‹ Histoire du dix-neuvième siècle;Chapitre 30 sur 88 · RENAISSANCE LITTÉRAIRE DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE LITTÉRAIRE DE L'ALLEMAGNE

sance d*un tel libre penseur, aux habitudes populaires, ne déteignit sur lui.

Les Allemands, qu'on croit moins serfs de la mode que les Français, la suivaient en bien dos choses avec une grande timidité* Us tournèrent le dos à Basedow.

Kant même, malgré sa gloire, son énorme réputation, fut retenu par ses formules et son langage abstrait fort loin du grand public. La séparation de la Raison pure et de la Raison pratique semblait commode à l'esprit allemand, qui volontiers s'éloignait de celle-ci. D'ailleurs Kant recommandait tellement l'obéissance aux lois (bonnes ou mauvaises), qu'il semblait dire : c< Mon système n'est pas de ce monde. »

Le génie allemand à qui Lessing avait donné l'audace critique, et Gœthe beaucoup d'éclat, s'étendit par une littérature nouvelle, et surtout par Herder, qui, plus mobile que n'étaient les Allemands d'alors, par ses voyages de Russie, avait entrevu l'Asie, le monde. Il avait inspiré le goût de la philosophie de l'histoire,

L'étude de la géographie, née en Suisse aux écoles de Pestalozzi, fut portée par Ritter et autres en Allemagne. Mais non pas le génie, les méthodes indépendantes, qui étaient le fond de l'éducation chez Pestalozzi.

Le théâtre allemand, par Schiller, prit un élan de

sensibilité où s'éveillait le cœur, la fibre humaine. Cetle âme noble et charmante avait de grandes pen* sees, de grands projets, et il avait écrit que « le théâtre doit faire l'éducation du genre humain. ]» I Mais savait-il sa route?

On est porté à en douter quand on le voit indécis (et faible protestant), dans sa Guerre de Trente ans, et dans sa Marie Sluart, adopter les traditions catholiques *.

Son amitié pour le sceptique Gœthe fit honneur à son cœur, mais put bien augmenter les fluctuations de son esprit.

Par bonheur, en dessous, dans la jeunesse des universités, à la noble école d'Iéna, un ferme noyau stoïcien s'était déjà formé, et depuis plusieurs années réagissait contre Tinfluence de Gœthe et Técole de la fantaisie.

Nous, amis de la liberté, et point du tout séduits par la gloire militaire, nous n'avons pas Tâme indécise, et quand nous voyons la France d'alors fatiguée se délaisser elle-même, et suivre la malheureuse fascination de Bonaparte, nous sommes ravis de voir la liberté se faire un refuge dans les écoles allemandes. C'est pour nous un bonheur que l'indépen-

* Comment se fait-il que bien d'autres, et des historiens sérieux, aient adopté les récits romanesques de la compilation de Jebb, faite au moment pour pousser nos séminaristes à l'assassinat d'Elisabeth?

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