‹ Histoire du directoire de la République FrançaiseChapitre 92 sur 174 · septembre · texte numérisé non relu

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?. 20 septembre 4798.

soldats : tous ces détails, qui arrivaient à longs intervalles avec une date déjà ancienne, lorsque les navires qui les portaient pouvaient échapper aux Anglais, satisfaisaient la curiosité et même Torgueil national , mais n'avaient aucun rapport avec la situation de la France , n'influaient en rien sur son sort.

Le Directoire ne pouvait plus éviter ni même retarder la guerre. Il ne s'était point souvenu de l'importance que le général Bonaparte avait attachée à ménager les puissances italiennes, à ne point les avoir pour ennemis belligérants en arrière de son armée , à n'être pas inquiété par les insurrections de populations faciles à soulever*

Pour arrêter les conséquences de cette imprudente conduite , le Directoire et les généraux avaient pensé qu'en détrônant les souverains, en les remplaçant par des gouvernements révolutionnaires, en occupant leurs territoires, ils assureraient la marche et les opérations de l'armée française dans l'Italie septentrionale, où serait sans doute le principal théâtre de la guerre. C'était une erreur grossière. La guerre était devenue ainsi plus infaillible et plus prochaine; de nouvelles conquêtes avaient dispersé les armées françaises, suscité les soulèvements et engagé la guerre contre les peuples , plus dangereuse et plus difficile que les guerres contre des troupes régulières.

Ainsi la France devait maintenant mettre en mouvement une armée beaucoup plus nombreuse que dans les campagnes de 1796 et de 1797. Elle manquait de soldats, et la guerre qu'avait provoquée la politique du Directoire, devait consommer beaucoup plus d'honunes et plus d'argent.

Depuis longtemps 9 le gouvernement et tous les hommes préoccupés des intérêts du pays songeaient à l'importante question du service militaire et du recrutement de Tarmée. L'Assemblée constituante n'avait pas tenté de la résoudre. Les enrôlements à prix d argent étaient repoussés par l'opinion qui était alors dominante. Le tirage pour la milice était odieux à la population. L'obligation imposée à tous les citoyens de faire partie d'une milice sédentaire, dont Tarmée active serait extraite , aurait excité plus de mécontentement encore. Ainsi , aucune loi ne régla alors le mode de composition de l'armée. L'enthousiasme patriotique rendit facile la levée des bataillons de gardes nationaux.

La Convention ordonna d'abord la levée des trois cent mille hommes, qui s'opéra difficilement et suscita la guerre civile dans plusieurs provinces. Puis la réquisition de tous les individus quelconques , de dixhuit à vingt-cinq ans, fut accomplie d'une manière plus ou moins complète , et n'aurait pas été obéie sans le régime de la Terreur.

Depuis lors, ni la Convention ^ ni le Directoire dans ses premières années, n'avaient porté leur attention sur le recrutement. Toute la jeunesse de France avait été enlevée ; on avait récolté en une seule année les générations de sept années. Il fallait donc attendre que les enfants devinssent de jeunes hommes. La paix avec l'Espagne et la Prusse, la fin de la guerre civile avaient successivement rendu disponibles un grand nombre de soldats; on faisait rejoindre quelques-uns des réfractaires qui s'étaient dérobés à la réquisition. Ainsi, sans de nouveaux sacrifices, les années françaises avaient pu remporter les plus glorieuses victoires,

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conquérir de vastes pays, et imposer la paix aux ennemis vaincus.

Si le Directoire, avant le 18 fructidor, eût proposé une loi de recrutement, la majorité, dans sa méfiance malveillante, Teût accusé de ne pas vouloir la paix, ce qui était assez vrai* D'ailleurs, on savait par expérience combien toute levée d'hommes par voie de contrainte était impopulaire, et les législateurs du parti modéré ménageaient Topinion publique, d'autant plus qu'elle leur était favorable.

Cependant, à mesure que le temps s'écoulait , le moment approchait où il serait indispensable de régler les institutions militaires de la France et de pourvoir à sa force armée. D'ailleurs, le Directoire avait, par le coup d'État, ressaisi l'autorité révolutionnaire, et pouvait, la nécessité aidant, espérer plus d'obéis* sance.

Le 12 janvier 1798, le général Jourdan proposa au conseil des Cinq-Cents lé premier projet de la conscription militaire. Tous les citoyens devaient être inscrits sur les rôles d'une armée auxiliaire, dont ils feraient partie depuis dix-huit jusqu'à vingt et un ans en temps de paix, et jusqu'à vingt-quatre ans en temps de guerre. Des réquisitions successives appelleraient dans l'armée active le nombre d'hommes de Tarmée auxiliaire qui seraient nécessaires au service militaire.

Après une première discussion , le projet fut ajourné; on était encore en paix. Le Directoire ne voyait pas d'urgence à s'occuper d'une loi sur laquelle les opinions étaient fort partagées, et qui devait répandre Pinquiétude et sans doute le mécontentement dans la population. Beaucoup d'objections

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avaient été présentées^; un intervalle de trois mois s'écoula avant qu'une nouvelle discussion fût ouverte.

On était alors à la fin de juillet 1798, au moment où le Directoire conservait peu d'espérance de maintenir la paix *. Le général Jourdan apporta un nouveau projet , modifié dans les détails d'exécution , mais non pas dans le principe fondamental de l'obligation du service militaire pour tous les citoyens, sans faculté de remplacement. La distinction de l'armée auxiliaire et de Tannée active était supprimée. Les conscrits appelés devaient être immédiatement incorporés dans les corps de l'armée.

La discussion fut ouverte le 18 août; elle avait maintenant changé de caractère : on voyait arriver la guerre; elle paraissait même plus prochaine aux représentants qu'aux Directeurs. L'opinion révolutionnaire s'exaltait contre les rois ; la présomption démocratique ne prévoyait que victoires et renversement des trônes. — « S'il est des rois , disait un orateur, qui ne soient pas assez fatigués de défaites, qu'ils tremblent! Le premier coup de canon verra partir une seconde fois toute la jeunesse française. »

La loi avait encore pour les hommes de cette opinion le grand mérite d'être rigoureusement conforme à légalité.

— « Que le riche , avec son or corrupteur, n'obtienne pas le privilège déshonorant de ne point servir sous les drapeaux de la patrie! Que le laboureur et l'artisan, cette classe utile et laborieuse, qui seule en-

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