octobre
sadeur de France, fut chargé de déclarer formellement à la Porte que la France respecterait le territoire ottoman.
Lorsque fut résolue l'expédition d'Egypte , il était à croire que la Porte ottomane ne consentirait point à cette conquête ; mais si la proposition lui en eût été faite et qu'elle l'eût rejetée , on se serait trouvé plus gêné pour tenter l'entreprise. En révéler le secret, c'était s'exposer à rencontrer de bien plus graves difficultés; c'était donner le temps au gouvernement ottoman de prendre des précautions pour la faire échouer. Le Directoire et le général pensèrent que le consentement de la Porte serait plus facilement obtenu, lorsque le fait serait accompli. On ne s'arrêta pas aux avis que la prévoyance du chargé d'affaires de France lui avait dictés! La lettre que lui répondit le ministre des relations extérieures parvint à Constant! tiople deux mois après le départ de l'expédition ; elle portait une date antérieure à l'embarquement de l'armée.
— « L'armement qu'on prépare à Toulon est destiné, disait cette dépêche , contre les beys d'Egypte et leurs mamelouks. Le Directoire, instruit de tous les outrages dont on abreuve les Français, voyant que le gouvernement ottoman, dont on ne saurait suspecter la loyauté, n'est pas assez fort pour y mettre un terme, a été obligé de se charger de l'initiative.... Je ne puis cependant me dissimuFer que cet événement fera une impression fâcheuse sur la Sublime-Porte, bien que notre établissement n'ait d'autre but que de conserver cette province et de la délivrer de l'insubordination des beys, aussi bien que de l'influence que les Anglais y ont acquise. Le Directoire pense, en outre, qu'il lui sera plus facile, dans cet état de choses» d'attaquer
les Anglais et de détruire leurs établissements dans rinde. »
M. Ruffin , alors chargé d'affaires de France depuis a mort d'Aubert Dubayet, reçut cette lettre, lorsque la Porte avait déjà connaissance du débarquement en Egypte; lorsque, depuis longtemps, son ambassadeur à Paris avait communiqué au gouvernement français les inquiétudes que les préparatifs de Toulon donnaient à la Porte ottomane , et avait reçu l'assurance que l'expédition était destinée à la conquête de Malte, non point à l'invasion d'aucun territoire ottoman
L'instruction, qui lui était donnée était donc vaine, et M. de Talleyrand l'avait sans doute prévu. Tout* avait déjà changé de face à Constantinople. Dès que la descente des Français en Egypte avait été connue , la population musulmane de Constantinople s'était émue plus vivement encore que le sultan et son gouvernement. Un cri universel d'indignation s'était élevé ; le chargé d'affaires de France avait été enfermé au château des Sept-Tours : les représentations des ministres (VEspagne et de Hollande réussirent à l'en faire sortir, mais il fut consigné à l'ambassade , et l'écusson de la France en fut retiré.
Le général Bonaparte aurait voulu éviter une rupture avec la Porte ; peut-être avait-il supposé qu'elle accepterdit les explications qui devaient lui être données; il croyait que M. de Talleyrand, confident de tous ses projets , associé à toutes ses espérances , devait déjà être à Constantinople comme ambassadeur de France ; cela avait été convenu entre eux. Dans la pensée qu'il serait possible d'apaiser la première irritation de la Porte, le général envoya à Constantinople ïïn agent déguisé qui fut pris en mer par les Anglais.
La Porte ottomane , avertie d'avance par le gouvernement anglais des dangers que lui faisait courir Fa confiance dans les protestations du Directoire , s'était entièrement livrée à cette nouvelle alliance; elle accepta aussi avec empressement le secours de la Russie. On vit avec étonnemenl une escadre russe entrer* dans le Bosphore et passer sous les murs du sérail. Ce pavillon, si délesté des Ottomans, qui, jusqu'alors, avait été pour eux un signal de désastre et une menace de la complète ruine de leur empire , était déployé en manifestation d'amitié et d'alliance : le grand visir, soupçonné d'être favorable à la France, fut déposé et exilé. M. Ruffin fut ramené aux Sept -Tours avec toute l'ambassade et Jean Bon Saint- André consul de France à Smyrne. Des présents et des décorations furent prodigués à lamiral Nelson.
Une expédition destinée à reprendre sur les Français les îles Ioniennes fut concertée entre les amiraux des trois puissances, et leurs escadres, naviguant de conserve , passèrent les Dardanelles pour se rendre dans r Adriatique ".
Ainsi , les effets de l'expédition d'Egypte n'avaient point tardé à se manifester. Les victoires que le général remportait sur les mamelouks, l'établissement des Français à Alexandrie et au Caire, l'administration régulière qui trouvait des ressources dans ce pays riche de nature et pauvre de civilisation ; la création d'un Institut; l'armée remontant le Nil jusque dans la haute Egypte; les souvenirs de l'antiquité la plus reculée mêlés à la gloire retentissante du général et de ses