, en Sardaigne, et en avait même donné Tordre; mais en le laissant en Toscane, il le gardait davantage à sa disposition. Le jour même où le grand-duc abandonnait ses États, le souverain pontife fut emmené de la Chartreuse. Il était malade et au lit; on représenta que le Saint-Père n'était pas en état de voyager. — M II faut que le Pape parte mort ou vif, » — répondit l'agent chargé de cette mission. Il fut d'abord conduit à Bologne, puis à Parme, où il passa quelques jours, accueilli par le duc avec respect. Escorté comme un prisonnier, séparé de presque tous ses serviteurs, il traversa le Piémont sans savoir à quel exil ou à quelle prison on le conduisait. Ses gardiens ne le savaient pas eux-mêmes , attendaient des ordres du Directoire et s'arrêtèrent en diverses villes, logeant le Pape dans de mauvaises auberges et le traitant sans égard pour son caractère sacré, sans pitié pour sa vieillesse et ses infirmités.
Il arriva, le 30 avril, à Briançon, où il fut retenu pendant deux mois dans une des chambres de l'hôpital, séparé des prélats de sa suite, qu'on avait placés à Grenoble. Lui-même y fut transféré vers la fin de juin; trois semaines après, son séjour fut fixé à Valence où il arriva le 14 juillet.
Si quelque chose pouvait le consoler de ses souffrances et d'un si indigne traitement, c'étaient les témoignages de respect et de pieuse vénération des populations empressées sur son passage ; pendant que le