DESCENTE EN IRLANDE
même temps il essayait d'apaiser les puissances allemandes, et prescrivait aux plénipotentiaires de Rastadt de se montrer plus conciliants^ d'avoir moins d'exigence et de hauteur. Il cherchait a;insi à isoler le corps germanique de l'empereur, afin que s'il y avait une rupture elle se bornât à l'Autriche.
Une nouvelle tentative de descente en Irlande venait d'échouer, et contribuait à animer l'esprit anglais contre la France. Lorsque le général Hoche avait formé le projet d'amener une armée française au secours d'une insurrection des Irlandais , il leur avait donné des espérances qui n'avaient pas été réalisées ; toutefois , la rébellion avait pris ■ de jour en jour plus de gravité. L'Irlande était livrée à de cruels désordres. Une guerre, où la répression sanglante combattait contre un brigandage féroce , désolait ce malheureux pays. Les Irlandais avaient des intelligences suivies avec le gouvernement directorial. Leurs agents étaient encouragés par des promesses et fêtés solennellement par l'opinion révolutionnaire. Il était cependant impossible de rien faire de grand et d'efficace en leur faveur. Il ne s'agissait plus ni de reprendre l'exécution des desseins de Hoche, ni de préparer le passage d'une armée. Le Directoire s'était décidé à envoyer seulement une division en Irlande. Elle devait être transportée par deux convois. Le premier seul put mettre à la voile, et le général Humbert débarqua avec quinze cents hommes dans la baie de Kilala le 22 août 1798. Il ne trouva point une insurrection aussi puissante qu'on l'avait annoncée; mais ce point de la côte n'étant pas suffisamment gardé, il s'avança dans l'intérieur, et, après quelques
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combats où sa petite troupe montra une admirable vaillance , il fut contraint de se rendre le 3 septembre à lord Cornwallis qui arriva avec une armée de trente mille hommes.
Le gouvernement irançais ne tarda point à éprouver aussi les embarras et les dangers d'une insurrection. Les provinces belgiques portaient avec soumission, mais avec mécontentement^ le joug de leur réunion à la France. Leurs traditions, leurs habitudes, leurs opinions étaient contrariées par les lois et les formes d'administration que leur imposait l'uniformité systématique introduite par la conquête. La présence et l'autorité d'agents étrangers au pays qui leur étaient envoyés , étaient pour les Belges une cause continuelle de chagrin. La conscription mit un terme à leur passive obéissance; ils n'y avaient pas été préparés par la réquisition de 1793, comme les départements français. L'explosion fut soudaine. La loi, qui appelait deux cent mille homme sous les drapeaux , était du 26 septembre; dès la fin d'octobre, une rébellion ouverte avait éclaté; la population des territoires de Louvain , d'Anvers , de Malines et même de la contrée attenant à Bruxelles, avait pris les armes, et les conscrits refusaient d'obéir.
Le général Béguinot sortit de Bruxelles avec deux mille hommes, dispersa les insurgés et rentra dans Malines dont ils s'étaient emparés ; mais la révolte n'était pas vaincue. Elle s'étendit dans toutes les provinces de Bruxelles , de Namur, de Luxembourg ; elle gagna jusqu'au pays de Liège. Les arbres de liberté étaient coupés; les drapeaux tricolores déchirés; les administrateurs locaux tués ou poursuivis. Le désespoir
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animait toutes ces bandes populaires. — « Mieux vaut, s*écriaient-ils , mourir ici que loin de notre pa^s et de notre famille. » — Anvers et Bruxelles furent mis en état de siège ; des colonnes mobiles parcouraient les campagnes et dissipaient les rassemblements qui allaient se reformer plus loin. Les communes suspectes étaient rançonnées et souvent pillées ; les prisons étaient pleines de gens pris ou arrêtés.
Le Directoire fit peu de bruit de cette rébellion. Le Corps législatif n'eut pas à s'en occuper, quoique par un message le conseil des Cinq-Cents eât demandé des informations. Elle dura plus de trois mois. On chercha à Timputer à des manœuvres de l'étranger, à 1 or corrupteur de l'Angleterre. Mais aucun indice ne vint à l'appui de cette supposition; elle n'avait d'autre mobile que le sentiment et l'exaspération des peuples de Belgique. Il n'y avait aucun ensemble dans leurs mouvements; ils n'avaient point de chefs; l'argent leur manquait; ils étaient sans artillerie; les puissances étrangères ne songèrent pas à leur venir eu aide.
Ce grave incident contribuait à donner au Directoire le désir d'éviter la guerre ; mais il ne pouvait plus imposer la paix à l'Autriche; en se montrant conciliant, en renonçant aux exigences , il prouvait sa faiblesse, sans donner aucune confiance en sa bonne foi.
L'envoyé autrichien au congrès de Rastadt écrivait à sa cour : — « c Les forfaits comniis sur l'Italie et sur la Suisse trouvent des vengeurs; le crime ne peut pas être toujours heureux. Ce gouvernement, brisé de rage , vient d'ordonner à son Corps législatif de lui lever deux cent mille hommes; mais ici, au
LES gr:son8 occupés par l'autriche. 3^i9
coDgrèSi ce n'est plus la même audace. Malgré toutes les bravades de la légation française , on voit percer le sentiment de la peur; le désir de la paix augmente du côté de la France; les concessions faites à Rastadt en sont le premier signe. Ne craignez nullement de provoquer la guerre ; on n'est point encore en mesure à Paris. »
Outre les questions engagées au congrès de Rastadt « sur les forteresses du Rhin, sur la ligne de démar* cation dans le cours du fleuve, sur les sécularisations , sur les possessions domaniales ou souveraines , ># un différend imprudemment engagé, divisait la France et rAutriche.
Les ligues des Grisons formaient une république fédérative limitrophe des cantons suisses, mais sans liaison avec la confédération helvétique. Ainsi que plusieurs des cantons, les Grisons possédaient des territoires, dont les habitants étaient sujets, n'avaient point droit de cité et ne participaient en rien au gouvernement. La Yalteline et le comté de Chiavenna étaient dans cette condition.
La position géographique de ces deux petits pays donnait quelque importance à leur possession. Ils sont traversés par des routes de montagnes, qui li* ATent passage pour descendre en Italie. La Valteline avait été, à diverses époques, un motif de contestation el de guerre entre de grandes puissances. Ce fut sans doute dans cette pensée que le général Bonaparte avait voulu la comprendre dans la république cisalpine. Il usa du moyen si souvent employé à cette époque j un agent français fut envoyé pour y susciter une révolution ; le général prit sous sa protection les
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insurgés valtelins, reconnut leur indépendance, puis, dans le traité de Campe Formio, comprit laValteline dans la formation de la république cisalpine.
Une circonstance avait facilité ce mouvement révolutionnaire. Parmi les Grisons, comme en Suisse, dès les premiers temps de la révolution française, il s'était formé un parti démocratique» qui s'indignait contre le gouvernement de Taristocratie. Ce parti cherchait ses inspirations et son appui en France ; il était parvenu à s'emparer du pouvoir, et se prêta sans difficulté à la perte de la Valteline. Cette complaisance le rendit impopulaire, et le parti aristocratique redevint prépondérant. Les démocrates en portèrent plainte à Paris, et il leur fut signifié que y selon Tintention du Directoire, les Grisons devaient être compris dans l'unité de la nouvelle république helvétique.
L'opinion universelle des Grisons était très^pposée à cette réunion. Le Directoire envoya près des ligues un résident nommé Florent Guyot; la cour devienne, de son côté, y avait un chargé d'affaires : l'un, protecteur du parti révolutionnaire, ayant pour mission de procurer un vote populaire pour la réunion ; l'autre, de soustraire les Grisons à la domination française.
Fort de l'assentiment du pays et conformément aux instructions de sa cour, le baron de Crombach fit une déclaration publique qui portait que, s'il survenait dans le pays des Grisons quelque innovation nuisible au bon ordre et préjudiciable aux États limitrophes de Tempereur, sa majesté n'y resterait point indifférente; que si l'on cherchait à introduire des changements dans l'ancienne constitution, sa majesté ne pouvait le souffrira