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XVIII PRÉFACE

L'alcool donne ce dangereux secours, mêlé de trouble; tout contraire au café qui éclaircit l'esprit. Donc le café est un bienfait, un auxiliaire pour la civilisation, il fait penser. Le tabac fait rêver.

Le tabac, première léthargie des peuples fatigués. Après la Turquie, l'Espagne, la Flandre et r Allemagne fumèrent. Puis, les nôtres en 1832 au siège d'Anvers, et les Anglais un peu après.

Mais je crois qu'un surcroît de vie morale, intellectuelle, diminuerait ces tristes habitudes, que nos pères, moins solitaires, moins sombres, n'avaient pas connues.

lia confession, le roman, l'alcool, grands corrupteurs du monde au dix-neuvième siècle, accélèrent encore la pente du néant où nous semblons descendre.

Dans un petit livre qui parut en 45, j'ai dit qu'à part nos prêtres et nos détestables gouvernements, le mal é(ait surtout en nous-mêmes, et dans la famille.

Le mariage est très-faible, léger en France, en

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Allemagne mou et débonnaire. En Angleterre, il est meilleur. Pourquoi? Parce que la maison est fermée.

Mais ce qui en France est terrible autant que nos \ices, c'est ime de nos vertus, rattachement excessif des parents pour les enfants.

Cela tient surtout à une cause trop oubliée. Depuis les départs cruels de la Réquisition, de la Conscription de Bonaparte, qui étaient funèbres, le cœur maternel a faibli, et une tradition de faiblesse persiste chez nous, que ne connaît pas l'Angleterre.

Ce fils ménagé, tant gâté, d'autant plus ne fait rien, lourne à rien.

Les lois de la Révolution, faites pour le grand combat contre FEurope, donnaient tout l'avanlage aux jeunes, à ceux qui combattaient.

Aujourd'hui les mêmes avantages restent à une jeunesse grasse et paresseuse, qui se moque des avis du père, et n'hérite pas moins.

De là, déclin rapide. A la génération, peu endormie encore, de la Restauration, ont succédé les ventrus de Louis-Philippe et les petits crevés de Louis Bonaparte.

11 faut des lois qui excitent l'homme jeune. Car, disent très-bien les Américains, si la pro-

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priété excite et rend actif, l'hérédilé, eu revanche, rend paresseux, endort.

Au milieu de cette enquête, quelques personnes, trop confiantes dans ma lucidité, m'ont demandé : c< Que pensez-vous de Tavenir? Ce siècle se relèvera-t-il ?»

Grande question! Ceux qui me l'adressent, sachant que ma vie fut consacrée à l'Histoire, et croyant que le passé contient l'avenir, me demandent si je ne vois pas quelques lueurs des jours meilleurs qui peut-être viendront.

Le temps nous amène toujours quelque élément nouveau. Je ne suis pas de ces pleureurs qui croient à chaque siècle que la fin du monde est venu-e.

Et quelle sera la terre assez nouvelle pour enfanter encore? Serait-ce la création australe qu'élèvent chaque jour les coraux? Serait-ce la grande Amérique, qui a Tair d'une seconde Europe, imitée plus que rajeunie? La concentration des sciences, qui permet chaque jom^ d'entrevoir leurs rapports, mènera-t-elle à l'idée mère d'où viendra F univers nouveau? Il n'y paraît pas jusqu'ici.

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