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fante la richesse des nations, le voient à leurs c6tés partager sur le champ de bataille les dangers du combat et cueillir avec eux les lauriers de la victoire.... Je le dis hautement, si ce projet est rejeté, vous n'aurez qu'une loi stérile, imparfaite, sans cesse éludée par Imcivisme et la lâcheté. »
L'esprit de nivellement présidait tellement à cette discussion , qu'un amendement proposé dans la pensée de pourvoir aussi au recrutement des officiers, en donnant aux jeunes gens, qui auraient fait des études, le grade de sous-lieutenant, dix-huit mois après leur entrée au service, fut rejeté comme entaché de privilège. Les exemptions aux fils uniques des vieillards ou des veuves pauvres furent repoussées; on semblait se complaire à rendre la loi dure et à augmenter les difficultés, qui entraîneraient la désobéissance ou la fraude.
Cette loi » qu'avec raison on appelait fondamentale, fut votée, comme une mesure de circonstance, et porta l'empreinte du parti qui dominait au conseil des Cinq- Cents, parti toujours passionné pour les traditions des plus tristes moments de la Révolution, aussi aveugle qu'il Tavait été en 1 793 , et beaucoup plus étranger que le Directoire à une politique raisonnable. Une longue et cruelle expérience a modifié successivement le code du recrutement , et en conservant le caractère de l'égalité et de la justice, il a cessé d'être contraire à la raison et à l'humanité.
Un préambule accompagnait la loi : — « Considérant qu'il importe de donner aux forces militaires de la République tout le développement que sa population lui assure, de manière qu'elle puisse toujours triompher de ses ennemis. » — Puis venaient les principes :
— « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie. — Lorsque la patrie est déclarée en danger, tous les Français sont appelés à sa défense , suivant le mode que la loi détermine. — Ne sont pas dispensés ceux qui ont obtenu des congés. -^ Hors le cas du danger de la patrie, l'armée de terre se forme par enrôlements Tolontaires et par la voie de la conscription militaire. — Le Corps législatif fixe par une loi parti* culière le nombre de défenseurs conscrits qui doivent être mis en activité de service. »
La conscription devait, d'après le premier projet, comprendre tous les jeunes bommes de dix -huit à vingt-cinq ans. Il fut objecté avec raison qu'ils n'avaient pas atteint leur complet développement et acquis toute leur force avant Tâge de vingt ans; la loi plaça à ce terme l'obligation du service militaire. Le nombre des conscrits appelés serait déterminé par une loi annuelle et spécisde; ceux qui devaient être incorporés dans les corps de l'armée ne devaient pas être désignés par ,1e sort; on .commençait par faire partir les plus jeunes de la classe^ et lorsqu'un nouvel appel était ordonné , on continuait à prendre sur la liste jusqu'à ce qu'elle fût épuisée ; l'intention était que tout Français prît part au service militaire.
La réquisition avait amené sous les drapeaux tous les bommes qui, en septembre 1793, avaient atteint l'âge de dix-buit ans. Ainsi en 1798, on ne pouvait demander à la conscription que les jeunes bonunes de vingt à vingt-deux ans, puisque ceux de vingt-deux à vingt-cinq avaient déjà été compris dans le recrutement accompli sous le gouvernement de la Convention. Dès que la loi d'institution fut rendue , une
loi spéciale ordonna une levée de deux cent mille hommes pris dans les classes de Tan vu et de Tan tih; c'est-à-dire parmi les jeunes gens de Tipgt à vingtdeux ans.
C'était une grande mesure, non-seulement par les conséquences qu'elle pouvait avoir sur le sort de la guerre, mais aussi par les difficultés d'exécution, par le mécontentement qu'elle allait produire, par les résistances que peut-être elle rencontrerait. Le conseil des Cinq-Cents jugea qu'une adresse aux Français aurait de l'action sur les esprits et réchaufferait le patriotisme : Chénier fut chargé de l'écrire.
n commençait par déclarer que w le gouvernement n'abandonnait point le désir, ni même l'espérance d'une paix prochaine. — Il aspire encore à cette époque glorieuse et fraternelle où la mère commune, assise sur les trophées de ses enfants, pourra laisser reposer son glaive et se livrer au perfectionnement de l'agriculture, aux paisibles méditations de la science, aux brillantes productions de l'industrie nationale et des arts consolateurs. Mais on ne peut trop tôt dissiper les nuages qui semblent obscurcir l'horizon de l'Europe. La république française a fait pour assurer la paix générale tous les sacrifices que lui commandait l'humanité, que lui permettait sa gloire; n'ayant qu'à vouloir vaincre pour conquérir, elle a eu le courage diflRcile de s'arrêter au milieu de ses triomphes. Si pourtant quelques athlètes couronnés, mal instruits par de nombreuses défaites, veulent rouvrir la lice des combats, alors Ta République donnera le signal de la victoire; et vous, Français, vous lui répondrez par un cri unanime : nous sommes prêts ; quelle nation touche à sa délivrance? quel monarque est las de régner?
ce La République indulgente a laissé sur le trône des rois agresseurs; mais elle n'a pas prétendu leur accorder le droit de violer les. traités et de continuer la guerre au milieu de la paix : de nombreux, de puissants motifs ranimeraient aisément contre eux votre colère magnanime. » — Alors commençait une longue énumération de tous les crimes, dont une coalition impie s'était rendue coupable contre la France : les discordes intestines , les luttes sanglantes des factions opposées, la guerre civile de TOuest, les prédications du fanatisme y la protection accordée aux émigrés; les élections qui avaient fait entrer des représentants de l'étranger dans Tenceinte sacrée où sié^e la majesté du peuple : toute cette triste histoire de la Révolution devenait, dans ce poétique manifeste , une perpétuelle conspiration des rois contre la liberté.
Les actes 9 qui avaient rendu la paix impossible, qui ramenaient nécessairement la guerre suspendue pendant quelques mois, étaient célébrés comme glorieux. — « Au commencement de la guerre, la théocratie romaine lançait contre nous les foudres usés du Vatican. L'oligarchie helvétique protégeait les conspirateurs bannis du territoire français. Cinq années sont à peine écoulées : la théocratie romaine est abattue ; Toligarchie helvétique anéantie; à la place desiyraDs et des adversaires, nous voyons des républiques et des amis. » — Pour encourager les conscrits et consoler leurs familles, Chénier promettait de promptes et décisives victoires : — « L'Angleterre, épouvantée de son triomphe sur les mers, attend dans un morne effroi l'inévitable coup, qui doit la frapper au cœur et venger enfin les deux mondes. Malheur aux rois inconsidérés que son opulence corruptrice entraînera dans une